Fessenheim : le syndrome de la vieille bagnole

lundi 10 septembre 2012
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Par Yves Paccalet

Parlons bagnole : la mienne est très vieille. C’est un tacot. Une guimbarde. Comme dit le populaire, un « tas de rouille » ou un « tas de boue ». Son compteur affiche 300 000 kilomètres. Elle a été construite en 1977. Elle marche au super, sauf qu’elle consomme comme un pochard. Elle fume, crache et pollue. Elle n’a pas de pot d’échappement catalytique, elle n’a d’ailleurs plus de pot d’échappement du tout. Elle fait de l’huile. Sa carrosserie se déglingue, ses pare-chocs penchent du côté où ils vont tomber, on voit le jour à travers les fissures de son plancher. Son moteur mouline, mais pour combien de temps ? Sa batterie est faiblarde et ses pneus lisses. L’un de ses phares refuse de s’allumer. Ses freins n’ont presque plus de liquide de compression, ni de plaquettes : le problème est que j’habite en montagne et que, pour paraphraser Jean-Pierre Raffarin, la route est tordue et la pente est forte.


En un mot, si j’étais normalement conscient de mes responsabilités, je mettrais ma caisse à la casse. J’entends, bien sûr, les critiques que formulent ma famille, mes voisins, mon garagiste, mon assureur et même les gendarmes du village : je vais avoir un accident. Je risque non seulement de me blesser ou de me tuer, mais de voler la santé ou la vie d’innocents que je croise. D’un enfant qui va à l’école. D’un vieillard qui ne traverse pas assez vite… J’écoute ces avertissements, mais j’ai ma logique. Objectivement, mon antiquité n’est pas morte. Elle peut encore me balader pendant des mois, peut-être des années. Grâce à elle, mon budget « transports » est moins lourd à assumer. D’ailleurs, rien ne prouve que les freins lâcheront : pour le moment, quand j’appuie sur la pédale, je ralentis. Mon économie domestique ne supporterait pas que je liquide du jour au lendemain ce facteur de progrès. J’ai promis que je le ferais dans les cinq ans, probablement en 2017. Mais, vous m’en voyez désolé, ma décision est prise : pas tout de suite.

Hormis les exagérations consubstantielles au genre du journalisme polémique, tel est le discours que tiennent, depuis des années, les autorités françaises à propos des vieilles centrales nucléaires du pays. De Fessenheim, bien sûr… Ah ! Fessenheim… Ses cuves joliment fissurées et ses circuits de refroidissement délicatement entartrés, le tout posé sur une faille sismique active… Ce « tas de rouille » marche depuis 1977, et certains voudraient lui donner dix années de sursis ! François Hollande a promis de fermer le site durant son quinquennat, mais pas tout de suite. En 2017… Les incidents s’y multiplient : hier encore, un début d’incendie s’y est produit, à cause d’une explosion chimique due à du peroxyde d’hydrogène. Deux ouvriers blessés. Les responsables d’EDF minimisent, comme d’habitude : ils tentent, cette fois, de nous faire gober que le peroxyde d’hydrogène n’est que de l’eau oxygénée…

Je garderai ma vieille bagnole brinquebalante et dangereuse aussi longtemps qu’EDF conservera sa centrale de Fessenheim périmée et périlleuse. L’Autorité de sûreté nucléaire (l’ASN), nous dit-on, a visité l’installation. Au prix de quelques rafistolages, elle l’a déclarée bonne pour le service. Mais l’ASN est intimement liée à l’EDF. C’est un peu comme si, en tant que propriétaire de mon « tas de boue », j’avais la possibilité de convoquer mon meilleur copain pour qu’il en fasse la visite de contrôle. Mon pote a signé. Je peux encore foncer dix ans sur les routes, à bord de mon cercueil à roulettes. Dégagez, devant ! Je démarre…

yvas-paccalet.fr


Commentaires

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lundi 10 septembre 2012 à 11h33 - par  Lyseann

Si le parallèle du discours est tenu avec autant de bêtise sur la prolongation de vie d’un objet tel qu’une centrale nucléaire, on ne peut pas tenir la comparaison à propos de L’IRRESPONSABILITE CRIMINELLE DE L’ECOURTEMENT DE LA VIE D’HUMAINS, quand l’objet CENTRALE NUCLEAIRE est mis en cause dans un accident, voire un accident définitif !!!

Car en cas d’accident de la route les victimes se comptent sur l’instant. EN CAS D’ACCIDENT NUCLEAIRE, LES VICTIMES SONT SUR LE MOMENT MAIS AUSSI DANS LE TEMPS, DE PAR LA CONTAMINATION ! COMBIEN DE VICTIMES AU TOTAL ? POUR COMBIEN DE TEMPS DES SOLS POLLUES RENDANT L’ACCES ET LA CONSOMMATION IMPOSSIBLE ? Faune, flore, agriculture, pêche, etc ?

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Brèves

Nouvelle convocation José Bové au tribunal d’instance

samedi 8 décembre 2007

Reçu du "Collectif des faucheurs Volontaires Rhône-Loire"

José se retrouve à nouveau devant la JAP lundi 10 décembre au matin, il faut à nouveau tous être présents pour soutenir la fin de toutes les condamnations contre les militants anti-OGM.

RAPPEL :

Lundi 12 novembre, José Bové est ressorti libre du bureau de la juge d’application des peines du tribunal de Millau. La magistrate et le porte-parole des Faucheurs volontaires ont discuté de la façon dont celui-ci pourrait accomplir la peine que lui a infligée la cour d’appel de Toulouse le 15 novembre 2005 : quatre mois de prison ferme, en tant que récidiviste, pour avoir participé au fauchage d’un champ de maïs transgénique le 25 juillet 2004 à Menville (Haute-Garonne).

En droit, la juge pouvait placer M. Bové sous bracelet électronique, mesure que le leader paysan avait par avance rejetée. Ce refus aurait pu justifier sa mise en détention immédiate. Selon son avocat, Me François Roux, José Bové a indiqué qu’il acceptait un aménagement de sa peine, qui pourrait prendre la forme de "jours amendes". La juge l’a convoqué le 10 décembre, pour un débat contradictoire avec le procureur.

cactus pubis

samedi 24 novembre 2007

Au poil !

Un cactus sur lequel poussent des poils pubiens ?

Voilà qui ne manque pas de piquant. Cette œuvre conçue par Laura Cinti est l’une des pièces phares du Festival international des sciences d’Edimbourg, en Ecosse. Pour réaliser The Cactus Project, l’artiste “transgénique” dit avoir introduit du matériel génétique humain dans le génome d’une cactée.

En 2000, l’artiste brésilien Eduardo Kac avait déjà exposé un lapin transgénique vert fluorescent, doté d’un gène de méduse. Si le directeur du Scottish Arts Council – l’ancien évêque d’Edimbourg – a quelques réserves en ce qui concerne la manipulation d’animaux, l’œuvre de Laura Cinti ne lui pose pas de problème éthique. “Faire pousser des poils pubiens sur un cactus ne fait de mal à personne”, estime-t-il.

courrierinternational