Journée des "TIC" En Afrique

La fracture numérique frein au développement
samedi 24 novembre 2012
par  Chems Eddine Chitour
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Par Chems Eddine Chitour

« D’une manière générale, le fossé numérique peut être défini comme une inégalité face aux possibilités d’accéder et de contribuer à l’information, à la connaissance et aux réseaux, ainsi que de bénéficier des capacités majeures de développement offertes par les TIC (...). » (Elie Michel in « Le fossé numérique »)

La semaine africaine des TIC (SATIC), est un événement organisé annuellement depuis son lancement en 2005. Elle se tient sur l’ensemble du continent dans la troisième semaine du mois de novembre, le but étant de faire l’état des lieux et mettre l’accent sur les progrès réalisés et les mesures à prendre afin de construire une société de l’information et de la connaissance africaine ouverte à tous.


« L’Afrique ne compte que 140 millions d’internautes, soit un taux de pénétration d’Internet de 13,5 %. Elle est ainsi régulièrement prise en exemple de la désormais célèbre fracture numérique Nord-Sud. Mais l’essor spectaculaire de la téléphonie mobile sur le continent nuance ce diagnostic. D’après Gsma, 649 millions de cartes SIM en Afrique au 4ème trimestre 2011, ce qui en fait le deuxième marché mondial de la téléphonie mobile derrière l’Asie [+], et celui qui connaît le plus fort taux de croissance depuis dix ans : soit 30 % par an en moyenne. » [1]

« "Terre promise" des télécoms comme on peut le lire parfois, l’Afrique attire donc une compétition de plus en plus féroce, à mesure que la pénétration, désormais de plus de 50 %, augmente. 25 pays comptabilisant à eux seuls 91 % des connexions mobiles du continent africain.À titre d’exemple, la Libye, la Tunisie et l’Afrique du Sud viennent en première position avec respectivement 1 560, 1 050 et 1 010 portables par 1 000 habitants en 2008. Vient ensuite l’Algérie avec 936 et 791. S’agissant de l’Internet c’est d’abord le Maroc (490), ensuite la Tunisie (267), ensuite l’Algérie (125) et l’Afrique du Sud (85) Avec 54 pays, un milliard d’habitants, et de fortes disparités politiques, économiques et sociales, le continent ne connaît pas un développement homogène dans ce secteur. Si le groupe sud-africain MTN reste le plus gros opérateur du continent, la concurrence est rude : aux côtés des opérateurs africains, tel l’Égyptien Orascom Telecom, se bousculent des opérateurs d’envergure internationale comme l’Indien Barthi Airtel, le Français Orange et le Britannique Vodafone (...) L’industrie du mobile en Afrique, qui suscite tant d’appétence et de convoitise, est aussi devenue une source importante de rentrées fiscales pour les États (7 % en moyenne selon l’Union internationale des télécoms) et représente avec 56 milliards de dollars de revenus 3,5 % du PIB africain. L’écosystème mobile équivaut à plus de 5,4 millions d’emplois, directs et indirects. (...) » [2]

Les opportunités offertes

C’est une véritable révolution qui s’est opérée depuis une dizaine d’années, autant, l’Afrique est pauvre en lignes téléphoniques (longues et coûteuses à mettre en place,) autant avec les TIC, les opportunités sont immenses en dehors du gadget de la communication. « L’Internet mobile, écrit Claire Hemery, constitue désormais une nouvelle opportunité de croissance pour les opérateurs en Afrique. Cependant, le déploiement des réseaux large bande (3G, HSPA, LTE et 4G), permettant un haut, voire très haut, débit de transmission, ne dépend pas que du bon vouloir et des investissements des acteurs privés. (...) Si les opérateurs s’intéressent tant à l’Afrique, c’est aussi parce que la téléphonie mobile s’y invente. Figure de proue de ces nouveaux services, le mobile banking (m-banking ou encore m-paiement) a connu un succès fulgurant. (...) Le téléphone portable apparaît comme « un accélérateur de flux marchands et financiers ». « Dans le secteur de l’agriculture et de la pêche notamment, les professionnels recourent à la technologie mobile pour s’informer sur les marchés, organiser leur approvisionnement, négocier les prix de leurs produits, Plus largement, dans tous les secteurs d’activité, la téléphonie mobile est perçue comme un élément stimulant pour l’économie. » [3]

« Ses vertus n’ont pas tardé à intéresser les acteurs du développement social, qu’ils soient entrepreneurs, associatifs ou institutionnels. Les domaines de la santé et de l’éducation ont vu apparaître de nouveaux outils, avec l’émergence du m-health (applications permettant l’accès aux dossiers de patients, la surveillance de la conformité des médicaments, des consultations et des réponses aux urgences, ou encore des campagnes de sensibilisation) et du m-learning (alphabétisation et amélioration de l’accès au savoir et à l’information). Quand, en Europe et en Amérique du Nord, les téléphones portables sont presque exclusivement dédiés au divertissement, ils sont auréolés en Afrique du rôle de levier pour le développement. Il était donc logique de voir naître des usages humanitaires de l’outil. (...) Deuxième marché mondial de la téléphonie mobile, l’Afrique représente donc un grand laboratoire de l’innovation du secteur. (...) » [4] L’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) s’étend rapidement en Afrique. À l’avenir, ces technologies devraient jouer un rôle clé dans le développement et l’intégration socioéconomiques du continent. (Le rôle clé des TIC dans le développement de l’Afrique 26 octobre 2012). L’évolution extrêmement rapide du marché de la téléphonie mobile en Afrique illustre le potentiel lié à la réduction de la fracture numérique du continent. Cependant, dans son ensemble, l’utilisation des TIC reste limitée. [5]

Par ailleurs, cette industrie des TIC produit des déchets. « Le nombre de déchets électroniques va connaître une croissance exponentielle en Afrique : telle est la constatation des experts réunis en colloque à Nairobi au siège du Programme des Nations Unies pour l’environnement (Pnue). En 2017, la quantité de ces e-déchets devrait même dépasser celle générée par l’Europe et ce, en raison de la consommation de plus en plus importante d’ordinateurs, de téléphones portables sur le continent africain. S’agissant de la gestion des déchets issus de matériels électroniques en Afrique, dans un colloque organisé au siège du Pnue, à Nairobi le 15 mars 2012, les experts présents ont annoncé que le continent africain dépasserait l’Europe en 2017 en termes de production de e-déchets tels que les réfrigérateurs, les télévisions, les téléphones portables. Deux données expliquent cette évolution : d’une part, la croissance démographique et d’autre part, l’accès croissant aux équipements électroniques dont font partie les nouveaux outils de la communication et de l’information comme la téléphonie mobile. Le taux de pénétration concernant les ordinateurs personnels a été multiplié par 10 ces dix dernières années et le nombre d’abonnés à un réseau de téléphonie mobile, par cent, indique le rapport du Pnue. Si le continent africain est déjà confronté à la gestion des déchets venus de l’Europe, il va se trouver obligé d’appréhender la croissance de ses propres déchets électroniques et le meilleur recyclage des métaux précieux extraits du matériel jeté. Achim Steiner, directeur exécutif du Pnue considère même que cela peut devenir une véritable chance de développement économique : « À partir d’une tonne de téléphones cellulaires, une fois retirées les batteries, vous pouvez extraire 3,5 kg d’argent, 340 grammes d’or, 140 grammes de palladium et 130 kg de cuivre. » Il a néanmoins reconnu qu’un transfert de compétences en matière de technologies de recyclage vers l’Afrique était un préalable. [6] Il y a donc là une formidable opportunité à la fois d’emplois de recyclage et de protection de l’environnement. Pour les dizaines de milliers de portables (10 %) inutilisés, il y a un formidable gain de récupération On dit d’ailleurs que les ordinateurs déclassés en Europe sont récupérés en Afrique et retrouvent une seconde jeunesse.

Le cas de l’Algérie

À l’instar des pays africains, l’Algérie célèbre les Technologies de l’information et de la communication (TIC). Si l’initiative est louable, encore faut-il raison garder. Est-ce qu’avoir un portable vissé à l’oreille c’est cela le développement ? Est-ce passer des heures sur Internet en surfant sur tout et n’importe quoi, notamment les sites que la morale réprouve, est-ce cela le développement ? Faut-il avoir une police de l’Internet pour contrôler l’imaginaire des citoyens ou les sujets comme c’est le cas notamment dans les pays arabes. N’est-ce pas plutôt une question d’éducation à la base ? Les surfeurs actuels, élèves et étudiants, sont les produits de l’École algérienne et de l’approche par incompétence ? Est-ce que c’est profiter des TIC que d’avoir le dernier portable que l’on exhibe d’une façon ostentatoire, le dernier Ipad sans connaître le b.a.-ba de sa construction à tel enseigne qu’on dit qu’il existerait près de 30 millions de portables qui, généralement, ne sont pas recyclés, à 5 000 DA en moyenne c’est en fait l’équivalent d’au moins 15 milliards de DA qui servent à gaspiller en discussion l’équivalent de 2 milliards de dollars en bavardage, les opérateurs l’ont compris, les ristournes imbattables montrent que cela fait longtemps que les installations sont amorties.

Quand on achète 100 DA en flexy, du fait de l’amortissement déjà réalisé, les opérateurs exportent au moins la moitié en devises. En moyenne pour un bavardage de 1 000 DA par mois, c’est 6 000 DA/an soit 70 dollars par portable et par an, 2,1 milliards de dollars net. Certes beaucoup d’actions ont été réalisées dans un secteur très exposé au public donc en première ligne de la demande sociale de l’Algérien qui, il faut bien le dire, est exigeant sans rien donner en échange partant du fait que tout lui est dû, au nom de la rente... Des chantiers immenses pour lesquels il faut dégager des moyens structurants qui révolutionnent la vie de tous les jours des citoyens. La e- administration, le e-payement du téléphone, des factures d’électricité, d’eau, carburants. Dans le même ordre, la e-santé pour des diagnostics à distance permettra de délocaliser des compétences. La e-conférence (télé conférence) permettra à titre d’exemple aux personnes de ne pas se déplacer pour des réunions et de participer à distance. Les gains sont immenses en termes de temps, d’argent, d’encombrement des routes et des aéroports et aussi en termes de diminution drastique de la pollution.

Les TIC et le système éducatif


Paradoxalement, le système éducatif est le parent pauvre. Quand l’Université de la Formation Continue a été créée, c’était avant tout une université virtuelle qui devait profiter des avancées des TIC et révolutionner les savoirs. Il n’en est rien. L’Université algérienne n’exploite pas cette formidable opportunité par manque de vision d’ensemble. La e-école, l’université virtuelle sont des objectifs à notre portée, ils faciliteront grandement la vie de tous les jours. Une petite lumière dans cette défaite de la pensée, l’initiative prise par le ministre de l’Éducation nationale et celui des postes et des technologies de l’information et de la communication de numériser les ouvrages des élèves. C’est une excellente initiative insuffisamment médiatisée. L’élève peut lire le livre chez lui sur son ordinateur. À terme, il peut le lire sur l’ordinateur (laptop) à l’école. Justement, partout dans le monde, les nations construisent leur propre ordinateur à des coûts imbattables.

Le MIT, et même l’Inde ont mis au point des laptops à 50 dollars. Le Brésil, la Turquie, l’Égypte construisent leur laptop. Un achat de laptop à 50 $ pièce, (1million de laptops à 50 millions de dollars (c’est l’équivalent de 6 heures de pompage du pétrole et du gaz pour donner du savoir à 8 millions d’élèves). Les laptops seraient assemblées en Algérie. Il y aura création de petites entreprises créatrices de richesses et capables de procéder à un degré d’intégration en plus du fait qu’elles peuvent réparer ces micros. le ministère des TIC est l’instance la plus habilitée à fournir une prestation de qualité. Il faudra, cependant, former des milliers d’informaticiens ou les recruter en les spécialisant. Les TIC ce n’est donc pas un problème de contenu, des efforts peuvent être faits pour les maîtriser La réussite d’une politique du futur c’est surtout une question de contenu de programmes de stratégie de formation des élèves, des étudiants et des hommes en général. La formation en informatique et en anglais sont les deux critères de base d’une réussite. En conclusion, l’Afrique est devenue un marché pour les multinationales. Ce n’est pas un continent qui mise sur l’intelligence quand on sait que la recherche en Afrique ne représente que 0,65 % du total mondial, quand on sait que deux tiers du milliard d’individus n’a pas accès à l’électricité, quand on sait que toute l’Afrique a un PIB égal à celui du Japon. Pourquoi ne pas demander, exiger cela des multinationales d’investir dans la fabrication in situ ? Peut-être qu’une coopération Sud-Sud le permettrait, sinon l’Afrique ne restera qu’un tube digestif roulant sur deux neurones avec un portable vissé à l’oreille surfant sur les sites soporifiques et autres de l’Internet. C’est comme cela que l’Afrique décollera Cependant, à l’échelle de l’Afrique nous penons qu’il y a d’autres urgences que la fracture numérique.

La fracture numérique est présentée comme une forme de déterminisme technique qui induit un paradigme faussé selon de nombreux universitaires, à l’instar du paradigme de la société de l’information. Le problème de fond est le sous-développement, la fracture numérique ne faisant que refléter des inégalités qu’il sous-tend. Résoudre la « fracture numérique » peut faciliter l’accès à l’information et à l’éducation, et aider à la transformation économique, mais ne peut être le moteur principal d’un développement durable.

Professeur Chems Eddine Chitour
École Polytechnique enp-edu.dz


[1Claire Hemery inaglobal.fr 16.12.2011

[2Claire Hemery inaglobal.fr 16.12.2011

[3Claire Hemery inaglobal.fr 16.12.2011

[4Claire Hemery inaglobal.fr 16.12.2011

[6rfi.fr


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