Un « vrai » président "normal"

mercredi 5 décembre 2012
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Par Chien Guevara


Le Courrier International de cette semaine fait sa une avec ce titre : « Uruguay : le vrai président normal », avec juste en dessous « Pepe Mujica a fait de son pays un laboratoire politique qui séduit la presse sud-américaine ». Voici l’intro de ce dossier du courrier : « L’élection, en 2009, de José Mujica, deuxième président de gauche de l’histoire de l’Uruguay, ce petit pays souvent en avance sur son temps, aurait pu passer quasi inaperçue. Ce n’est pas le premier dirigeant de la région à ne pas appartenir au sérail politique. Et la presse tant latino-américaine qu’internationale l’a longtemps ignoré. Mais ce vieux guérillero rescapé des cachots de la dictature a une vraie particularité : il semble insensible aux sirènes du pouvoir, ­cultive son quotidien d’“homme normal”, en refusant tout protocole ainsi que 90 % de son salaire présidentiel et en continuant à vivre dans sa ferme. Il dit ce qu’il pense – au grand dam de ceux qui souhaiteraient un président avec plus de prestance... Un président normal, un vrai, en somme ? »

Mais qui est donc ce président inconnu dont seul le Courrier parle ? Eh bien, oui, ce président-là est un ancien guérillero, de l’époque de la dictature, et il l’a payé cher, avec ses 14 années d’emprisonnement. Mais le voilà désormais, non seulement libre, mais élu à la présidence de son pays. Et quelle a été sa première décision, en tant que président, juste après les remerciements envers son peuple : il a décidé de donner 90 % de son salaire de président à des œuvres caritatives, pour les pauvres, leur droit au logement et les petits entrepreneurs.

Uruguay : José Mujica, le « président le plus pauvre du monde »

En France comme dans la plupart des pays, le train de vie et le salaire du Président font l’objet d’interminables débats, une partie des citoyens estimant que les avantages matériels de celui qui est à la tête de l’État le rendent complètement déconnecté de leur vie quotidienne. Mais s’il y a un pays où ce débat n’a pas lieu d’être, c’est bien l’Uruguay, rapporte la BBC, qui est allée rencontrer chez lui le seul président au monde qui vit dans une ferme délabrée et reverse la grande majorité de son salaire à des œuvres caritatives. José Mujica a refusé la luxueuse résidence habituellement réservée aux présidents uruguayens et a choisi de rester sur la ferme de sa femme, au bout d’un chemin de terre près de la capitale Montevideo. Il tire son surnom du fait qu’il reverse 90 % de son salaire mensuel de 9 300 euros à des œuvres caritatives en faveur des pauvres ou des petits entrepreneurs. Le salaire qui lui reste correspond à peu près au revenu moyen d’environ 600 euros. Et il ne semble manquer de rien : « J’ai vécu comme ça la plupart de ma vie. Je peux vivre avec ce que j’ai. »

Sa déclaration de patrimoine, une obligation pour les élus uruguayens, s’élevait à 1 411 euros en 2010, soit la valeur de sa Coccinelle Volkswagen 1987. Cette année, il y a rajouté les biens de sa femme (du terrain, des tracteurs et une maison), amenant son total à 168 000 euros, une fortune toujours bien inférieure à celle de son vice-président ou de son prédécesseur. Élu en 2009, Mujica a participé à la guérilla uruguayenne des Tupamaros, un groupe armé d’extrême-gauche inspiré de la révolution cubaine. Il a reçu six balles dans le corps et passé 14 années en prison dans des conditions difficiles avant d’être libéré en 1985, quand l’Uruguay est devenu une démocratie. C’est en prison qu’il a développé sa philosophie de vie : « On m’appelle le président le plus pauvre, mais je ne me sens pas pauvre. Les pauvres sont ceux qui travaillent uniquement pour avoir un style de vie dépensier, et qui en veulent toujours plus. C’est une question de liberté. Si vous n’avez pas beaucoup de possessions, vous n’avez pas besoin de travailler comme un esclave toute votre vie pour les soutenir, et vous avez plus de temps pour vous-même. » (source : slate.fr)

Chien Gué n’avait pas loupé l’élection ce cet homme source d’espoir : forget.e-monsite.com. Pas plus que l’histoire des guérilleros Tupa Maros : forget.e-monsite.com Alors analysons le titre de Courrier International : "Uruguay : le vrai président normal". Deux mots surprennent dans cette annonce, car en désaccord total avec notre société actuelle : « vrai » et "normal" .
« vrai président » , excusez-moi de vous choquer, mais ça veut dire président qui pense à son PEUPLE, et pas à l’image de marque de son pays au niveau international ; et c’est là que le titre de la « une », et encore plus le personnage en question, se détachent du mouvement brownien égocentrico-capitaliste actuel.
Le deuxième mot qui surprend, c’est « normal » : ha bon, les autres présidents de la planète seraient anormaux ? Dans le fonctionnement actuel, bien sur que non ; ils sont tous, pas vraiment « normaux », mais plutôt dans la normalité ; la normalité de la mondialisation, de l’Onu, de l’Otan, de la communauté européenne, etc.

De là à dire que normalité serait signe de soumission… Et bien non, enfin, un journal, ose afficher en « une » que la normalité pour un président pourrait être autre chose que suivre les directives bien-pensantes imposées sournoisement par les États, banques ou organismes dominants. Il semblerait donc, à lire cet hebdomadaire, qu’un président « normal », serait un président qui montrerait l’exemple, pour appeler le peuple à le copier (comme l’avaient fait Castro et Guevara, lors de leur accession au pouvoir à Cuba). Vrai ? Faux ? Bien sur que oui, c’est vrai, en fait : détachez-vous de votre monde individualo-capitaliste, reculez de trois pas, et regardez-vous, regardez votre président, votre pays, oubliez quelques instants votre nombril, votre portefeuille (si ces deux derniers ne sont pas liés, vous avez encore une chance de vous en sortir, soit dit en passant…).
Oui, bien sur qu’un président se devrait d’être « normal » et donc de montrer l’exemple ; mais pas en diminuant son salaire de député + maire + conseiller général + sénateur + … ; mais plutôt en l’offrant à ceux qui en ont besoin.

Ce qui séduit chez Mujica

En juin dernier, lors de la conférence sur le développement durable des Nations Unies Rio + 20, il a fait un discours qui a été repris des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux, et il y a notamment dit : “Nous ne pouvons pas continuer, indéfiniment, à être gouverné par les marchés ; nous devons gouverner les marchés." Ses résultats font rêver les pays voisins : les salaires ont progressé de 36,6 % en sept ans, grâce notamment à une croissance économique de 6,4 %. Le taux de chômage (5,3 %) est au plus bas, et 13,7 % des uruguayens vivent sous le seuil de pauvreté, soit une baisse de cinq points en un an. L’analphabétisme a quasiment disparu et tous les enfants sont scolarisés. Aucun des pays du Mercosur n’a des indicateurs aussi bons, à tel point que de nombreux migrants de pays voisins (Argentine et Brésil notamment), mais aussi d’Espagne et d’Italie, viennent en nombre croissant s’installer en Uruguay.

Alors, à quand un vrai président normal chez nous ?

forget.e-monsite.com


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