Hamadi Jebali ou le triomphe de l’échec

dimanche 24 février 2013
par  Fethi Gharbi
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Par Fethi Gharbi

Les plus éminents stylisticiens ne peuvent que s’incliner face à la beauté de l’oxymore que vient de nous tricoter le chef du gouvernement tunisien, Hamadi Jebali... de quoi faire mourir de jalousie un fin prestidigitateur de l’envergure de Silvio Berlusconi. Cela a cloué le bec à toutes ces mauvaises langues qui veulent nous persuader que le parti intégriste d’Annahdha n’est qu’un conglomérat de salafistes obscurantistes et violents et de voyous habités plus par le mercenarisme que par une quelconque idéologie. Grâce à ce tour de passe passe, Jebali et son parti islamiste nous prouvent une fois pour toute qu’ils maitrisent aussi et surtout l’art du discours. L’opposition tunisienne a compris un peu tard et à ses dépens, du moins je le suppose, qu’Annahdha compte plus sur une élite de fins sophistes que sur son armada de gros bras qu’il met en scène de temps à autre rien que pour intimider... du moins pour le moment.


Faut-il rappeler que le soir même de l’assassinat du très populaire leader de l’extrême gauche Chokri Bellaïd, alors que le pays entier était sous le choc, Mr Jebali se pointe à la télévision pour annoncer qu’il compte se débarrasser de son gouvernement formé d’une coalition de trois partis dont Annahdha et se propose de former un nouveau gouvernement fait de technocrates indépendants. Un vrai traitement de choc ! Surtout lorsqu’on sait qu’Annahdha et ses deux partenaires le CPR et Attakatoul n’arrêtent pas de s’entredéchirer depuis plus de six mois pour le partage des ministères régaliens qui sont tous entre les mains du parti islamiste. Six mois de désordre total. Le pays est laissé à lui-même. Une économie qui coule à pic avec un taux de chômage de 20 %, une inflation supérieur à 10 % alors que les agences de notation font de leur mieux pour asphyxier l’État. Le gouvernement qui n’arrête pas d’accuser les syndicats d’être à l’origine du désordre économique oublie vite les violences de ses protégés salafistes qui ont porté un coup fatal au tourisme et ont fait fuir un grand nombre d’investisseurs. Les frontières transformées en vrais passoires font que partout sur le territoire des caches d’armes poussent comme des champignons. Et pour couronner cette avalanche de succès, rien de mieux que le meurtre abominable d’un homme politique.

Monsieur Jebali, au bord de l’abime, menacé par une insurrection populaire imminente... Voila qu’il nous tire de son chapeau... non un lapin... mais un gouvernement de technocrates ! Mais par quel tour de magie réussit-il un pareil miracle, lui qui pendant des mois et des mois était prêt à laisser couler le pays plutôt que de se délester de ses ministères régaliens ?! Et le miracle se répand, s’étend pour nous imprégner tous autant que nous sommes, un élixir qui s’infiltre en nous, efface toutes nos angoisses et apaise toutes nos ardeurs. Sous le charme, nous nous remettons à croire, à boire les mots de notre chef du gouvernement ressuscité... renaissant des cendres... du sang non encore séché du martyr qu’il a réussi en un tour de main à nous faire oublier. Mais notre nouveau héros, comme tout héros de conte qui se respecte, se doit de faire face à des méchants opposants qui ne manqueront pas de semer son chemin d’embuches. Le paradoxe est que ce sont ses propres "frères" qui feront tout pour l’empêcher d’atteindre le noble objet de sa quête. C’est ainsi que les tunisiens, le souffle coupé, suspendus qu’ils sont au péripéties de cette lutte inégale et sans merci entre le mal et le bien s’émeuvent pour leur héros adoré. Hypnotisés par ce jeu de scène, les voila pris dans les filets d’Annahdha qui grâce à cette comédie échappe au naufrage et réoccupe le devant de la scène effaçant d’un revers de la main l’ensemble de l’opposition.

Avec monsieur Laraiedh au poste de chef du gouvernement, nous voila donc retournés à la case départ, ce qui augure de pas mal de problèmes et qui risque d’enfoncer encore plus un pays qui se trouve déjà au bord du gouffre. Quant au sieur Jebali, toujours égal à lui même, il ne semble nullement entamé par son échec (en est-ce un au fait ?!). L’extraordinaire est qu’il est ovationné tout autant par ses pairs, ceux-là même qui l’on déchu, que par l’opposition. Certains trouvent même qu’il a acquis l’envergure d’un chef d’état ! Pour quelqu’un qui n’a fait qu’accumuler échec après échec tout au long de son mandat, il a bien de la chance notre ex. Mais ce que nous devons retenir est que monsieur Jebali n’est point un héros de roman mais un héros de conte... de conte de fée... Il ne lui manque que de partir à reculons montant son char couronné de lauriers... ovationné par le peuple en délire. En l’entendant prononcer son discours d’adieu, j’ai rêvé que c’était un discours d’investiture... Je l’ai vu baiser la tête de son maitre, son mandataire, celui-là même qui l’a congédié mais qui ne tarit pas d’éloges à son égard... Pardonnez-moi, mais j’ai le tournis !

Laissez-moi vous féliciter monsieur Jebali pour cette belle mise en scène, un vrai coup de maitre... mais dites-moi et ne soyez pas cachotier : c’est bien pour les présidentielles que Ghanouchi vous prépare ?

Fethi Gharbi


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