Les Licenciements dits boursiers

Une émission proposée et présentée par Pascale Fourier sur ALIGRE FM 93.1 en région parisienne
jeudi 15 janvier 2004
par  Pascale Fourier
popularité : 1%

EMISSION DU 23 AOUT 2001

avec Jacques Nikonoff, auteur de La comédie des fonds de pensions. Il a dirigé un ouvrage collectif du mouvement « Un Travail pour chacun » intitulé Chômage, nous accusons. Professeur associé à l’université de Paris VIII. Président depuis Décembre 2002 du mouvement Attac.

Pascale Fourier : Michelin, Danone, ces licenciements défraient de plus en plus la chronique et soulèvent l’indignation de la population. Pourtant, un article récemment publié dans l’Express du 19/07 dernier de Claude Alegre qui, je vous le rappelle, était le ministre de l’éducation nationale, semble faire entendre la voie de la raison, la voie du bon sens. Il souligne que tout licenciement est un drame humain et ajoute : « faut-il abandonner les chômeurs à un marché cruel et aveugle ? Certes non. Je ne me satisferai jamais des licenciements massifs. Mais aucun chef d’entreprise ne procède à des licenciements collectifs sans y être contraint. Aucun ne le fait de gaieté de cœur. Les chefs d’entreprises sont tous désireux de trouver des solutions eux-mêmes ». On pourrait alors se demander pourquoi de tels licenciements ? Claude Alegre donne la réponse : « Dans une société dont l’économie est soumise aux règles de la libre entreprise, du marché et de la concurrence, et qui a désormais pour territoire la planète entière, il est impossible d’éviter des modifications du nombre des travailleurs. » Il s’élève alors contre des solutions proposées par certains. Bloquer par la loi des possibilités de supprimer des emplois ou de licencier, c’est systématiquement bloquer une embauche et pénaliser les entreprises dans leur compétitivité. Si la France dresse des obstacles exagérés aux suppressions d’emplois et aux licenciements, les entreprises iront s’installer ailleurs, en Espagne, en Italie ou en Ecosse. Une politique sociale moderne recherche certes un équilibre entre la défense des salariés et la protection de l’entreprise mais elle ne peut demander sans danger tous les efforts à cette dernière. Elle risque alors d’être détruite. Il ajoute pour clore son article : « la gauche ne sera moderne que lorsqu’elle aura pleinement assimilé la notion d’entreprise et qu’elle en respectera les règles tout en défendant les intérêts des travailleurs. » Alors Jacques Nikonoff, toutes les données du problème me semblent posées. Est-ce vous pensez que les licenciements du type de Danone ou Michelin ne sont, comme le dit Claude Alegre « qu’une nécessité pour assurer la compétitivité des entreprises françaises », une nécessaire adaptation à l’environnement économique ?

Jacques Nikonoff : D’abord, les remarques de M. Alegre témoignent qu’il a environ une quinzaine d’années de retard sur sa compréhension de l’économie. Je ferai trois remarques sur ce que vous avez cité de M. Alegre : la première, c’est que quel que soit le système économique, les entreprises n’ont pas vocation à conserver le même nombre de travailleurs, c’est bien évident. Les besoins évoluent, la demande des consommateurs évolue. Il est naturel que des entreprises naissent, que d’autres meurent, tout cela se fait quel que soit le système économique. Mais la question n’est pas là. La question est de savoir qui porte les risques de cette situation. Or, aujourd’hui, ce sont systématiquement les salariés qui prennent les risques contrairement à ce que l’on entend dire à propos des employeurs qui seraient risquophiles et les employés qui seraient risquophobes. En réalité, ce sont les salariés qui prennent les risques puisque ce sont eux qui sont licenciés, ce ne sont pas les patrons à la dernière information. Donc, autant il est normal que les effectifs des entreprises évoluent, autant il faudrait que les salariés soient protégés de ces évolutions. Or ça n’est pas le cas. La deuxième remarque, quand M. Alegre parle de chef d’entreprise, il témoigne de sa méconnaissance complète de la réalité économique contemporaine parce que ceux qui licencient ne sont pas les chefs d’entreprise. Cela n’existe plus, les chefs d’entreprises, sauf dans les petites et moyennes entreprises. Les grandes entreprises n’ont plus de chefs d’entreprise, il n’y a plus de patrons. Les propriétaires des grandes entreprises, ce sont les investisseurs institutionnels, notamment les fonds de pension américains. Ce ne sont pas des chefs d’entreprise, ce sont des organismes dont la vocation est de gagner de l’argent. Et l’un des moyens de gagner de l’argent, c’est d’acheter des actions, de faire monter le cours de bourse, et de vendre quand le cours est suffisamment haut de leur point de vue pour acheter ensuite d’autres actions dont ils espèrent qu’elles monteront à leur tour. Et les licenciements que nous observons aujourd’hui, dans un certain nombre de cas, sont guidés par la recherche de la valeur boursière et non par la réalité économique - ce que n’a absolument pas compris M. Alegre. C’est d’ailleurs très inquiétant que quelqu’un comme ça ait été ministre parce que son incompétence en la matière est relativement et même définitivement tragique. Donc, il n’y a plus de chef d’entreprise dans les grandes entreprises ; ça n’existe pas. Je ne sais pas où M. Alegre les a trouvés et s’il en connaît, ce serait intéressant de nous les présenter. Troisième remarque à propos du texte de M. Alegre, il dit que les entreprises vont aller ailleurs. Evidemment, elles peuvent aller ailleurs. Mais nous pouvons les en empêcher parce que c’est un chantage. Un certain nombre de grandes entreprises font chanter les états en les menaçant de partir si on ne leur accorde pas des baisses d’impôts, des baisses du coût du travail, des facilités de licenciements, etc. Je rappellerai quand même que nous avons un moyen extraordinaire pour faire pression sur ces grandes entreprises qui est constitué par les marchés intérieurs. Ce qui intéresse les entreprises, ce sont les marchés, c’est-à-dire la capacité de vendre leurs produits. Et bien si nous interdisons aux entreprises qui font du chantage d’avoir accès à notre marché, croyez-moi que ces entreprises seront mises au pas rapidement. Il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter, de renoncer ou même de s’aplatir comme le fait M. Alegre devant le chantage de ces grandes entreprises.

Pascale Fourier : Excusez pour la question peut-être un peu naïve mais quand vous dites que l’intérêt de l’actionnaire est que le cours des actions monte, est-ce que ce n’est pas non plus une nécessité pour les entreprises ? Est-ce que ce n’est pas par la bourse que les entreprises se financent ?

Jacques Nikonoff : Alors, ça aussi c’est une illusion qui est entretenue depuis une quinzaine ou une vingtaine d’années. On a complètement oublié que les entreprises pouvaient se financer de plusieurs manières, certes par les actions, mais également par le crédit. Les entreprises qui ont besoin d’argent pour investir peuvent parfaitement emprunter de l’argent à la banque sous forme de crédits. C’est beaucoup plus simple, ça présente beaucoup moins de risque, et c’est comme cela que l’économie était financée. Et c’est précisément parce que les modalités de financement de l’économie ont changé, qu’elles sont passées du crédit bancaire aux marchés financiers, que nous rencontrons ce genre de phénomène. Il faut donc abandonner progressivement le financement par actions et revenir sous des formes nouvelles au financement par le crédit bancaire. Je rappelle d’ailleurs que les émissions d’actions ces trois dernières années non seulement sont faibles, mais que les entreprises rachètent plus d’actions qu’elles n’en émettent. C’est-à-dire qu’il n’y a pas besoin aujourd’hui d’aller sur le marché pour faire des investissements.

Pascale Fourier : Mais quand Jean-Pierre Gaillard, si je me souviens bien de son nom, nous serine (si on n’est pas très gentil) tous les jours sur France Inter la hausse de la bourse, cela ne veut pas dire que les entreprises vont de mieux en mieux, qu’elles trouvent des financements de plus en plus importants ?

Jacques Nikonoff : Absolument pas. Ce qui se passe en bourse ne concerne pas la situation économique de l’entreprise. Ce qui se passe en bourse, c’est simplement les détenteurs d’actions qui s’achètent et se vendent les actions. Pour l’entreprise, c’est transparent. Cela n’apporte rien à l’entreprise. Ce qui lui rapporte, ce sont les ventes de ses produits et les financements qu’elle obtient la première fois qu’elle émet des actions. Mais une fois qu’elle a émis des actions, elle les a vendues. Donc les actions ne lui appartiennent plus. C’est donc absolument contraire à la vérité économique de prétendre qu’une bourse qui monte traduit une réalité économique performante. Je rappellerai un exemple : dans les années 1960 et au début des années 1970, la bourse française en particulier était dans un marasme total. Les rendements étaient négatifs. Et bien, c’est à cette période que la croissance économique était la plus forte. Cela montre qu’il n’y a pas de lien direct entre la performance boursière et la performance économique. C’est une illusion et une contre-vérité de prétendre le contraire.

Pascale Fourier : A ce moment là, pourquoi les médias célèbrent-ils sans arrêt la hausse du cours de la bourse ?

Jacques Nikonoff : Et bien parce que les hausses du cours de la bourse intéressent une catégorie particulière de personnes, celles qui détiennent des actions tout simplement. Evidemment, si vous achetez des actions, votre intérêt à vous est que le cours de ces actions monte. Donc, vous allez regarder comment évolue votre patrimoine boursier. L’évolution du cours de la bourse n’intéresse que ces gens, les rentiers, ceux qui détiennent des portefeuilles d’actions, et dont l’intérêt est que l’action monte. Mais ça ne regarde pas les autres. Cela les regarde, mais d’une certaine manière : à l’envers. Autrement dit, quand la bourse monte, les salaires baissent. C’est comme cela qu’il faut voir les choses. C’est une très mauvaise nouvelle quand la bourse augmente.

Pascale Fourier : Je suis complètement désarçonnée, Jacques Nikonoff ; vous faites pour ainsi dire exploser ma vision des choses. Tout va mal. Vous disiez que quand la bourse augmente, les salaires baissent. C’est-à-dire ?

Jacques Nikonoff : Pour produire, que faut-il ? Il faut du travail et il faut du capital. C’est comme ça que l’on produit des biens et des services. Une fois que ces biens et ces services ont été produits, ils sont vendus. Le produit de la vente se répartit en deux. C’est-à-dire, les deux facteurs qui ont contribués à la production : le travail et le capital. Donc, c’est extrêmement simple. Plus il y a pour le capital, moins il y a pour le travail. Dès lors que les actionnaires reçoivent une portion plus importante du revenu de la production, il y en a moins pour les salariés. C’est la raison pour laquelle on peut dire que quand la bourse monte, les salaires baissent.

Pascale Fourier : On évoque les licenciements dits boursiers. En quoi peut-on dire que les licenciements qui ont eu lieu chez Michelin ou Chez Danone ou qui vont avoir lieu sont des licenciements dits boursiers ?

Jacques Nikonoff : Ils sont boursiers parce qu’ils présentent une caractéristique nouvelle. Jusqu’à présent, on connaissait les licenciements parce que des entreprises allaient mal. Elles perdaient des marchés - enfin, quelle que soit la raison - elles n’étaient pas en bonne santé pour une raison ou pour une autre. Aujourd’hui, certaines entreprises qui licencient sont en excellente santé. Mais elles licencient, ce qui est quand même paradoxal. Elles ne licencient donc pas pour des raisons industrielles ou économiques. Elles licencient, on va le voir, pour des raisons financières, pour des raisons boursières. C’est pour ça qu’on parle de licenciements boursiers. Alors pourquoi boursier ? Et bien là aussi pour une raison qui est extrêmement simple. Admettons que vous ayez la chance, et encore je ne sais pas si c’est une chance, d’être détenteur d’un portefeuille d’actions. Votre objectif sera d’obtenir un rendement sur votre portefeuille le plus élevé possible. Et pour obtenir ce rendement le plus élevé possible, vous allez choisir des placements qui vont vous procurer ce rendement. Depuis quelques années, les investisseurs institutionnels, c’est-à-dire les fonds de pension, les fonds mutuels, demandent aux entreprises dans lesquelles elles sont actionnaires 15 % de rendement minimum, parce que, si elles n’ont pas ce rendement, elles vont ailleurs. Alors 15 % , ça dépend des périodes, ça dépend à la fois des taux d’intérêts, ça dépend du niveau général de la bourse. Comme la bourse a baissé cette année, on est plutôt aux alentours de 12 %.

Pascale Fourier : Mais « de rendement », ça veut dire quoi ?

Jacques Nikonoff : Cela veut dire que si vous achetez une action 100 francs, vous exigez d’avoir 12 ou 15 %, 12 ou 15 francs en plus de rendement sur les 100 francs que vous avez placés.

Pascale Fourier : Sous forme de dividende ?

Jacques Nikonoff : Sous forme de dividende, sous forme de valeur de l’action, c’est peut-être un peu compliqué pour rentrer dans le détail mais disons qu’il faut obtenir ces 12 ou 15 % par an. Là aussi, vous avez le choix si vous avez 100 francs. Vous pouvez acheter de l’immobilier, des œuvres d’arts, de l’or, des actions, des obligations. Vous allez faire un arbitrage entre le risque, la liquidité, c’est-à-dire la possibilité de récupérer votre monnaie tout de suite, et le rendement. Donc c’est un arbitrage entre plusieurs facteurs. Si vous achetez des obligations, vous allez avoir 5 ou 6 %. Si vous achetez des actions, comme il y a des risques sur les actions et qu’il n’y en a pas sur les obligations, vous allez demander un rendement plus élevé puisqu’il y a du risque. Donc 12 à 15 %. Alors quand vous êtes actionnaire, vous êtes un fond de pension et vous êtes actionnaire d’une entreprise, la première chose que vous allez faire est de découper l’entreprise sur le plan comptable pour savoir quels sont les différents marchés, produits, et quel est le rendement respectif de ces différents marchés et produits. Evidemment, dans chaque entreprise, les produits et les marchés ont des rendements différents. Dans une entreprise qui en général a plusieurs produits ou plusieurs marchés, ces rendements différents font que le rendement le plus faible de l’entreprise réduit le rendement global. On est bien d’accord ? Donc, ce que vont exiger les investisseurs, c’est que le management de l’entreprise, les dirigeants de l’entreprise et non pas les chefs d’entreprise, contrairement à ce que dit M. Alegre, fassent des efforts soit pour redresser la situation du secteur qui a la rentabilité la plus faible, soit pour carrément fermer, vendre, liquider le secteur le plus faible de manière à faire remonter le rendement général de l’entreprise. C’est ce qui se passe systématiquement dans les licenciements boursiers. On l’a vu chez Michelin, chez Danone. Le cas Danone est particulièrement clair. Dans cette entreprise qui fonctionne très bien, qui n’a aucun problème financier, il y a trois secteurs. Il y a celui des produits laitiers, celui des boissons gazeuses et celui des biscuits. Chacun de ces secteurs a un rendement particulier. Malheureusement pour le secteur des biscuits, c’est lui qui a le rendement le plus faible : 7 %, alors que les autres secteurs sont devant avec 10 et 12 % et que, de toute manière, les investisseurs demandent 12 %. Et bien les investisseurs de Danone, les actionnaires de Danone demandent au management de Danone de rétablir la rentabilité financière du secteur biscuit. Le moyen qui a été trouvé comme toujours a été de licencier les salariés. Voila la logique de ces licenciements boursiers que nous observons régulièrement.

Pascale Fourier : Mais comme le dit Claude Alegre, n’est-ce pas une nécessité due à la concurrence internationale de faire de tels licenciements ?

Jacques Nikonoff : Il y a une part de vérité dans cet argument. Restons sur le cas Danone. Admettons que le management de l’entreprise Danone refuse de suivre les actionnaires. D’abord, le management serait viré puisque les propriétaires sont les actionnaires, ce n’est pas le management. Le management de l’entreprise obéit aux actionnaires. Si les actionnaires s’aperçoivent qu’il y a une impossibilité à rétablir la rentabilité de la branche biscuit, ils vont alors vendre leurs actions et acheter des actions dans une autre entreprise. Cela peut présenter une forme de risque. Mais finalement, on se demande si ce n’est pas une solution préférable à la financiarisation de l’économie, si nous sommes capables de remplacer ces actionnaires privés par des actionnaires je ne dirais pas nécessairement publics, mais des actionnaires qui n’aient pas ce comportement de prédateur et qui ne cherchent pas une rentabilité aussi élevée. Donc, il est parfaitement compréhensible qu’il y ait des risques dans le système économique actuel mais se sont des risques que nous pouvons éviter si nos remplaçons ces actionnaires par d’autres actionnaires qui n’ont pas les mêmes exigences de rentabilité. J’ajoute une dernière chose qui est l’essentiel, c’est que Danone vend ses yaourts en France et que si Danone veut continuer à vendre ses yaourts en France, il faut que Danone applique la loi. Si Danone n’applique pas la loi, nous pouvons, nous Français, décider que Danone ne vendra plus ses yaourts en France. Donc nous avons un moyen tout à fait puissant pour rétablir la situation.

Pascale Fourier : Vous semblez quelque peu verser dans une sorte d’étatisme, on pourrait vous reprocher ça, en tous les cas ?

Jacques Nikonoff : Non, pas du tout. Rien dans ce que j’ai dit ne permet d’aboutir à cette conclusion. Comment régler le problème des licenciements ? Deux choses essentielles : la première chose à mettre en place par l’état - parce que je ne vois pas qui d’autre peut le faire, c’est la responsabilité de l’état, c’est le garant de l’intérêt général, c’est son rôle -, donc la première chose qu’il doit faire et qu’il peut faire est d’assurer la continuité des positions professionnelles aux salariés. Autrement dit, quelle que soit la cause du licenciement, boursier ou non, les salariés doivent avoir la continuité de l’emploi, dans l’entreprise d’origine ou à l’extérieur. C’est-à-dire la continuité d’une position professionnelle, de leur salaire évidemment et de leurs droits sociaux. On n’a pas le temps de voir comment cela peut se mettre en place mais c’est une réforme fondamentale qui doit être entreprise et qui est parfaitement possible. Cette première possibilité intervient en aval, c’est-à-dire une fois que le licenciement est prononcé, mais il faut également intervenir en amont, c’est-à-dire pour limiter ce genre de licenciement, boursier ou autre. Plus particulièrement concernant les licenciements boursiers, que peut-on faire ? On peut faire comme les compagnies d’assurances. Lorsque l’on a un permis de conduire et une voiture, on a une assurance automobile. Dès lors que l’on commet des infractions au code de la route, on a des points en moins, et lorsque l’on a un accident, on paye un malus. Ce qui est paradoxal, c’est que l’on parle d’assurance chômage mais les entreprises ne sont pas soumises aux règles des assurances. Il faudrait donc que l’assurance chômage, les cotisations chômages soient modulées en fonction des risques que prennent les entreprises. Donc les entreprises qui licencient beaucoup devraient se voir appliquer, dans le cas des licenciements boursiers, des malus. Le mouvement « un travail pour chacun », par exemple, a proposé de mettre en place une restitution sociale, parce qu’il y a des chauffards de la route mais il y a des chauffards de l’économie. Ce sont les entreprises qui font des licenciements boursiers. Alors comment les sanctionner ? On peut parfaitement mettre en place une loi qui obligerait les entreprises qui licencient à continuer de payer les salaires des salariés licenciés. Je donne l’exemple de Danone, on peut me dire que cela va coûter extrêmement cher, que c’est utopique, et bien non. Quand on regarde la situation de Danone - et le cas Michelin est exactement le même -, Danone a payé 5 milliards de francs de dividendes au mois de juin 2001, donc les actionnaires de Danone sont sans doute très contents puisqu’ils ont encaissé 5 milliards de francs. Il faut savoir que 5 milliards de francs permettraient de payer les salaires des 1800 salariés licenciés de chez Danone pendant 15 ans. Donc la loi devrait saisir les dividendes et les utiliser pour payer les salaires des travailleurs licenciés. Il est clair que si une telle loi était votée, cela dissuaderait les entreprises de licencier. Alors évidemment, il y aurait des conséquences. La première conséquence serait que les entreprises essayeraient de contourner la situation. Et au lieu d’embaucher des travailleurs à temps complet, en CDI, elles recruteraient des CDD. Il faut également limiter la possibilité d’employer des CDD, des intérims, etc. On peut parfaitement limiter les risques de ce coté là. Et puis, il y a la possibilité de fuite des capitaux. Il est évident que des entreprises confrontées à une telle législation pourraient soit ne pas vouloir venir s’installer en France, soit quitter le territoire pour s’installer ailleurs. D’abord, on peut les empêcher. On peut également leur dire « partez, mais si vous partez ,vous ne pourrez plus vendre vos produits chez nous ». C’est une menace qui répond à leur chantage, suffisamment dissuasive pour acclimater les entreprises à cette nouvelle façon de faire qui serait certainement profitable à la population plus qu’aux actionnaires. Mais là, il y a un choix qui n’est pas un choix économique mais un choix politique. Soit on développe des politiques pour l’intérêt général, pour la majorité de la population, soit on laisse faire le marché, c’est-à-dire, on organise la société pour les 10 à 15 % de la population la plus aisée. C’est donc de la politique, ce n’est pas de l’économie.

Rappel : Vous pouvez imprimer ce texte. Quel que soit l’usage que vous en ferez, il vous est demandé de citer votre source : Emission Des Sous...et des Hommes du 23 Aôut 2001 sur AligreFM. Merci d’avance.


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