Le marché de l’emploi N°1 sur 2

Une émission proposée et présentée par Pascale Fourier sur ALIGRE FM 93.1
mercredi 15 octobre 2003
par  Pascale Fourier
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EMISSION DU 23 AVRIL 2002

Autour de la notion de " marché de l’emploi " - Avec Laurent Cordonnier, Maître de conférences à Lille I, qui a publié aux éditions Raisons d’agir "Pas de pitié pour les gueux".

Pascale Fourier : Comme d’ordinaire, je lis les journaux, là c’était le supplément économique du " Monde " du mercredi 3 avril dernier. 2 Millions 200 mille, c’était le chiffre officiel de chômeurs que je pouvais lire, chiffre encore énorme et ce n’était que le chiffre officiel, et là ce que je ne comprenais pas, c’est qu’une partie de l’article de première page portait sur l’accord qu’il y avait parmi les politiques sur le fait que le taux d’activité était trop faible en France. La commission de Bruxelles, me disait-on, épingle la France depuis des années pour la faiblesse de ses taux d’activité, liée à la prolongation des études pour les jeunes et aux pré-retraites pour les seniors. Je n’y comprenais rien : il y avait plus de 2 Millions de chômeurs et on voulait encore que plus de gens soient à la recherche d’un emploi ? J’ai demandé alors à Laurent Cordonnier, maître de conférences à Lille I et auteur du petit livre fameux "Pas de pitié pour les gueux" publié aux éditions Raisons d’agir de venir m’expliquer cette apparente contradiction.

Le rendez-vous était fixé près de chez moi dans un petit jardin d’un bar du 14e. Le lieu, calme, devait être propice à un enregistrement. Mais, horreur ! Il y avait là d’honnêtes travailleurs armés de multe marteaux, tant pis le sujet portait sur le travail, les coups de marteaux seraient de circonstances.

Je me lançais donc, et disais à Laurent Cordonnier mon étonnement, quand bien même les 2 Millions de chômeurs voudraient-ils enfin tous se mettre à travailler alors qu’actuellement ils préfèrent se tourner les pouces, comme le prétendent certains, il n’y a pas forcément 2 Millions de postes qui sont prêts à leur tendre les bras de l’autre côté ? Alors je ne comprends vraiment pas pourquoi on se plaint du fait que le taux d’activité est bas en France et pourquoi l’on préconise en conséquence de mettre ou de remettre au travail les plus de 50 ans et les jeunes.

Laurent Cordonnier : Là encore, il faut faire un sacré effort pour essayer de comprendre ce que nous racontent les experts, que ce soient ceux de l’OCDE, mais c’est les traces d’un discours que l’on retrouve par exemple, dans le rapport de Jean Pisany-Ferry sur le plein emploi. Il faut pratiquer une vraie discipline pour essayer de voir d’où partent ces injonctions. Effectivement, le bon sens, qui n’est pas méprisable, au contraire, serait de dire que quand il y a déjà 3 Millions de chômeurs, poser comme un problème l’insuffisance du taux d’activité de la population, c’est rajouter un problème.

Pascale Fourier : Taux d’activité ?

Laurent Cordonnier : Alors qu’est-ce que ça veut dire ? En gros, la population active, par définition c’est l’ensemble des gens qui souhaitent travailler. Soit qu’ils aient effectivement un travail soit qu’ils en soient privés : c’est à dire que la population active met dans un même ensemble les gens actifs occupés par un travail et les chômeurs, les chômeurs demandeurs d’emploi. Et le taux d’activité c’est cette population rapportée à la population totale ou à la population des gens en âge de travailler, cela dépend quel taux d’activité on calcule, et l’on nous dit que la France a, ce qui n’est pas contestable, l’un des taux d’activité les plus bas d’Europe, et on en fait un problème. Pourquoi l’on en fait un problème ? Encore une fois c’est bizarre que l’on en fasse un problème puisqu’il y a déjà pénurie d’emploi, j’essaie de comprendre, je crois qu’il y a deux raisons : première raison, c’est que dans quelques décennies on va être confronté à une augmentation du ratio des inactifs par rapport aux actifs ce qui est le fond du problème des retraites, nous dit-on, pour les 20 ou 30 ans qui viennent, et bien évidemment pour celui qui fait un tout petit peu d’arithmétique c’est très simple pour que ce ratio ne se dégrade pas il faudrait que le nombre d’actifs augmente et pour que ce nombre d’actifs augmente il faudrait que les taux d’activité augmentent, c’est à dire que finalement l’on ait moins d’inactifs en haut du ratio et plus d’actifs en bas. Mais ça c’est de l’arithmétique, ce n’est pas de l’économie, car maintenant si l’on veut qu’il y ait plus d’actifs, il faut qu’il y ait des emplois en face, donc cela ne nous dit pas du tout quelles sont les conditions qui vont permettre de créer des emplois pour augmenter ces taux d’activité …

Pascale Fourier : Et puis quand bien même, enfin pour les retraites en particulier, le taux d’actifs à la limite n’a pas de sens, est-ce que les chômeurs cotisent pour les retraites justement ?

Laurent Cordonnier : Oui, les chômeurs cotisent pour les retraites mais ceci dit à condition qu’ils soient indemnisés, il ne suffit pas de dire aux gens que plutôt que d’être inactifs déclarez-vous chômeurs que cela va régler le problème des retraites, non, ça ne marche pas comme ça il faut qu’ils touchent des cotisations Assedic et à la limite de bonnes cotisations Assedic pour faire de bonnes cotisations retraite. Sur ces taux d’activité, on voit bien qu’effectivement ça règlerait en partie le problème des retraites mais il faut nous dire comment l’on va créer des emplois pour ces futurs actifs, c’est une première chose. La deuxième remarque là-dessus c’est qu’en France on a certes un taux d’activité plus bas que les autres pays européens mais est-ce que c’est vraiment une catastrophe ? En fait qu’est-ce qui l’explique ? Essentiellement les deux extrémités de la vie active, en fait les jeunes poursuivent des études plus longtemps, et les personnes âgées sortent du marché du travail plus tôt. Est-ce que c’est blâmable ça ? A mon avis pas du tout, il est extrêmement intéressant d’avoir une population jeune et bien formée qui prolonge ses études et qui éventuellement en cas de reprise économique forte ait les compétences pour occuper les emplois qui se présentent, donc ça c’est tout à fait rationnel d’avoir ce type de taux d’activité bas dans la jeunesse et par ailleurs pour les personnes de plus de 55 ans, qui ont des pré-retraites correctes, et qui pour certaines d’entre elles sont assez contentes de quitter dans de pas trop mauvaises conditions le marché du travail (même si certaines les jugent prématurées), ce n’est pas non plus un drame et quand on regarde en fait la tranche d’âge centrale, la tranche d’âge 29-49 ans, on a un des taux d’activité les plus élevés d’Europe. Là où le taux d’activité est une norme normale, on est normaux ! Donc il n’y a absolument pas lieu de s’en inquiéter, il y a peut-être ici ou là de mauvais choix, par exemple on peut critiquer, comme il est dit dans le rapport Pisany-Ferry, que l’allocation parentale d’éducation ait encouragé des femmes à sortir du marché du travail pour élever leurs enfants or ça a bénéficié essentiellement, puisque l’allocation était faible, ça a bénéficié essentiellement à des personnes déqualifiées, dont le retour sur le marché de l’emploi est rendu extrêmement difficile, donc ça c’est peut-être un encouragement à l’inactivité qui n’est pas une bonne chose, parce que cela rend le retour pour ces catégories de la population extrêmement périlleux. Mais ce sont des poches ça et ça ne concerne absolument pas la totalité du problème.

Alors pour revenir à nos gens de l’OCDE, qu’est-ce qu’ils voient aussi derrière cette idée ? Et bien là aussi une analyse complètement délirante, c’est que pendant les trois dernières années précédant celle qui vient de s’écouler, la croissance économique a été relativement forte, et on a fait valoir que dans certains secteurs, il y avait des pénuries de main-d’œuvre, alors même qu’il restait un nombre de personnes au chômage assez important. Et l’idée c’est que nous étions finalement déjà presque au plein emploi et que la croissance venait buter sur le plein emploi, et que ce que nous allions connaître dans les années qui viennent c’est, comme on dit en économie, une crise d’offres et non pas un problème de demandes, que finalement le problème de demandes était réglé mais que c’est l’ensemble des ressources que l’on peut mettre dans la production qui allait manquer, travail ou capital, et pour le coup là c’est du travail. Avec 9% de chômeurs, on était déjà pratiquement au plein emploi et si la croissance devait être poursuivie, il faudrait remettre sur le marché du travail, des gens qui sont dans le système des inactifs. C’est un propos complètement délirant parce que ces pénuries de main d’œuvre, et je ne conteste pas que dans certains secteurs elles aient eu lieu, c’est quelque chose de parfaitement normal en temps de reprise économique, il est normal que dans certains secteurs il y ait des tensions, et ces tensions, quand on a un tout petit peu de foi dans le marché, moi j’ai foi dans le marché et les libéraux à mon avis n’ont pas foi dans le marché, quand on a un tout peu de foi dans le marché on dit ça va se régler. Ca va se régler comment ? Ca va se régler : les salaires vont augmenter dans ces secteurs-là, des formations vont se monter pour former des gens qui vont voir que les salaires sont attractifs dans ce secteur, et ces formations " oh ! Miracle ! "Elles déboucheront effectivement sur de l’emploi. C’est quand même ce que l’on demande à certaines formations continues. Alors j’allais dire tout va bien, tout allait bien c’est parfait, c’est une situation dans laquelle il vaut mieux se trouver, et on entendait des cris " Ah ! Tout va mal ! " Donc ces pénuries de main-d’œuvre n’auraient eu qu’un temps et même si elles s’étaient prolongées pendant 5 ou 10 ans, c’est une situation tout à fait normale, le temps que les dispositifs de formation, les salaires, les réorientations des stratégies des gens voire aussi des entrepreneurs, qui doivent s’habituer à payer dans certains secteurs les gens un petit peu mieux. La restauration avait des problèmes de recrutement, oui mais quand vous recrutez quelqu’un au SMIC pour travailler 48 heures par semaine, et qu’il doit faire 20 km avec sa mobylette pour venir jusqu’au bord de mer au moment où tous les autres sont en période de loisir, il est peut-être normal de ne pas le payer au SMIC, bon mais le temps que ça traverse un petit peu l’esprit des entrepreneurs qui se sont habitués à 15 ans de période de chômage où l’on trouvait tout sur le marché du travail, voilà, mais c’est une des vertus du marché, c’est des déséquilibres sectoriels et n’importe quel étudiant apprend, et je pense que c’est plutôt bien vu, que c’est ce que le marché sait le mieux traiter, des déséquilibres sectoriels. Il ne sait pas traiter les déséquilibres macro-économiques mais ceux-là il sait les traiter. Donc il était complètement délirant de dire que le problème d’un pays comme la France c’est que ça venait buter sur l’offre et en particulier, un chiffre qu’il est tout de même intéressant à sortir c’est qu’il fallait dire que ce n’est pas du stock de chômeurs qu’allait venir la main-d’œuvre puisqu’il fallait relancer les taux d’activité et donc il y a cette catégorie d’inemployables dont on nous a beaucoup parlée qui sont les gens qui ont soi-disant passé tellement de temps au chômage qu’ils ont complètement déconnectés du marché du travail et que l’on peut presque les passer par perte et profit. Or qu’a-t-on appris de ces 3 années de reprise économique forte ? C’est que le taux de chômage des chômeurs de longue durée, c’est à dire ceux qui sont au chômage depuis plus d’un an, a baissé plus vite que la moyenne des taux de chômage, c’est à dire que les gens dont on aurait dit, dont on disait d’ailleurs il y a encore 2 ou 3 ans que ce serait très difficile pour eux de revenir sur le marché du travail, ils sont revenus plus rapidement que les autres, pas sur le marché du travail mais retour à l’emploi, ils sont revenus plus rapidement que les autres. Donc là il y a quelque chose d’absolument fou, c’est que notre économie a été droguée, les patrons en particulier ont été drogués au chômage, au fait de pouvoir trouver dans la queue ce que l’on voulait, au prix où on voulait et dès que des tensions normales se sont manifestées sur le marché du travail, des tensions qui peuvent durer assez longtemps et qui sont des signes de bonne santé de l’économie, elles ont été interprétées par le patronat bien entendu, mais aussi par les gens bienveillants à gauche, comme en mal en France, ce qui est complètement délirant ! Au contraire dans cette période-là, il faut admettre qu’il faut continuer à stimuler la croissance économique, il faut trouver les moyens de la stabiliser, au passage ce que l’on n’a pas fait, on a eu un sursaut de croissance de 3 ans qui est arrivé un peu comme du pain béni (on pourrait en reparler si vous voulez) mais les gouvernements en Europe et même en France n’ont rien fait en particulier pour encadrer cette croissance, lui donner des objectifs, la stabiliser au plan macro-économique. Donc si l’on devait connaître une période de croissance longue, ce qui est tout à fait souhaitable, ce type de situation se reproduirait et il n’y a rien de mal à ça. Citation de Henri Krasucki : "Il n’y a pas de moyen plus violent de coercition des employeurs et des gouvernements contre les salariés que le chômage !"

Pascale Fourier : Je n’y comprenais plus rien, en augmentant le taux d’activité, on augmentait l’armée de réserve des travailleurs, non ? Et je ne comprenais pas la logique sous-jacente, à moins que justement de comprendre que le but était d’avoir une armée de travailleurs, c’est ce que j’ai demandé à Laurent Cordonnier.

Laurent Cordonnier : Oui, ça c’est dit comme l’aurait dit une vieille barbe blanche, mais ce n’est pas totalement faux c’est à dire que ce que craignent par dessus tout les experts, c’est que la conjoncture économique s’améliorant de nouveau, ce qui n’est pas improbable, c’est même annoncé, on connaisse de nouveau et assez rapidement à certains endroits des tensions sur le marché du travail, c’est à dire qu’en certains secteurs le rapport entre l’offre et la demande va s’inverser et deviendra favorable cette fois-ci aux salariés. Donc ces salariés parviendront à obtenir des augmentations de salaire, et l’on nous fait l’analyse selon laquelle des augmentations de salaire c’est forcément inflationniste …

Pascale Fourier : Et ça c’est pas vrai ?

Laurent Cordonnier : Non, ce n’est pas vrai. A partir du moment où ces salaires déboucheraient sur une consommation effective, une demande effective de biens, qui pourraient être produits et rencontreraient cette nouvelle demande, il n’y a pas de raison à priori que les pouvoirs d’achat distribués ne réussissent pas à s’écouler à travers une dépense, qui constitue une demande pour les entreprises et qu’il soit jugé profitable de répondre à cette demande par les entreprises. Donc on tire un trait d’emblée et de manière stupide et complètement à priori sur l’effet favorable d’une augmentation probable des salaires.

Pascale Fourier : Oui, mais ce que j’avais compris sur le fait qu’une hausse des salaires pouvait amener l’inflation c’est que les coûts salariaux allaient être incorporés dans le prix des biens produits et que du coup effectivement c’était une course en avant effrénée qui ré entraîne à nouveau une hausse des salaires pour garder du pouvoir d’achat etc.

Laurent Cordonnier : Oui, ça ce serait tout à fait juste, ce n’est pas d’ailleurs exclu et c’est un scénario qui s’est produit à la fin des années 70, la deuxième moitié des années 70, mais par contre aujourd’hui ce scénario est très peu probable parce que ça ce serait vrai si l’augmentation des salaires n’était qu’une augmentation des coûts salariaux, or pour certaines entreprises c’est une augmentation de leur demande, et cette demande elles ont deux manières d’y répondre, soit effectivement elles en profitent pour redresser leur marge et vendre plus cher, auquel cas ça se résorbe dans de l’inflation cette augmentation des salaires, soit elles en profitent pour conquérir ce nouveau marché grâce à une offre de biens nouveaux, de produits supplémentaires, et quand les structures sont concurrentielles, c’est à dire quand les entreprises sont vraiment en concurrence, elles ont peu de chance de pouvoir réussir à augmenter leur marge et à maintenir leur marché. Donc leur meilleure stratégie pour capter la nouvelle dépense monétaire ce n’est pas d’augmenter leurs prix, c’est d’augmenter les quantités produites ou la qualité des services offerts ou des produits offerts, et donc une des conditions pour qu’une augmentation des salaires ne se résorbe pas en inflation, effectivement c’est que les structures soient concurrentielles du côté des entreprises, mais elles le sont ! C’est la politique que l’on n’a pas arrêtée de faire depuis 20 ans, donc on a réuni les conditions d’une croissance saine, éventuellement de nouveau alimentée par une augmentation des salaires, et l’on se prive de cette possibilité. Pour un tas de raisons qui sont toutes très compliquées mais le discours est complètement fautif qui voudrait que n’importe quelle tension entre guillemets sur le marché du travail soit interprétée comme une tension inflationniste, ce qui est fait par la Banque Centrale Européenne par exemple. C’est complètement stupide, c’est non vérifié, à priori.

Pascale Fourier : Mais d’autres vous diraient que si les salaires augmentent, du coup on va être moins concurrentiel par rapport aux autres entreprises d’autres nations par exemple et que donc il est impératif que les salaires n’augmentent pas.

Laurent Cordonnier : Oui, ça aussi c’est juste, évidemment si les salaires dans un pays comme la France mais même en Europe augmentaient plus vite que sur le reste de la planète cela ferait perdre de la compétitivité aux entreprises, cette perte de compétitivité il faudrait la compenser par une perte de valeur de la monnaie, et ce qui pour des raisons que je ne vais pas détailler pourrait enclencher un cercle inflationniste parce que la monnaie baissant pour permettre à nos produits de s’exporter tout de même renchérirait le prix des produits importés et alimenterait de nouveau les revendications salariales, et ça c’est le scénario qu’ont en tête ceux qui veulent discipliner les salaires. Mais on ne peut pas organiser notre économie qui est quand même alimentée pour un pays comme la France à 75% par sa demande intérieure et non pas par ses exportations, et pour l’Europe à 90%, on ne peut pas bâtir toute notre stratégie économique sur les 10% d’entreprises qui exportent. Qu’est-ce qu’il faut faire ? Au contraire, il faut bâtir toute notre stratégie pour les 90% d’entreprises qui font un commerce intra européen et qui offrent leurs produits à des salariés européens ou à des entrepreneurs européens. Donc c’est pour eux qu’il faut bâtir cette politique-là, et pour ceux qui pourraient souffrir de cette augmentation des salaires parce qu’ils sont tournés vers l’exportation, il y aura la tentation de se ré orienter vers le marché intérieur, puisque la demande sera dynamique sur ce marché intérieur, ce qui pourrait être perdu à l’exportation serait gagné à l’intérieur. Et là quand on dit ça, on met le doigt sur le consensus, qui a fait que nous avons organisé nos économies comme des économies taiwanaises, dont la stratégie de développement est tournée vers l’exportation, mais on a construit un grand marché, on a fait une monnaie unique, c’est pour avoir un espace économique gigantesque qui est potentiellement plus important en terme de personnes et de travailleurs que les Etats-Unis, on a fait ce grand marché c’est pour pouvoir faire une politique coopérative entre nous. Et cette politique coopérative passe entre autre par une détente salariale et surtout arrêter d’organiser les choses comme si l’ensemble des entreprises vendaient des produits banalisés aux Brésiliens, ça, ça ne va pas ! Mais c’est pourtant ce que l’on nous impose aujourd’hui ! Or ce qui est important à voir, c’est que, y compris parmi les capitalistes, beaucoup devraient appeler de leurs vœux ce type de politique plus dynamique de croissance en Europe, et ça ne veut pas dire tirer un trait sur le développement à l’exportation, mais ça veut dire le rendre moins nécessaire tout simplement ! Et si on le rend moins nécessaire et bien tant mieux !

Pascale Fourier : On retrouvera la semaine prochaine Laurent Cordonnier. Laurent Cordonnier nous a parlé aujourd’hui de façon sous-jacente du véritable problème : en réalité, il ne s’agit pas d’avoir toujours plus de travailleurs pour un même nombre de postes, il s’agit de savoir comment créer de l’emploi. C’est ce dont il nous parlera la semaine prochaine.

En attendant, je ne peux que vous conseiller la lecture de son petit livre bleu, que vous trouverez dans toutes les bonnes librairies, "Pas de pitié pour les gueux", sous titre " sur les théories économiques du chômage ". C’est publié aux éditions Raisons d’agir. C’est pas cher, c’était à l’époque 30 Francs, vous ferez la conversion vous-mêmes. C’est un livre qui est à la fois drôle, roboratif, mais aussi documenté, pédagogique, et c’est un véritable bonheur de lire un tel livre d’économie.

Rappel : Vous pouvez imprimer ce texte. Quel que soit l’usage que vous en ferez, il vous est demandé de citer votre source : Emission Des Sous...et des Hommes du 23 Avril 2002 sur AligreFM. Merci d’avance.


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