Chez Ruquier : Mélenchon et la sixième république

vendredi 26 avril 2013
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par Ariane Walter

Mélenchon est brillant et bouillant. Ceux qui le veulent tiède font un non-sens. C’est un tout. Qu’on prenne ou qu’on ne prenne pas, soit. Mais qu’on juge, du moins, des qualités d’un homme politique, un lion, pour reprendre l’expression liée à Churchill, à côté duquel les autres font figure de muppets. Il déborde d’une humanité rocailleuse. Il a un verbe torrentiel et lui demander de maîtriser ses excès, c’est comme demander à la mousson d’arroser gentiment des géraniums. Il s’abat.

Chez Ruquier, émission de divertissement qui invite les politiques pour les allumer, nouveau théâtre de guignol, il a un jeu délicat à jouer. D’une part il accepte ce jeu, se traite lui-même de « cabot » et ne va pas se priver de clins d’œil, d’humour, mettant la salle dans sa poche, ce soir-là toute acquise, comme on met dans sa poche un mouchoir de femme tendu. D’autre part, il va savoir être grave, car les circonstances sont graves. Certes, il lui faut, avant de traiter les sujets essentiels, se plier aux éternelles remarques sur ses écarts de langage, son parler cru et dru, puisque la forme intéresse tellement ceux qui ne veulent pas qu’on s’intéresse au fond. Il y a des moments où j’aimerais l’entendre dire : "Excusez-moi, la maison brûle, vos questions portent sur l’uniforme des pompiers, je veux parler des pyromanes et des moyens d’éteindre l’incendie. Je ne veux pas perdre une seconde à des questions qui n’ont pas pour but d’informer de la tragédie de ce temps. Parlons de l’ANI." Pas une fois, en effet, on ne l’interrogera sur l’ANI, ne pouvant cependant l’empêcher de traiter des sujets essentiels à notre vie démocratique.

La marche du 5 mai ? Un moment de dignité après tant de salissures. Un moyen pour le peuple de rappeler son existence en se donnant un but plus grand que lui. Sortir de cette crise par le haut. La démocratie est la vie, la respiration d’un grand pays. Mais jusqu’où peut aller l’incorrection du langage ? revient à la charge Madame Polony qui fait son job. Oui, monsieur Mélenchon dit des gros mots. Le pays vient d’être vendu au patronat et à la finance, mais il faut le dire élégamment : « Nous sommes dans l’étonnante supputation d’un vice qui nous ôte toute liberté. Ń’est-ce pas ? » Car le peuple aime bien le genre Cahuzac avec les cheveux bien coiffés et son air mondain. Sois poli, ôte ton chapeau, salue la dame mais Mélenchon, lui, attrape le traître par le cou et le secoue comme un bon chien secoue Renard qui vient de tuer le poulailler. Oui, il y a en lui quelque chose d’un Saint Bernard qui aurait aussi des airs de Saint Gabriel terrassant le dragon. Il sait alors être grave, offrant cette élégance que ses ennemis ne veulent pas lui reconnaître car ce n’est pas une élégance de salon mais de grand espace, quand de grands oiseaux passent et nous font lever la tête.

C’est ainsi qu’il définit le "populisme", ce fameux populisme qu’on lui reproche, mot galvaudé qui peut s’appliquer à toutes les tendances de gauche ou de droite. Mais que signifie-t-il ? Flatter les bas-instincts du peuple ? Mais en quoi flatte-t-il les bas instincts du peuple en parlant d’égalité et de partage ? Le partage serait un bas instinct ? Même chez des gens de droite, ces mots ont un sens ! Partage ! La sixième république veut partager de gré ou de force, la force étant celle de la loi. « Non, quand on dit "populisme", la seule chose que je vois, c’est leur mépris insondable du peuple ! » Mais ne méprise-t-il pas les élites ? Les bandits de notre temps, les Cahuzac, les Goldman Sachs, les medias qui ont méprisé Mediapart, sont-ils les élites ? L’expression « élite dévoyée », si l’on s’en tient aux diplômes et à la réussite, ne les représente-t-elle pas ? L’élite pour Mélenchon est composée de tous ceux qui travaillent pour la réussite d’un peuple : ouvriers, poètes, ingénieurs, créateurs d’entreprises qui donnent le meilleur d’eux-mêmes, dans le respect des lois et de la démocratie. Il donne comme exemple ce chercheur de Sanofi qui a fait une découverte essentielle et a été récompensé, non pas par des cent et des mille qui sont allés aux actionnaires, mais simplement par son salaire. Voilà l’élite !

Non, il n’a pas la haine des riches. Il a la haine des richesses démesurées qui font perdre toute raison. Voilà pourquoi il faut les interdire. Parce qu’elles rendent fou. « Je connais des gens avec beaucoup d’argent et moralement de très haut niveau. Mais qui ne pense qu’à l’argent perd son humanité… Notre pays est plus riche qu’il n’a jamais été. Roosevelt lui-même ne prenait-il pas 90 % de leurs gains au-delà d’une certaine limite ? » Est-ce trop demander qu’un homme ne gagne pas plus de vingt fois le salaire d’un autre ? L’échelle de 1 000 à 20 000, sur une planète dont nous savons les ressources limitées, en un temps où la décroissance vertueuse s’impose à nous, est-ce inadmissible ? Quant à la participation des riches à la république, ne sont-ils pas citoyens à égalité avec les pauvres quand ils déposent leur bulletin dans l’urne et se soumettent aux lois ? Car il n’y a pas plus légaliste que Mélenchon.

Abordant le sujet du mariage pour tous, il affirme qu’une orientation sexuelle n’est pas un choix. On naît comme ça et c’est comme ça qu’on construit son bonheur et celui des autres. À ce titre, on doit être respecté. On sent que pour lui l’emploi du mot « mariage » n’était pas une nécessité. Mais si certains le demandent et si la majorité d’un pays l’accepte, il n’y a rien à dire. Une partie des citoyens français n’admet pas cette loi et, quand elle sera passée, demandera un référendum ? Mélenchon propose comme base de la 6ème République un référendum de révocation qui démissionne un élu, quel qu’il soit, qui abuse de ses privilèges. Mais s’il était au pouvoir, puisqu’il admire Robespierre, glisserait-il vers la terreur ? C’est Natacha Polony qui pose la question avec des airs de bourgeoise effrayée de Germinal. Un peu prout-prout. Elle doit bien savoir qu’elle ne court pas grand risque, avec Mélenchon, de le trouver un couteau entre les dents au pied de son lit, mais elle a été assez gentille, l’exquise Mme Polony, pour donner un coup de pouce à son clan en rappelant que le bougre est dangereux et que si on le suit, les têtes risquent quand même de voler.

Robespierre n’est-il pas le plus extrémiste des révolutionnaires, insiste Caron, qui est censé être un journaliste de gauche, mais alors de la gauche à la mode qui est à la gauche de l’extrême-droite. Il ne faut pas taquiner Robespierre avec Mélenchon. Par qui Robespierre a-t-il été arrêté ? Par les fous furieux qu’il avait rappelés pour les faire juger et qui menaient grand carnage dans le pays. Et qui ont été plus rapides que lui. Mais peut-on oublier que Robespierre est celui qui a participé à la rédaction des Droits de l’Homme, formulant ce qui nous régit « Liberté, « Égalité, Fraternité », qu’il a voté pour la citoyenneté des juifs et des comédiens, l’abolition de l’esclavage, le vote des femmes, des gens de couleur, l’abolition de la peine de mort, la reconnaissance des enfants adultérins ? Nathalie Rheims, dans un billet sur Le Point, regrette que Mélenchon n’ait pas été son professeur d’histoire car dit-elle cela aurait beaucoup changé dans sa vie. Elle fait d’ailleurs dans son article, que je vous invite à lire, une analyse très intéressante. lepoint.fr

« D’une certaine façon, l’enjeu de la classe ouvrière est aujourd’hui dépassé et son glissement vers le Front National semble assez irréversible, compte tenu de la sensibilité à la question de l’immigration et du rapport à l’islamisme radical. Ce qui devient important, ce sont les classes moyennes en crise. C’est là que se trouvent les éléments du puzzle disparate qui peut servir d’impulsion à une révolution bourgeoise. Le 5 mai, il y aura le défilé pour la VIème république, mais aussi celui contre la loi Taubira, considérée comme attentatoire aux fondements de la famille bourgeoise. Le véritable but du 5 mai 2013, comme en 1789, c’est l’assemblée constituante. » Malgré toutes les passes d’armes stériles qui ont émaillé cette émission suivie par 4 millions de personnes quand Mélenchon parlait, on a entendu une belle déclaration sur cette constituante qui commence à entrer dans les esprits et à passionner tout le monde. Quand on naît, on doit se préparer à mourir, mais on vit pourtant. Ce qui se passe actuellement est insupportable. Il faut que cela finisse. Êtes-vous conscient de la violence de la société ? Ma morale ce n’est pas « Profite et tais toi ». Quand on veut changer les choses, on sait bien qu’il y a des risques, mais le plus grand risque est de ne rien changer. À présent, ce qui n’est pas normal est ce qui est considéré comme la normale.

Oui, il souhaite une révolution. Non pas cette révolution que les bourgeois représentent avec des femmes dépoitraillées et des hommes à la sale gueule, mais une révolution citoyenne qui change les institutions, qui change le régime de la propriété. La finance, l’énergie, l’eau ne doivent pas être privés. La valeur suprême est la solidarité non la compétition et le bulletin de vote doit exprimer l’intérêt général humain. Mais ceci, c’est Mélenchon qui le dit. L’assemblée constituante fera ce qu’elle voudra. Je me souviens encore des chipoteries qui ont été faites à Mélenchon lorsqu’il a décidé "de sa propre initiative" et de cette date et de cette marche... Et là voilà qui va devenir, pour l’anniversaire de l’ouverture des États généraux en 1789 , un moment de vraie démocratie où sont appelés ceux qui veulent reprendre la main en politique et ne plus laisser leur avenir entre les mains d’un personnel professionnel, soumis aux lobbys. Le changement, le vrai, c’est le 5 mai qu’on le demande. Oui, cette marche est nécessaire car quand on croit à la démocratie on croit aussi aux rapports de force. Quand on marche, on parle avec le voisin, on reprend courage en voyant qu’on n’est pas seul. La démocratie a besoin de cette émulation permanente. Un citoyen doit être engagé.

Je ne peux m’empêcher, au moment où l’émission se termine, de penser à l’image que certains, ses ennemis, veulent donner de Mélenchon. Un danger public. Savent-ils ce qui se passe aux États-Unis ? Ont-ils vu dans les rues de Boston, interdites aux citoyens, 9 000 militaires avec tanks et hélicos pour traquer un homme ? Savent-ils que les États de cette ancienne démocratie veulent faire sécession pour ne pas avoir à subir le totalistarisme controversé du NDAA ? leblogfinance.com Mr Mélenchon dit des gros mots ? Les vrais ennemis de la liberté ne disent pas de gros mots. Ils ont d’autres rudesses, des armes et de nouvelles lois pour faire de la démocratie, mot qu’ils ont sans cesse à la bouche, le tombeau de toute liberté. Je veux terminer sur la dernière phrase de cette émission qui me paraît essentielle :

« Robespierre a les défauts d’un homme pris dans une révolution, mais ce n’est pas lui le bourreau sanguinaire. Le tribunal révolutionnaire a été inventé par Danton et les massacres du 2 septembre ont échappé à tout le monde ! Robespierre est contre la guerre car il dit que c’est une folie et que ce sont les militaires qui finiront par diriger. Vous avez intérêt à ce que, dans chaque situation, vous ayez des patriotes qui aient la tête assez claire pour savoir que dans ces grands remuements de l’Histoire du peuple Français, parce qu’il est fait comme ça et que ce sera encore comme ça que ça va se passer, vous ayez des gens qui soient assez amoureux de l’Histoire pour ne pas marcher à coup de caricatures ». À bon entendeur, salut ! Le 5 mai, "Réveille-toi et marche !"

agoravox.fr


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