Les plus pauvres à la cantine de la rue

mercredi 8 mai 2013
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Par Christophe Abramovsky

La pauvreté ne cesse de s’accroître en France et les soupes populaires, restaurants sociaux et autres restos du cœur ne désemplissent pas. Au-delà d’une simple aide alimentaire, les repas distribués dans la rue et dans les structures d’aide, par les associations et la Ville, permettent aussi de conserver le lien social indispensable. Reportage dans les rues de Toulouse.


Dimanche soir, 18h30. La gare de Toulouse Matabiau s’agite de valises, sacs à dos et autres bagages encombrants. Des voyageurs emmitouflés sont avalés par les couloirs du métro, d’autres plus téméraires affrontent le vent glacial de la rue. Face à eux, de l’autre côté de l’écluse du Canal du Midi, un attroupement annonce l’événement hebdomadaire. Le camion de l’association « Main Tendue 31 » offre aux domiciliés de la rue un repas chaud et complet. « Pirate » sert fièrement la soupe. Le repas est « gratos » lance-t-il d’une voix puissante. Une notoriété de la rue, le serveur de ce jour. Une soupe chaude, un plat complet légumes et viande, avec dessert et café en prime, voilà pour le menu, sous les étoiles de la ville rose.

Tous les dimanches soir, « Main Tendue 31 » sur le pont

Sébastien Quédreux, pasteur de son état et bénévole de l’association, distribue les tickets et inscrit sur son petit cahier d’écolier les noms des bénéficiaires. La précision de ces données permet de connaître le nombre de repas distribués l’an dernier : 7 700 ! Depuis 9 ans, « Main Tendue 31 », installe son camion à l’écluse du canal, tous les dimanches de l’année. Ce sont ces jeunes que l’on n’ose regarder, avec leurs chiens, leur coiffure hirsute, leurs airs de mauvais garçons, que Christian Soulié a voulu aider au départ. Depuis, le public a quelque peu changé, les jeunes en errance sont toujours là, mais d’autres catégories de personnes viennent aussi s’alimenter au camion. « L’an dernier, rappelle le fondateur de l’association, il y avait beaucoup de familles Roms, cette année, on en voit moins. Elles sont remplacées par des personnes âgées, des familles, même des gens qui travaillent et qui ne s’en sortent pas. C’est très inquiétant ! »

« Main Tendue 31 » ne s’arrête pas là. Depuis 2007, l’association distribue des colis alimentaires, et en 2011, elle a ouvert une épicerie solidaire, où notamment, en plus des produits de base, les familles peuvent acheter des produits de marque entre 30 et 10 % du prix normal. « Ce sont des produits plaisirs, pas essentiels pour la survie, mais nécessaires pour se sentir comme tout le monde », précise le président. Avec également des produits d’hygiène, toute cette marchandise est offerte par la banque alimentaire. Christian Soulié ne veut pas en rester là et compte développer des cours de cuisine, notamment pour les étrangers qui ne savent pas forcément cuisiner les produits français.

Les « Restos du cœur » toujours là

Jeudi soir, 19h, de l’autre côté de la ville, place du Salin. C’est un monde cosmopolitique qui se retrouve devant le camion des « Restos du cœur ». Ils viennent là aussi pour se rencontrer et rompre avec la solitude, même dans le froid. « Ce qui m’a surpris, c’est la facilité de parler avec les gens. Ils ont un énorme besoin de parler, au moins autant que de manger », indique Simon, jeune étudiant en école d’ingénieur et bénévole depuis quelques mois seulement. « Ils me parlent de leur vie, de leurs problèmes quotidiens. Ils ont aussi besoin d’échanger, de s’enrichir au contact d’autres personnes. » Dans la ville où « les mémés aiment la castagne », il y en a toujours une qui sort de son petit appartement pour venir taper la causette et prendre une boisson chaude avec les bénévoles des Restos du cœur. Mireille, une habituée, est aussi la doyenne des bénéficiaires des Restos du cœur de la place du salin : « je viens quand il fait froid, car les bénévoles sont très sympas ».

Des personnes âgées de plus en plus nombreuses

« Il faut avouer, rappelle Marie-Noëlle, bénévole aux Restos depuis trois ans, que la présence de personnes âgées, de plus en plus nombreuses autour du camion, est un phénomène récent, preuve d’une situation économique et sociale qui se dégrade », précise-t-elle. Là aussi, même constat. Sur trois sites (Saint-Aubin, les Basacles et place du Salin), du lundi au dimanche, en période hivernale, les Restos du Cœur distribuent les repas. Au Salin, c’est près de 100 repas par soirée ainsi offert aux personnes en difficulté. Sur la France, c’est 110 millions de repas en 2012, distribués par 80 000 bénévoles… « C’est affolant et ça ne va pas en s’arrangeant », s’inquiète Marie-Noëlle.

Un accent de l’est cours à travers la place du Salin, comme des mots d’ailleurs, des noms colorés. Gzimi, logé dans un hôtel à jean-Jaurès avec sa femme et ses cinq enfants, est demandeur d’asile. Ces sont les copains Bulgares qui ont indiqué au Kosovar les adresses où il est possible de se restaurer gratuitement. Gzimi a le sourire. Ici, il retrouve d’autres membres de sa communauté, comme lui en exil au « pays des Droits de l’Homme », là où la soupe est chaude, les soirs d’hiver. Giogrgi, le Bulgare est venu pour trouver du boulot, « mais, il n’y en n’a pas ici non plus », confie-t-il l’air grave. Plus prolixe et jouant le traducteur de tout ce beau monde, Ali, le jeune kosovar, est en France depuis 5 ans. À 19 ans, il parle un français presque parfait. Il est passé par le collège et même s’il n’a pas toujours été très assidu, il a bien appris la langue de Molière. Il vient ici très souvent « pour se promener, rencontrer les gens, notamment ces amis roumains et bulgares ». Autour d’un repas chaud, c’est toute une communauté des pays de l’est qui se bouscule, rigole et se raconte le quotidien fait de petits boulots et de débrouille. Les liens sociaux se font ici aussi, devant le camion des restos du cœur.

La réalité frappe l’esprit. Les personnes qui viennent se restaurer auprès des associations caritatives ou des restaurants sociaux de la Ville sont de plus en plus nombreuses. Et quand dans une société, une frange chaque jour plus grande ne peut se nourrir par elle-même, alors c’est le signe que cette société est gravement malade.

Au Grand Ramier, le restaurant social ne désemplit pas

Ils sont entre 350 et 450 à venir chaque jour manger le midi dans l’Espace social du Grand Ramier (ESGR), un lieu géré par la Ville de Toulouse. En septembre-octobre, environ 550 repas ont été servis par jour ! Dès 11h30, les personnes sans ressources ou bénéficiaires de minima sociaux arrivent de toutes parts, et se répartissent sur deux salles : la première est réservée aux hommes isolés, la seconde aux familles, femmes isolées et personnes âgées. En hiver, un service supplémentaire est ouvert le dimanche midi et tous les soirs de la semaine, et c’est en moyenne entre 150 et 180 repas qui sont servis. À noter que la Ville distribue des repas sur certaines structures accueillant des personnes en difficulté, dont notamment les (Centres d’hébergement et de réinsertion sociale) CHRS gérés par le (Centre communal d’action sociale) CCAS (Antipoul, Pont-Vieux, Bonnefoy) et la Maison Goudouli, projet expérimental à destination des grands précaires.
En 2012, la Ville a octroyé des subventions à hauteur de 70 850 euros au bénéfice d’associations assurant des distributions alimentaires pour les personnes en difficulté et en août 2012, l’ESGR a distribué 947 colis alimentaires. (Source : Ville de Toulouse)

frituremag.info


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