Défendre la langue française

dimanche 26 mai 2013
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Texte du Collectif Unitaire Républicain de Résistance, d’Initiative et d’Émancipation Linguistique (COURRIEL)

Projet de loi Fioraso

Un projet ultra-libéral, un projet de précarisation, un projet de destruction de la langue française.

Le projet de loi sur l’enseignement supérieur, dit loi Fioraso, aggrave la démarche de
marchandisation de l’enseignement supérieur déjà engagée par Valérie Pécresse avec la loi
L.R.U. : le projet Fioraso est de fait totalement subordonné aux intérêts capitalistes et constitue une
privatisation de moins en moins larvée des universités. Son objectif inavoué est la destruction
programmée de l’outil de recherche français dans des secteurs stratégiques, au bénéfice d’un espace
européen de recherche inféodé aux logiques régressives de la concurrence et de la rentabilité
financière.

Dans ce cadre, afin de vendre des services d’enseignement, l’article 2 du projet de loi ESR,
multipliant les exceptions, prévoit de modifier l’article L121-3 du Code de l’Éducation, faisant
actuellement du français la langue de l’enseignement, des examens, concours, thèses et mémoires,
pour y apposer la restriction suivante : « ou lorsque les enseignements sont dispensés dans le cadre
d’un accord avec une institution étrangère ou internationale tel que prévu à l’article L. 123-7 ou
dans le cadre de programmes bénéficiant d’un financement européen
 ».

De surcroît, et manifestement pour achever le travail, le 12 février dernier, 36 sénateurs du groupe
socialiste ont déposé une proposition de loi « relative à l’attractivité universitaire de la France ». L’article 6 de celui-ci (un ajout à l’article L. 761-1 du code de l’éducation) indique que « (…) la
langue de l’enseignement, des examens et concours, ainsi que des thèses et mémoires, dans les
établissements d’enseignement supérieur, peut être une autre langue que le français. Pour les
étudiants ne justifiant pas d’une connaissance suffisante du français, lorsqu’ils suivent une
formation dispensée dans une langue étrangère, cette dérogation est soumise à l’obligation de suivre
un cursus d’apprentissage de la langue et de la culture françaises
 ».

La commercialisation de l’enseignement supérieur passe donc par la destruction de la langue
française, soi-disant inapte au monde merveilleux de la concurrence de la vente de compétences. Ce
choix est parfaitement aberrant : alors même qu’il suffirait de proposer aux étudiants français et
francophones, notamment africains, de dispenser des cours aux étudiants étrangers non francophones
de façon intensive avant leur entrée d’une université française, moyennant une rémunération dont beaucoup ont (malheureusement) besoin, le gouvernement, bien que prétendant
la préserver, saborde en pratique toute la politique de la francophonie.

Rappelons enfin l’évidence : nos étudiants, bientôt contraints d’étudier en langue étrangère en
France même (!) – on s’imagine volontiers le creusement des inégalités sociales amené à découler
d’une telle fusion des compétences linguistiques et disciplinaires... –, mais aussi leurs professeurs,
seront les premières victimes d’une telle "attractivité" : car pour enseigner en anglais (appelons un
chat un chat...), non seulement la concurrence sera ouverte à l’Inde, aux États-Unis, au Royaume-
Uni... et à tous les diplômés qui dans le monde se sont vu imposer l’anglais, eux aussi, comme
langue d’étude, mais on préférera finalement toujours l’original à la copie, et le locuteur "natif",
gage du sérieux de l’accent, à son émule de bonne volonté. Au mieux, en fait de diversité, aurons-nous
comme à HEC des intervenants de tous pays ayant pour seul point commun... d’avoir tous fait
leur thèse aux États-Unis – ce qui sous couvert d’une "nécessité" de niveau de langue en angloaméricain,
et derrière le paravent d’une "diversité" parfaitement illusoire, consacrera de fait une
mainmise dogmatique sur nos institutions.

Plus que jamais la résistance linguistique et culturelle au « tout-anglais » promu par le MEDEF et
par l’Union européenne est une composante incontournable de la résistance au contre-modèle
anglo-saxon de privatisation générale des activités humaines, en particulier de la culture, de la santé
et de l’éducation.
Association progressiste et internationaliste solidaire des combats du mouvement ouvrier,
démocratique et populaire, le COURRIEL appelle en conséquence tous les républicains :
À voter contre ce texte qui est un véritable assassinat linguistique,
À réaffirmer le principe de l’enseignement en français à tous les niveaux de l’enseignement,
en particulier supérieur, dans la tenue des cours comme dans la rédaction des travaux
universitaires et des publications scientifiques.

Le combat pour la langue française est une face essentielle de l’émancipation politique et
sociale : le CO.U.R.R.I.E.L. apporte à cette occasion son soutien à tous les mouvements syndicaux
engagés dans la lutte contre ce projet inique qui non seulement ne rompt pas avec la politique
universitaire de Sarkozy, mais la valide, la prolonge et l’aggrave en détruisant tous les
services publics à commencer par le premier d’entre eux : la langue française, « langue de la
République
 » au titre de la Constitution.

Le bureau du C.O.U.R.R.I.E.L.


Commentaires

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Défendre la langue française
mercredi 7 août 2013 à 02h03 - par  Enotero

J’avais (bien entendu) soutenu cet appel...
Par contre, dans la mesure où ce site est intitulé "Altermonde sans frontières", il me semble qu’il serait logique qu’il fasse une place "honnête" à la question linguistique.

Je viens de vous découvrir par un lien sur Facebook (hé oui....) vers l’article de Bernard Cassen (que j’ai commenté).
Je n’ai pas encore eu le temps d’explorer, mais j’invite les rédacteurs, animateurs, bref l’équipe... à se poser la question du "T.I.N.A linguistique", aspect de la mondialisation qui est bien trop peu pris en considération. Ce serait une erreur de croire que cette question est mineure, car la langue est une part non négligeable du ciment qui fait tenir debout le système libéral nous opprimant ET NOUS BAILLONNANT...

Je sais bien que "tout le monde" (c’est-à-dire ceux qui essaient d’agir) est débordé... et en plus, c’est les vacances !!!!... mais franchement, allez butiner les liens que j’ai posés dans mon commentaire de l’article de Bernard Cassen "Cinq yeux, une seule langue"...

Et ici, ce que je voudrais ajouter pour conclure, c’est que... défendre la langue française, oui, bien entendu. Mais il est encore bien plus important de défendre "toutes" les langues, c’est-à-dire la diversité, aujourd’hui menacée par l’injonction d’anglophonie, qui constitue dans un bon nombre de cas une grosse arnaque, et en tous cas une véritable tyrannie.
Or cette défense de la diversité ne peut être efficace qu’en apportant une alternative équitable à l’anglais comme langue de communication internationale...

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europalestine.com