Arnaud Montebourg, ministre du Redressement au gaz-de-schiste…

lundi 15 juillet 2013
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par Yves Paccalet

Il y a le serpent de mer : de temps en temps, il sort la tête de l’eau. Il y a le serpent de terre : on l’appelle « gaz de schiste ». Il nous siffle aux oreilles de façon récurrente. En France, il a une bouche : celle de notre ministre du Redressement Productif, Arnaud Montebourg.


Delphine Batho s’est fait virer du ministère de l’Écologie parce qu’elle en contestait le budget. À intervalles réguliers, Arnaud Montebourg interpelle les médias pour leur dire l’exact contraire de la ligne officielle du gouvernement sur la question des gaz de schiste : et il est toujours en fonction. Preuve, primo, qu’il pèse politiquement plus lourd que Batho ; et, secundo, que le président de la République et son Premier ministre ne tiennent pas, en le faisant partir, à injurier l’avenir de leurs relations avec les grands groupes pétroliers et gaziers. Arnaud Montebourg est revenu à la charge en demandant qu’un organisme public (« public » pour caresser le Parti Communiste et le Front de Gauche) soit chargé de la mise en exploitation des hydrocarbures « non-conventionnels » profonds, dès lors qu’on aura découvert une méthode « écologique » pour les récupérer.

Dans ce genre d’activité, une « méthode écologique » n’est pas une pompe à Shadocks, mais un oxymore. Une contradiction dans les termes. Chacun sait que, pour faire remonter de 1 000 ou 2 000 mètres de profondeur des gaz ou des huiles contenus sous forme de microgouttelettes ou de microbulles dans une roche dure, il n’existe aucun autre procédé que celui qui consiste à fracturer le minéral. À le fissurer à coups d’explosions aquatiques. Et à pomper les combustibles en empêchant les tuyaux de s’obturer, c’est-à-dire en y injectant d’énormes quantités d’eau chaude (bonjour la consommation d’énergie !), additionnée de produits chimiques du genre Destop ou Karsher, sans oublier des antibiotiques contre les bactéries qui ont une fâcheuse tendance à faire bouchon. Pollution des nappes phréatiques et bulles de méthane au robinet !

Arnaud Montebourg sait tout cela, bien sûr. Ses conseillers en écologie le lui disent. Mais, dans le bureau d’à côté, les lobbyistes du pétrole affirment le contraire. Ils ont quasiment la solution, prétendent-ils. Ils feront tout pour ne rien saccager, ils le promettent, vous les connaissez : ils incarnent l’honnêteté même… « Allez, monsieur le ministre : signez là ! Faites abolir cette absurde loi Jacob qui, en France, nous empêche de faire de la bonne recherche, de mettre du carburant dans les pompes ou du gaz dans les tuyaux, de redresser les comptes de la Nation et de relancer cette satanée croissance ! » Au moment même où Montebourg réclame haut et fort la liberté de forer pour les multinationales de la tête de puits, le débat rebondit ailleurs. Les gaz et les huiles de schiste existent-ils vraiment, et dans des quantités aussi formidables qu’on l’entend dire ? Pas si sûr ! Les estimations sur lesquelles les acteurs et les commentateurs s’appuient, émanent d’un seul et unique organisme : l’United States Energy Information Administration (USEIA), qui nous raconte ce qu’il veut, et qui probablement nous abreuve d’autant d’intox que d’infos.

Selon l’USEIA, les réserves disponibles, dans cent trente-sept gisements appartenant à quarante et un pays, atteindraient 345 milliards de barils pour l’huile et 207 000 milliards de mètres cubes pour le gaz. Les principaux pays producteurs pourraient être la Chine, les États-Unis, l’Argentine, la Russie, l’Algérie, le Canada et le Mexique. La France viendrait assez loin dans le peloton : ses réserves potentielles, naguère estimées à 5 100 milliards de mètres cubes de gaz, ne seraient que 3 900 milliards, avec une grosse décote pour le bassin du Sud-Est. Mêmes déboires pour la Pologne, où certains y ont cru, où l’on a foré une quarantaine de puits, où les grandes compagnies ont montré à quel point elles sont capables de dévaster les campagnes – et d’où, à l’instar d’Exxon-Mobil, elles sont déjà en train de se carapater… Chiffres bidonnés, réserves rêvées, fric à tous les étages mais saccages et pollutions bien réels : telle est, en résumé, notre société du développement productif et des hydrocarbures réunis. Arnaud Montebourg s’en fait l’avocat. Mettons qu’il en incarne une caricature à l’encre rose…

Comme, de surcroît, il oublie systématiquement de rappeler qu’en brûlant, les hydrocarbures fabriquent du gaz carbonique, lequel réchauffe le climat de la planète, j’aimerais que cet ami du gaz et des gaziers, ce champion du pétrole et des pétroliers, reçoive ici ma modeste contribution à sa gloire : en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je le nomme ministre d’État du Réchauffement au gaz-de-schiste.

Yves-paccalet.fr


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