La grâce royale en faveur d’un pédophile…

...La répression sauvage contre les contestataires
mercredi 7 août 2013
par  El Houssine
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Par Traki EL Houssine

Le makhzen n’en finit pas de matraquer et de tabasser le peuple marocain… Cette fois–ci, la faute en incombe directement au
monarque qui a commis une faute très grave en grâciant, à l’occasion
de la fête du trône, un pédophile espagnol dénommé Daniel Galvan Fina
condamné à 30 ans de prison dont il n’a purgé qu’à peine 2 ans pour le
viol de 11 enfants de 4 à 15 ans à Kénitra. Ce geste a été ressenti comme
une humiliation et un mépris envers la nation et a soulevé
l’indignation des marocain(e)s qui ont appelé à manifester leur
contestation face à cette décision royale indigne relativement aux
crimes odieux perpétrés par ce criminel qui a quitté le Maroc le jour
même de sa libération pour l’Espagne. D’autre part, cette erreur
monumentale a fait le tour du monde et a permis de clarifier certaines
choses et de connaitre la véritable identité du criminel d’abord en
attendant que les raisons d’une telle grâce soient révélées. Il
s’agirait d’un espion espagnol ou américano–espagnol d’origine
irakienne… Ce profil a laissé croire à un arrangement entre les deux
rois. C’est dans ce sens que s’inscrit le premier communiqué du
ministère de la justice, le vendredi 2 août 2013, en disant qu’elle
est intervenue « lors de la récente visite du souverain Espagnol dans
notre pays dans un échange de bons procédés telle que le veut la
coutume dans pareilles circonstances…
 ».


À ce niveau, cet acte parait
normal selon le ministère et passible d’être accompli par des rois. Le
communiqué affirme aussi que « si la grâce a profité à une personne
impliquée dans des crimes particuliers, la personne en question a été
extradée et interdite du territoire marocain… (elle) entre dans le
cadre des relations stratégiques qui lient les deux pays amis
 ». Cette
version des faits va dans la même direction en cautionnant tout ce qui
peut être pris comme décision par les deux rois. En vue de prendre en
considération « les sentiments des victimes ». Ce communiqué utilise
le mot « extradé ». Ce qui est tout simplement faux et mensonger car
le criminel est rentré de son propre gré en Espagne. En ayant ouï des
dires du ministère marocain, le roi espagnol a vite fait de mettre les
points sur les i en sommant les gouvernants marocains de ne pas
l’inclure dans le cercle des responsables de ce dérapage parce qu’il
n’a sollicité que le transfert d’un homme âgé et malade dans les
prisons espagnoles et qui n’a pas eu gain de cause pendant que son
fils, qui ne le devait pas, a été grâcié. Ce qui veut dire en clair
qu’il ne vous reste qu’à assumer vos responsabilités vous autres
dirigeants marocains et, surtout, ne cherchez pas à ternir notre image
avec vos sales besognes et manigances.

Ces éclaircissements ont servi à centrer le problème sur les personnes
intervenant dans le processus de la grâce. Ce champ est limité
évidemment au cabinet royal, au ministère de la Justice, au haut
Commissariat à l’administration pénitentiaire… Étant donné que le
cercle des incriminables se rétrécit, les marocain(e)s ont compris
qu’on en est arrivé à la phase des boucs émissaires pour innocenter le
monarque. Entre temps et en même temps qu’il assure n’avoir aucune
relation avec la liste des grâciés, le ministère de la Justice tente
de trouver une autre « astuce » pour atténuer la portée de cet acte
méprisant envers le peuple marocain en choisissant de parler d’une
décision royale dictée par des « considérations d’intérêt national ». En
interprétant la gaffe de cette manière dans l’intention de porter
secours au monarque, le ministère n’a fait qu’enfoncer le clou en
l’accusant d’en être l’instigateur pour l’intérêt national alors que
le cabinet royal a opté pour un tout autre choix.

Le premier communiqué émanant de ce cabinet le samedi 3 août 2013
comporte ce qui suit : le roi Mohammed VI « n’a jamais été informé, de
quelque manière que ce soit et à aucun moment, de la gravité des
crimes abjects pour lesquels l’intéressé a été condamné… Il est
évident que jamais le Souverain n’aurait consenti à ce que Daniel
Galvan Fina puisse arrêter de purger sa peine, au regard de l’atrocité
des crimes monstrueux dont il a été reconnu coupable…
 ». Dans cette
partie, le cabinet apprend à tout le monde que le roi ne connait
absolument rien sur les crimes du pédophile puis il rassure les gens
sur ses bonnes intentions envers sa nation… Ces justifications n’expliquent pas pourquoi le roi a signé et a accordé sa grâce au
criminel. Pour l’innocenter, le communiqué parle de l’ouverture d’une
enquête « en vue de déterminer les responsabilités et les points de
défaillance qui ont pu mener à cette regrettable libération et identifier le ou les responsables de cette négligence afin de
prendre les sanctions nécessaires…
 ». En présentant la question de
cette façon, le message est clair et limpide et atteste que le
monarque n’y est pour rien. Il faut donc chercher ailleurs. Le cabinet
communique aussi que « les instructions seront également données au
ministre de la justice afin de proposer des mesures de nature à
verrouiller les conditions d’octroi de la grâce à ses différentes
étapes.
 » En réalité, ce paragraphe touche au fond du problème dans ce
cas précis et il s’intègre dans la problématique des attributions du
monarque en général.

Pour la question de la grâce royale, la
constitution stipule que le roi a « le droit de grâce » sans aucune
limite comme toutes ses attributions d’ailleurs. C’est-à-dire qu’il
peut accorder sa grâce à n’importe qui et à n’importe quel moment. Il
choisit les fêtes nationales et religieuses pour ce faire. Il n’a pas
à rendre de compte à quiconque. Cet état des choses ne peut
s’éterniser et il temps de remettre en question ces prérogatives.
Mais cette fois est différente. S’agissant de la monstruosité des
crimes pour lesquels le pédophile a été condamné et de la décision de
grâce comprise par les marocain(e)s comme un acte méprisant et
humiliant, ceci a mis tout le monde en colère. Ce qui a fait que les
appels à manifester ont été entendus dans plusieurs villes du pays. Ce
fut Tétouan qui a goûté à la répression policière en premier l’après
midi du vendredi en dénombrant les blessés et les militants arrêtés…
Le massacre s’est produit à Rabat devant le siège du parlement ! Une
répression sauvage s’est abattue sur les nombreux manifestants et sur
les personnes de passage… Cette sauvagerie s’est soldée par des
dizaines de blessés des deux sexes dont des dirigeants politiques et
syndicaux, des journalistes, des artistes, des militants du mouvement
du 20 février, des militants des Droits Humains, une fillette de 7
ans, des gens de passage… Les « forces de l’ordre » n’ont pas fait de
cadeau. Le sang a coulé devant l’institution législative du
royaume parce que les manifestants ont osé contester une décision
royale. Et, comme les actes, les paroles et les décisions du
monarque sont sacrés, gare à ceux qui osent manifester leur désaccord. Les vidéos visionnées par l’opinion publique internationale sont
riches d’enseignement. En fait, cette répression aussi sanguinaire
qu’elle soit n’est pas chose nouvelle. Elle fait partie intégrante de
la nature du makhzen depuis la nuit des temps. C’est de cette manière
que le makhzen domptait les marocain(e)s et s’illusionne les dompter
encore même en ces temps du « printemps arabe ».

Ce qui fait rire, à propos de cette sauvagerie, est que le ministre de
l’Intérieur a déclaré ne pas avoir donné d’ordre pour l’intervention
contre les manifestants. C’est à croire que ces forces de répression
se comportent comme elles veulent et n’ont pas besoin d’instructions
ou d’ordres à recevoir de personne pour accomplir ces répressions. Ces
déclarations du ministre sont graves en ce sens qu’elles révèlent
qu’un sujet tel que celui–ci le dépasse et est géré directement
par le cabinet royal. Ce qui signifie que c’est ce cabinet qui fait la
pluie et le beau temps au Maroc. De toute façon, voilà que le ministre
de l’Intérieur nous joue la même farce que le cabinet royal. Le roi ne
sait rien, le ministre de l’Intérieur n’a rien fait, le ministre de
la Justice n’y est pour rien, le chef de gouvernement n’est pas là…
C’est ainsi que fonctionne la machine de l’État makhzénien qui règne
et gouverne en vérité… Lorsque le makhzen s’y met, les cartes se
brouillent. On n’y voit plus rien. On n’y comprend rien. On ne sait
plus qui fait quoi, qui tranche les questions, qui donne les ordres…
Mais que faisait le chef de gouvernement pendant ce temps ? Il n’a rien à dire à ce sujet. Les enfants marocains ne l’intéressent pas, les
blessés ou autres ne lui disent rien…

Le makhzen l’a chargé de
rapiécer son gouvernement après la démission des ministres du Parti de
l’Istiqlal (le Parti de l’Indépendance (PI). Comme les « roues de
secours
 », c’est-à-dire les partis administratifs créés par le
makhzen, sont fin prêtes pour combler les trous lorsque le makhzen le
leur demande, le chef organise « des ftours – débats et négociations »
pour raccommoder son gouvernement en minorité depuis plusieurs jours
et qui marche pourtant. Le chef, donc, n’a pas de temps à perdre à des
« futilités » de pédophilie et autres… Il n’a qu’à s’acquitter de la
mission makhzénienne pour garantir que son parti, le Parti de la
Justice et du Développement
(PJD), reste toujours au gouvernement. Il
n’a pas à se prononcer sur la décision royale ou sur la répression…
Il n’est pas le seul d’ailleurs à fermer sa gueule. Tous les chefs des
partis administratifs, propres créations du makhzen, comme le Parti de
l’Authenticité et de la Modernité
(PAM), le Rassemblement National des
Indépendants
(RNI), le Mouvement Populaire (MP), l’Union
Constitutionnelle
(UC) et bien d’autres plus petits ainsi que les
partis qui se calquent sur les positions du régime comme le PI,
l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), le Parti du Progrès et
du Socialisme
(PPS), le PJD… Tous ces chefs ont gardé le silence et
n’ont soufflé mot à propos de la grâce et de la répression… Ils ont
coutume d’attendre qu’on leur lance des signaux pour parler dans des
conditions bien délimitées.

Cette répression n’a pas empêché les activistes du mouvement du 20
février, les organisations de la société civile, les défenseurs des
Droits Humains, les militants de la gauche radicale, les journalistes,
les artistes, d’organiser des manifestations et des sit–in dans
plusieurs villes du pays : Agadir, Nador, Kénitra, Taounate, Oujda, El
Jadida, Berkane, Errachidia, Larache, Paris, Laksar Lakbir… D’autres
mouvements de ce genre sont prévus pour les jours à venir… Ce sont
ces contestations qui ont imposé au makhzen de s’expliquer et de
revenir sur ces décisions en publiant un deuxième communiqué, le
dimanche 4 août 2013, dans lequel il signale que « Sa Majesté le Roi
Mohammed VI, que Dieu l’assiste, a décidé de procéder au retrait de la
grâce précédemment accordée au dénommé Daniel Galvan Fina de
nationalité espagnole…
 ». Qu’est ce qui reste à faire ? D’une part,
révéler les résultats de l’enquête en cours en vue de déterminer les
boucs émissaires tenus pour responsables de cette faute et coordonner
les actions avec la partie espagnole en ce qui concerne le pédophile
d’autre part. Un troisième communiqué est tombé le lundi 5 août 2013 annonçant que
le bouc émissaire en question n’est autre que le Haut Commissaire à
l’administration pénitentiaire en personne ! Voilà le roi blanchi, le
cabinet royal blanchi, le ministère de la Justice blanchi… Tout
rentre dans l’ordre par conséquent… Il faut donc fermer ce dossier…

Ce n’est pas l’avis des contestataires qui considèrent les mesures
prises par le makhzen comme insuffisantes. Ils revendiquent en outre
que le monarque s’excuse auprès des enfants violés, de leurs familles
et du peuple marocain pour les humiliations et l’outrage à leur
dignité subis à cause de la grâce royale en faveur d’un
criminel. Ils demandent, également, que la procédure de la grâce soit
remise en question et que le Droit de Grâce ne reste pas un domaine privé
du monarque… Ce qui fait que l’affaire n’est pas encore close. Il faut s’attendre à des rebondissements prochainement.


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