Et les armes chimiques françaises, Mr Hollande ?

jeudi 19 septembre 2013
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Par Fabrice Nicolino

Cet article a paru dans Charlie Hebdo le 11 septembre 2013

La morale est devenue un jeu télé. La France gaulliste a oublié les armes chimiques de B2 Namous. La France socialo a oublié les 5 000 morts d’Halabja. Hollande est un magnifique rigolo. On le savait, mais son numéro sur la France éternelle, morale en bandoulière, crève le plafond. Il ne serait donc pas supportable que notre glorieux pays laisse un abominable dictateur – Assad – user d’armes chimiques contre ses petits nenfants.


Bon, on a le droit d’aimer les fables. On a aussi le droit de connaître l’Histoire. Le 16 mars 1988, des Mirage made in France larguent sur la ville kurde – irakienne – d’Halabja des roquettes pleines d’un cocktail de gaz sarin tabun et moutarde. 5 000 morts. Des gosses figés au sein de leur mère. Mitterrand, alors au pouvoir, s’en contretape et ne dit pas un mot. L’urgence est de soutenir Saddam Hussein, raïs d’Irak, contre les mollahs de Téhéran. Et que l’on sache, pas un mot de Hollande, en ce temps l’un des experts du Parti Socialiste. Mais ce n’est pas exactement tout. La droite sarkozyste, si elle était autre chose qu’une bande, fermerait gentiment sa gueule. Or elle piaille. Or Fillon, Jacob, Copé et tous autres miment les donneurs de leçons. Il est vrai que ce n’est pas demain la veille qu’ils devront s’expliquer sur la base secrète B2 Namous.

Cette sombre affaire commence dans les cerveaux gaullistes dès le retour du noble Général au pouvoir, en juin 1958. De Gaulle a l’obsession qu’on sait : la grandeur, par la puissance. Et cette dernière ne peut exister selon lui sans la bombe, la vraie, la seule. La première bombe atomique de chez nous explose le 13 février 1960 dans la région de Reggane, au cœur d’un Sahara alors français. Ce qu’on sait moins, c’est que le pouvoir gaulliste deale ensuite avec l’Algérie d’Ahmed Ben Bella pour conserver au Sahara des bases militaires secrètes. Les essais nucléaires français, devenus souterrains, continuèrent dans le Hoggar, près d’In Ecker, jusqu’en 1966. Pour la chimie, forcé, les choses commencent avant. La France a signé en 1925 une convention internationale interdisant l’utilisation d’armes chimiques, mais que valent les chiffons de papier ? Entre 1921 et 1927, l’armée espagnole mène une guerre d’épouvante chimique contre les insurgés marocains du Rif. Et l’on sait maintenant que la France vertueuse avait formé les « techniciens » et vendu phosgène et ypérite à Madrid.

C’est dans ce contexte sympathique que la France de 1962, celle des Accords d’Évian, arrache aux négociateurs algériens du FLN des contreparties à l’indépendance. Notamment le maintien de bases militaires. Outre Reggane et In Ecker, B2 Namous, un polygone de 60 kilomètres par 10 au sud de Béni Ounif, non loin de la frontière marocaine. Personne n’entend parler du lieu avant un retentissant dossier publié dans Le Nouvel Obs en 1997, sous la signature de Vincent Jauvert. En résumé, nos vertueux soldats ont utilisé sur place des grenades, des mines, des obus et bombes, des missiles même, tous chargés de munitions chimiques parmi les pires. Jusqu’en 1978, c’est-à-dire jusqu’à nos héros bien connus, Raymond Barre et Giscard d’Estaing. Dans une note de l’état-major français, publiée par Jauvert, on peut lire : « Les installations de B2-Namous ont été réalisées dans le but d’effectuer des tirs réels d’obus d’artillerie ou d’armes de saturation avec toxiques chimiques persistants ; des essais de bombes d’aviation et d’épandages d’agressifs chimiques et des essais biologiques ».

Et la sarabande ne s’arrête pas là. En 1997, le ministre de la Défense – le preux rocardien Alain Richard est aux commandes – fait répondre à Jauvert : « L’installation de B2 Namous a été détruite en 1978 et rendue à l’état naturel ». En février 2013, le journaliste de Marianne Jean-Dominique Merchet révèle qu’un accord secret a été conclu entre François Hollande et l’Algérien Abdelaziz Bouteflika. Et il porte sur la dépollution de B2 Namous, « rendue à l’état naturel » trente ans plus tôt. Sans précision, le site, qui n’est protégé par aucune clôture, contiendrait bon nombre d’obus non explosés et des produits chimiques « à manier avec une grande prudence ». B2 Namous, combien de morts ?

Hollande, soldat de la morale universelle, n’a qu’un mot à dire pour que l’on sache enfin la vérité.

(Ancienne Base d’expérimentation d’armes chimiques & bactériologiques de B2-Namous photographiée en 2008)

fabrice-nicolino.com


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