Les récoltes de la honte

mercredi 18 septembre 2013
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Cash investigation Aujourd’hui Mercredi 18 septembre 2013 à 22:25 sur France 2

Par Émilie Gavoille

La part de l’alimentation dans le budget des ménages français a baissé d’un tiers en cinquante ans. Cette pression à la baisse sur les prix de l’alimentation a-t-elle un coût social pour les travailleurs de cette filière ? Pendant huit mois, le journaliste Wandrille Lanos et la rédaction ont enquêté sur les conditions de travail dans l’agroalimentaire. En partant des allées des supermarchés, pour remonter jusqu’à la main d’oeuvre qui récolte, ramasse ou pêche pour les consommateurs, ils ont découvert un monde où l’exploitation est la règle. Au coeur de l’Union européenne, les salaires ne sont pas conformes au droit du travail, les conditions d’exploitation sont proches de l’esclavage.

« Vivons mieux, vivons moins cher » ; « Les prix bas, la confiance en plus ». Les enseignes de supermarchés l’affichent fièrement : en venant faire nos courses chez elles, on peut avoir le beurre et l’argent du beurre ; à savoir, un ticket de caisse allégé sans pour autant brader notre bonne conscience. Trop beau pour être vrai. Car la réalité que dévoile ce numéro de Cash investigation consacré au coût social des prix bas se révèle autrement moins vendeuse.


Partant de Rungis, Wandrille Lanos commence par s’intéresser à la filière du brocoli. Son enquête le mène dans les Pouilles, région agricole du sud de l’Italie où l’on n’épuise pas que la richesse du sol. Là-bas, de pauvres hères, immigrés illégaux pour la plupart, suent sang et eau dans les champs (de brocolis mais aussi de tomates) à longueur de journée, s’entassant la nuit dans des bidonvilles. On nomme caporalato ce mode d’exploitation — c’est le cas de le dire — agricole et mafieuse, face auquel la justice italienne se trouve globalement impuissante, malgré quelques coups de filet retentissants.

Sommés de s’expliquer sur les pratiques de leurs fournisseurs, les responsables d’enseignes de la grande distribution oscillent entre fins de non-recevoir, manœuvres dilatoires et velléités d’action. Et le scandale de l’esclavage moderne ne touche pas que les cultures maraîchères. Preuve en est, la séquence tournée à bord d’un chalutier coréen arraisonné par la marine guinéenne, qui montre un système proche de celui constaté en Italie. Interrogée dans son bureau à Bruxelles, la commissaire européenne en charge de la pêche, Maria Damanaki, ne peut que reconnaître son impuissance.

Emilie Gavoille

telerama.fr


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