Un gouvernement à la marocaine

vendredi 1er novembre 2013
par  El Houssine
popularité : 2%

Par Traki El Houssine

La crise gouvernementale à la marocaine a duré environ cinq mois
depuis la décision prise par le conseil national du parti de
l’Istiqlal
(PI) au sujet de la démission du gouvernement le 11 mai
2013. Il a fallu trois mois de négociations pour que le nouveau
gouvernement voit le jour le 10 octobre 2013. Et si ce n’était la
contrainte de l’ouverture des travaux du parlement prévue pour le
vendredi 11 octobre 2013, cette issue aurait pu attendre une autre
occasion. Ce timing donne à réfléchir sur la partie qui tire les
ficelles dans de pareilles circonstances. On dirait que de telles
tractations obéissent à un calendrier tracé de longue date et
concourent à adresser de multiples messages à la classe politique et
au peuple marocain dans son ensemble. Le plus important et le plus
expressif d’entre tous consiste à montrer à tout un chacun que le pays
peut se passer du gouvernement puisque les choses marchent quand bien
même il suffit de gérer les affaires courantes comme l’équipe
gouvernementale l’a appris à ses dépens pendant cinq longs mois.


Il
n’empêche que la démocratie de façade se doit de s’orner de certains
décors pour ne pas perdre la face vis-à-vis des seigneurs occidentaux
dont les appréciations importent plus que les objections des citoyens
aussi consistantes et intensives qu’elles soient. S’il arrive que le
parlement se mette au travail alors que le gouvernement n’existe pas
encore, la faute en incombera au système politique en place
susceptible d’être suspecté de marginaliser le pouvoir exécutif et de
faire main basse sur ses attributions. Cette posture ne convient pas à
l’institution monarchique qui a besoin de paravents pour ne pas être
tenue pour la seule autorité gouvernante au Maroc. Alors que c’est le
monarque qui règne et gouverne en réalité, le makhzen s’affaire à
présenter la question en d’autres termes en parlant de partage de
pouvoir ou d’élargissement des attributions du chef du gouvernement…
Dans le cas de la formation du soi-disant nouveau gouvernement, par son architecture et certaines de ses composantes, le moins qu’on
puisse dire est que les négociations ayant accouché de cette
institution n’étaient pas bilatérales entre le parti de la justice et
du développement
(PJD) et le rassemblement des indépendants (RNI) mais
bel et bien trilatérales avec l’entrée en jeu du cabinet royal qui a
placé ses hommes dans des départements clés comme l’intérieur et
l’éducation entre autres… Cette coopération et cette complicité ont
fini par confectionner un gouvernement qui souffre de l’encombrement
de ses membres, de la segmentation des anciens départements
ministériels pour caser les nouveaux venus, de la violation de la
constitution, de la présence du patronat, du règlement des comptes
envers le secrétaire général du PI… C’est-à-dire un gouvernement
rappelant les entités gouvernementales d’avant le 20 février 2011. Il
semble bien que le makhzen se réjouit de ses capacités de contrôle de
la situation et il se permet d’empiéter sur les domaines « privés » du
chef du gouvernement… Toutes ces remarques méritent quelques
réflexions pour comprendre les raisons et les aboutissements de cette
tournure des événements dans le contexte de la crise économique et
financière et de l’érosion du pouvoir d’achat du peuple marocain.

Un gouvernement encombré

Le gouvernement, nommé par le roi le jeudi 10 octobre 2013, se
compose de 39 membres au lieu de 31 pour le précédent pour une
population qui ne devrait pas dépasser les 34 millions de personnes.
Les facebookers ont procédé à des comparaisons avec d’autres pays
plus riches et plus peuplés comme par exemple :
- L’Allemagne : avec 82 millions, le gouvernement sortant ne compte
que 14 ministres, un ministre sans porte feuille en plus de la
chancelière.
- Les USA : avec 313 millions, 16 secrétaires d’État
- L’Inde : avec 1.2 milliard, 29 ministres seulement
- La Chine : avec 1.3 milliard, 25 ministres seulement en plus du 1er
ministre et de ses 4 vices 1er ministres
- Le Japon : avec 127 millions, 19 ministres seulement
À la lumière de ces données, certains ont conclu qu’il s’agit de
l’empire marocain.
Dans cette institution, on trouve le chef de gouvernement, un ministre
sans portefeuille qui n’est autre que l’ami et la boite noire du chef,
24 ministres et 13 ministres délégués auprès des ministres.
Il faut signaler au passage que le chef du gouvernement actuel, lors
de sa nomination après les législatives du 25 novembre 2011, parlait
d’un gouvernement de 15 membres puis de 20 membres ensuite de 25
membres. Rien de tout cela n’a été respecté.

Des départements ministériels scindés

Pour satisfaire toutes les demandes, on a opté tout simplement pour la
division des départements ministériels des gouvernements précédents et
actuel. Ainsi, plusieurs postes sont nés à cause de ces partages de
responsabilité :
- Le ministère de l’urbanisme, de l’aménagement du territoire
national, de l’habitat et de la politique de la ville a accouché du
ministère de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire national et
du ministère de l’habitat et de la politique de la ville
- Le ministère de l’énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement
est géré par un ministre, une ministre déléguée chargée de l’eau et
une autre chargée de l’environnement
- Le ministère de l’équipement, du transport et de la logistique est
sous la charge du ministre et d’un ministre délégué chargé du
transport
- De même pour les départements des affaires extérieures et de la
coopération, de l’éducation nationale et de la formation
professionnelle, de l’économie et des finances, de l’industrie, du
commerce, de l’investissement… : dans chaque département, il y a le
ministre et un ou deux ministres délégués.
- À côté du chef du gouvernement, on trouve trois ministres délégués.
Toutes ces subdivisions ne riment qu’à créer des postes
supplémentaires pour les nouvelles recrues. Ce qui prouve que les
dites négociations ont porté plus particulièrement sur le nombre et le
type de sièges à réserver à chaque parti que sur le projet de
gouvernement et son programme. Par conséquent, l’élargissement de
l’offre a prévalu au détriment de la recherche de la cohésion, de
l’homogénéité, de la rationalisation des ressources financières et de
l’efficacité du travail gouvernemental.

La multiplication des ministères de souveraineté

Cette appellation de ministères de souveraineté concerne les
ministères supervisés par des personnes sans parti ou non et
directement attachés au monarque. Ce qui signifie que le chef de
gouvernement n’a aucune autorité sur ces ministres qui ne le
considèrent pas comme leur chef hiérarchique et qui n’ont de comptes à
rendre qu’au roi. D’autre part, n’ayant pas d’appartenance politique,
le peuple marocain ne peut les sanctionner lors des consultations
électorales. Ces ministères sont : le ministère de l’intérieur, le ministère des
habous et des affaires islamiques, le secrétariat général du
gouvernement, le ministère de l’éducation et de la formation
professionnelle, le ministère des affaires générales et de la
gouvernance, le ministère chargé de l’administration de la défense
nationale, le ministère de l’agriculture, le ministère de l’économie
et des finances…

En fait, ces départements ministériels ne font que
compléter le gouvernement de l’ombre constitué par le cabinet royal. D’autres ministères, ayant à leur tête des technocrates parachutés au
sein des partis façonnés par le makhzen, peuvent s’intégrer dans cette
catégorie si bien qu’il est difficile de faire la part des choses
entre les départements sous l’influence du chef du gouvernement et
ceux ayant des attaches directes avec l’institution monarchique.
Globalement, bienheureux sera le chef de gouvernement si les ministres
de son parti lui restent fidèles. Pour les autres, rien n’est garanti.

Le coût du gouvernement

Empêtré dans une grave crise économique et financière passible de
s’amplifier encore, le Maroc vit sous le risque d’une « crise
cardiaque
 » semblable à celle de la fin des années quatre-vingt-dix du
siècle dernier sous le règne de Hassan II. Cette situation compromet
l’indépendance décisionnelle du pays vis-à-vis des institutions
financières internationales
(IFI) qui profitent de l’occasion pour lui
imposer des mesures d’austérité que le gouvernement exécute à la
lettre et sans objection. Ce qui s’est traduit par l’augmentation des
prix de l’essence, du gasoil et du fuel en 2012, par la création de
nouveaux impôts touchant la classe moyenne en particulier, par des
coupes dans les budgets d’investissement des ministères de l’ordre de
15 milliards de dirhams dont les secteurs sociaux ont été affectés,
par l’arrêt de l’embauche et de la promotion des fonctionnaires et
l’augmentation de leurs salaires, par l’indexation des prix de
l’essence, du gasoil et du fuel sur les prix internationaux à partir
du mois de septembre 2013… L’application de ces mesures ne suffit
pas pour assouvir l’appétit du fonds monétaire international (FMI) qui
continue à exercer de fortes pressions pour la décompensation de la
caisse de compensation et pour la « réforme » des retraites… Il va
sans dire que le pouvoir d’achat des marocain(e)s a subi une érosion
continuelle qui ne semble pas prendre fin et qui augure de tensions
sociales imprévisibles et incontrôlables…

C’est dans ce contexte économique et social que s’inscrit la
formation du nouveau gouvernement. Au lieu de tenir compte de la
gravité de la situation et de tenter d’en réduire les effets en
présentant le gouvernement comme exemple de la rationalisation des
dépenses publiques, les marocain(e)s ont été surpris par le nombre de
ministres embauchés en pensant aux deniers publics que cela absorbera
alors qu’ils voient leur statut social se dégrader par la faute de la
politique antipopulaire du gouvernement.
En effet, les coûts d’une telle opération seront importants. Il aurait
mieux valu les allouer à l’embauche des docteurs en chômage
quotidiennement agressés et réprimés par les forces de sécurité devant
le parlement… De tels remèdes ne semblent pas être le souci des
négociateurs qui ne pensent qu’à se partager le gâteau gouvernemental
selon des quotas bien précis. Et au diable l’emploi des docteurs en
chômage, le pouvoir d’achat des citoyens… Théoriquement, le nombre des ministres a augmenté de 8 ministres. En
réalité, 12 nouveaux ministres ont fait leur entrée au gouvernement.
Si on tient compte des produits de la division des ministères, il n’y
a pas moins de 10 ministères à héberger dans de nouveaux locaux avec
tout ce que cela exige comme équipements … En partant de ces
informations, le calcul des coûts se ramènera à sommer les salaires
des ministres, de leurs conseillers, de leurs chauffeurs, de leurs
cuisiniers… Le prix de leurs véhicules, de l’essence, de
l’entretien, du téléphone, de l’eau, de l’électricité, de l’équipement
de leurs domiciles… Les coûts des locaux à bâtir ou à louer et de
leurs équipements… Rien qu’à consulter cette liste, il est sûr que
beaucoup d’argent des contribuables sera jeté par les fenêtres sans
aucune garantie pour les bénéfices à cueillir en termes d’amélioration
du niveau de vie des citoyens.

Lorsqu’on sait que les ministres coûtent les yeux de la tête aux
marocain(e)s, il ne fait aucun doute qu’ils n’apprécieront pas ces
boursoufflures propres au nouveau gouvernement. Pour illustrer ces
dépenses, il va falloir passer en revue les différentes variétés de
ministres.
Pour le cas du chef de gouvernement, il perçoit 80 000 DH nets [1] par
mois, dont un salaire fixe de 42 000 DH, des indemnités de
représentation de 18 000 DH, de logement (20 000 DH) et des frais
d’ameublement (5 000 DH)… Il touche 30 000 DH à l’occasion de chaque
investiture. Lors de son départ, l’État lui consacre l’équivalent de
10 mois de salaire fixe c’est-à-dire 420 000 DH. [2]
Les ministres, quant à eux, perçoivent un total net de 70 000 DH par
mois, soit un salaire fixe de 36 000 DH auquel s’ajoutent deux
indemnités : 14 000 DH pour la représentation et 20 000 DH pour le
logement, en plus des frais d’ameublement de 5 000 DH. Ils ont droit à
20 000 DH à l’occasion de chaque investiture. Lors de leur départ,
l’État leur accorde 360 000 DH. [3] En ce qui concerne les ministres délégués, leur salaire net est de
50 000 DH. Ils bénéficient, aussi, des autres primes.
Les avantages ne se limitent pas à ces indemnités puisque « l’État
prend en charge les frais de consommation d’eau, d’électricité et de
téléphone de tous les membres du gouvernement. Il paie également les
salaires du personnel de maison affecté à chaque ministre et au
Premier ministre. Ce personnel est constitué d’un maître d’hôtel, d’un
chef cuisinier, d’un jardinier et d’un aide-cuisinier dont les
salaires varient de 2 400 à 3 500 DH. La plupart des ministres
s’arrangent pour les faire bénéficier, en plus de leurs salaires,
d’indemnités forfaitaires de déplacement allant de 500 à 2 000 DH par
mois
 ». [4]

En outre, le chef du gouvernement a droit à 3 voitures de service et
trois chauffeurs alors les ministres et les ministres délégués
exploitent 2 véhicules.
D’autre part, « le chef du gouvernement a la possibilité de s’entourer
d’un chef de cabinet, de six conseillers techniques et d’un attaché de
presse. Les ministres sont entourés d’un chef de cabinet, de cinq
conseillers techniques et d’une personne chargée des relations avec la
presse. Le chef du gouvernement comme ses ministres bénéficient aussi
d’un budget, dont le montant n’est pas communiqué, pour les réceptions
et frais de protocole
 ». [5] Ils tirent profit, également, des frais de
déplacements estimés entre 2 500 et 4 500 DH et des primes relatives à
leur présidence des conseils d’administration de certains
établissements publics. Vu le nombre des membres du gouvernement, il apparait clairement que
leurs coûts sont énormes pour le budget de l’état.
D’autres dépenses vont s’ajouter à cause de la création de ministères
nouveaux et vont concerner les locaux, leurs équipements, le personnel
dont le secrétaire général, les directeurs centraux, les chefs de
divisions et de services, les voitures de service… À titre d’exemple,
le secrétaire général perçoit 41 000 DH comme salaire net et bénéficie
de la prise en charge des dépenses d’eau et d’électricité ainsi que
d’une voiture de service et d’indemnités de déplacement à l’étranger
de l’ordre de 1 800 DH par jour. Un directeur de l’administration
centrale reçoit 26 500 DH comme salaire…
Ces données montrent comment l’élargissement du gouvernement va
amputer le budget de l’état dans une conjoncture de crise manifeste.

Un nouveau gouvernement ou un remaniement ministériel ?

Officiellement, les changements opérés ne s’intègrent que dans le
cadre d’un remaniement ministériel pour combler les trous laissés par
les ministres démissionnaires. Ils visaient à doter ce gouvernement
d’une majorité de députés qu’il a perdue depuis le 11 gérant les
affaires courantes. Les négociations parvinrent à changer, de fond en
comble, l’architecture du gouvernement précédent et ne se limitèrent
pas à remplir les postes vacants. D’autre part, le RNI, qui fait son
entrée au gouvernement, a voté contre le programme du premier
gouvernement au parlement. Ce qui, en principe, devrait être remodelé
au vu de la situation nouvelle. Ainsi, ces changements de structure et
de programme constituent une rupture par rapport au gouvernement
postérieur aux élections du 25 novembre 2011 et justifient la
présentation d’un programme gouvernemental devant le parlement
habilité à le discuter et à l’approuver, le cas échéant, pour
légaliser la nomination du nouveau gouvernement conformément à
l’article 88 de la constitution qui stipule ce qui suit : « Après la
désignation des membres du gouvernement par le Roi, le Chef du
Gouvernement présente et expose devant les deux Chambres du Parlement
réunies, le programme qu’il compte appliquer. Ce programme doit
dégager les lignes directrices de l’action que le gouvernement se
propose de mener dans les divers secteurs de l’activité nationale et
notamment, dans les domaines intéressant la politique économique,
sociale, environnementale, culturelle et extérieure. Ce programme fait
l’objet d’un débat devant chacune des deux Chambres. Il est suivi d’un
vote à la Chambre des Représentants. Le Gouvernement est investi après
avoir obtenu la confiance de la Chambre des Représentants, exprimée
par le vote de la majorité absolue des membres composant ladite
Chambre, en faveur du programme du Gouvernement
 ». C’est ce que
réclame l’opposition alors que le parti islamiste, en particulier,
s’oppose à cette procédure en réduisant ce qui s’est passé à un simple
remaniement n’exigeant pas le recours à l’article 88.
La chambre des représentants a fait appel au conseil constitutionnel
pour trancher la question.

Des règlements de comptes immoraux

La gravité de la crise gouvernementale n’a pas empêché le chef de
gouvernement islamiste de donner la priorité à régler ses comptes
vis-à-vis du secrétaire général du PI d’abord et de ses concurrents à
l’intérieur de son propre parti ensuite.
À l’égard du premier, le chef n’a cure de sacrifier la crédibilité de
son gouvernement rien que pour prendre sa revanche sur ce secrétaire
général, aussi populiste que lui, qu’il accuse d’avoir été à l’origine
de tous ses maux parce qu’il n’a cessé de le critiquer et d’en appeler
à un remaniement ministériel et à une actualisation du programme
depuis son accession à la tête du PI. Face à la sourde oreille du chef
du gouvernement, le conseil national du PI a pris la décision de la
démission de ses 6 ministres dont 5 ministres ont démissionné pendant
que le sixième, qui briguait le poste de ministre de l’éducation
nationale, a refusé de quitter le gouvernement en faisant fi des
prises de position du parti. Ce ministre, fautif de plusieurs outrages
envers les élèves et les chefs d’établissements scolaires, a été la
cible préférée des critiques du monarque lors de son discours du 20
août 2013 en ces termes : « La situation actuelle du secteur de
l’éducation et de la formation nécessite de marquer une halte pour un
examen de conscience objectif permettant d’évaluer les réalisations
accomplies et d’identifier les faiblesses et les dysfonctionnements
existants. Il convient à cet égard de rappeler l’importance de la
Charte nationale d’Education et de Formation, qui a été adoptée dans
le cadre d’une approche nationale large et participative. Par
ailleurs, les gouvernements successifs se sont attachés à mettre en
œuvre les préconisations de cette charte, surtout le gouvernement
précédent qui a déployé les moyens et les potentialités nécessaires
pour mener à bonne fin le Plan d’urgence, dont il n’a, d’ailleurs,
entamé la réalisation qu’au cours des trois dernières années de son
mandat.

Malheureusement, les efforts nécessaires n’ont pas été
entrepris pour consolider les acquis engrangés dans le cadre de la
mise en œuvre de ce Plan. Pire encore, sans avoir impliqué ou consulté
les acteurs concernés, on a remis en cause des composantes
essentielles de ce plan, portant notamment sur la rénovation des
cursus pédagogiques, le programme du préscolaire et les lycées
d’excellence. Pour toutes ces considérations, le gouvernement actuel
aurait dû capitaliser les acquis positifs cumulés dans le secteur de
l’éducation et de la formation, d’autant plus qu’il s’agit d’un
chantier déterminant s’étendant sur plusieurs décennies
 ». [6] Quand
bien même il assume la responsabilité de tous ces dysfonctionnements,
le chef de gouvernement, au lieu de le virer, a choisi de le garder
auprès de lui comme ministre délégué chargé des affaires générales et
de la gouvernance. Ce qui s’assimile à une promotion en pure et due
forme pour rendre au secrétaire général du PI la monnaie de sa pièce.
En agissant de la sorte, le chef a « chipé » son poste à son ministre
islamiste qu’il dégrade en lui confiant le poste de ministre délégué
auprès du ministre (islamiste) de l’équipement, du transport et de la
logistique chargé du transport. C’est de cette façon qu’il compte
marquer des points contre ses rivaux au sein du parti islamiste.
Pour le cas de son principal concurrent pour le secrétariat général
du PJD qui détenait le poste de ministre des affaires étrangères et de
la coopération, le chef n’a tout simplement pas hésité à l’écarter de
la nouvelle équipe gouvernementale et à le remplacer par le secrétaire
général du RNI quoique ce geste soit mal vu par l’opinion publique
nationale.

En guise de conclusion

Les marocain(e)s ont attendu longtemps pour voir surgir, à la veille
de l’ouverture des travaux du parlement, un gouvernement exceptionnel par son encombrement, son coût, ses multiples scissions, ses
délégations, le lot exagéré de ses ministères de souveraineté, le
nombre impressionnant de ses technocrates, ses préméditations
vengeresses, sa complaisance insupportable, son profil makhzénien
éclatant… Ils en ont conclu que l’exception passe pour la règle au
Maroc. À ce propos, les preuves ne manquent pas. En réponse à la
question d’un journaliste, le chef de gouvernement a estimé que,
comparativement à la Chine populaire, le gouvernement marocain ne
devrait même pas être composé d’un seul ministre et, pourtant, ce même
personnage s’est investi dans la formation d’un gouvernement de 39
membres. C’est à n’y rien comprendre ! À la rigueur, une équipe
gouvernementale de moindre envergure et plus réduite relativement à la
Chine, pour ne pas citer l’Allemagne et les USA et le Japan et l’Inde
et la Suisse… serait accueillie plus plaisamment par les citoyens eu
égard à la crise économique et financière qui ronge le pays. Cette
alternative semble outrepasser les aptitudes du chef qui sait, par
cœur, qu’on l’instrumentalise comme une marionnette et que le
gouvernement qu’il préside n’est qu’une façade que les véritables
meneurs de jeu interposent pour camoufler les actions des véritables
gouvernants regroupés au sein du gouvernement de l’ombre coiffé par le
cabinet royal. Cette dernière institution s’engage à caser ses
serviteurs déclarés en leur offrant des postes de hauts fonctionnaires
pour jouir de privilèges et d’avantages financiers particulièrement en
échange de leur soumission aux bons vouloirs du régime. L’économie de
la rente intervient amplement dans cette opération de recrutement de
nouveaux serviteurs. Le pouvoir se voit contraint parfois de faire
appel à d’anciens serviteurs ou sa vieille garde, comme pour
l’éducation nationale et la formation professionnelle, pour emprunter
à la lettre d’autres voies imposées par les bailleurs de fonds. Le
nouveau gouvernement englobe les uns et les autres encartés ou non
dans des partis, globalement, à la solde du pouvoir. Ce constat
interpelle sur les véritables et effectifs chefs de gouvernement au
Maroc.

Par ailleurs, la seule éclaircie, dans ce paysage sombre et emprunt
de pessimisme, se rapporte à la nomination de 5 femmes aux postes de
ministres déléguées et au maintien de la ministre islamiste en son
ancien poste. Il se trouve que les ministres déléguées occupent des
postes qui conviennent comme des bijoux à des directeurs de
l’administration centrale comme pour les cas des ministres chargées de
l’eau et de l’environnement… Ce qui signifie que, au-delà du nombre
de femmes ministres, se cache l’esprit masculin ayant consenti
intentionnellement à leur réserver des postes ministériels dans le
but de pérenniser l’infériorité de la femme. Ce faisant, les concepteurs et les confectionneurs du nouveau
gouvernement ont réussi à noyer les espérances des marocain(e)s en une
vie décente et meilleure dans un désert de doutes quant à la
consécration de leurs acquis politiques et sociaux qui se volatilisent
au gré d’une politique d’austérité qui s’abat sur les classes
nécessiteuses et moyennes tout en gardant intacts les intérêts des
bénéficiaires de l’économie de la rente. L’heure est au retour en
force de la monarchie exécutive qui entend parfaire son emprise sur
tous les rênes du pouvoir après avoir combattu et affaibli le
mouvement du 20 février et ses soutiens. Le peuple marocain est, donc,
confronté à subir les retombées de l’application littérale des
directives des IFI dans un climat politique renouant avec les affres
des années de plomb. C’est ce qui se dégage de la composition du
nouveau gouvernement semi – barbu au sein duquel les barbus sont
réduits aux rôles de comparses.


[11 Dirham marocain = € 0.0891

[3Idem

[4Idem

[6map.ma


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