Naoto Matsumura, le dernier homme de Fukushima

dimanche 24 novembre 2013
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Depuis deux ans, depuis le tsunami et l’accident nucléaire au Japon, ce fermier refuse de quitter la zone interdite autour de la centrale. Il s’est donné une mission : nourrir les centaines d’animaux abandonnés.


Des centaines de bêtes sont abandonnées : des chiens, des chats, mais aussi des cochons, des vaches, des poules et même une autruche... Il y a deux ans, quand la population a dû fuir la zone de Fukushima, elle a tout laissé derrière elle, y compris les animaux.

Un seul homme est resté : Naoto Matsumura. Il a 52 ans.

Il est fermier. Il habite la commune de Tomioka. Avant la catastrophe, il vivait dans ce qu’il appelle "la plus belle région du monde", entouré par la mer, la montagne et la forêt. Le 21 mars 2011, dix jours après l’accident, les autorités ont ordonné aux habitants de quitter la zone. Matsumura a refusé. Il ne voit pas pourquoi il déménagerait. Sa famille habite ici depuis cinq générations.

Le journaliste Antonio Pagnotta est allé le voir plusieurs fois. Il l’a pris en photo. Les clichés ont fait le tour du monde. Aujourd’hui, deux ans après le tsunami, le reporter publie un livre pour raconter la vie de ce Japonais ("Le dernier homme de Fukushima", aux Éditions Don Quichotte). Il nous emmène là où personne n’a le droit d’aller, dans cette zone de vingt kilomètres autour de Fukushima. Il nous raconte en détails le quotidien de Matsumura. Après la catastophe, le fermier a commencé une vie d’ermite, sans eau et sans électricité. Il a appris à s’éclairer à la bougie. Pour se nourrir, il consomme parfois des produits locaux mais depuis quelques mois, il privilégie les colis que des Japonais lui envoient. Il mange des nouilles lyophilisées. Ca ne l’empêche pas d’être contaminé, peu à peu : "je suis un irradié, dit-il. Je pisse et je chie le césium. Je dors et je mange dans la radioactivité".

Pourtant, il refuse de bouger. C’est une question de principe. Matsumura pense que s’il quitte la zone, il deviendra un paria, comme les anciens habitants de la région. Les familles qui ont dû fuir sont souvent mal vues. Elles vivent dans des logements provisoires. Pour le dernier homme de Fukushima, "il vaut mieux être mort que subir la ségrégation". Régulièrement, il dénonce Tepco, l’opérateur de la centrale, son ennemi juré, l’entreprise qui a bouleversé sa vie. Au début, les médias japonais hésitaient à l’écouter. Aujourd’hui, au contraire, le fermier apparaît comme une icône. C’est aussi grâce à son combat pour les animaux de Fukushima.

Quand le gouvernement japonais a voulu abattre les vaches encore présentes dans la zone, Matsumura s’y est opposé. Il veut continuer à nourrir les bêtes, jour après jour. Il y passe des heures, seul. Des associations récoltent des fonds afin de l’aider. Pour Antonio Pagnotta, le journaliste qui l’a suivi, Matsumura est devenu "le maitre d’une ville irradiée dans un monde éteint".

franceinfo.fr

Le dernier homme de Fukushima.
Entretien avec le photoreporter Antonio Pagnotta
par Mediapart



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