Ça sent le roussi

lundi 26 mai 2014
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En cette période d’élections européennes, voilà un bel exemple de résistance de Bruxelles au lobby agroalimentaire. Les produits de glycation avancée – ou AGE, pour les initiés – sont des cochonneries qui apparaissent quand on cuit à très haute température (plus de 120 °C) et très vite des sucres et des protéines. Un procédé dont raffolent les industriels.


La première alerte remonte à 2002, lorsque des chercheurs suédois détectent par hasard de l’acrylamide dans des chips. Une substance qui, à forte dose, vous détraque la santé. Si l’on peut en trouver dans les chips, corn-flakes, biscuits sucrés, charcuteries, café instantané et jusque dans les petits pots pour bébés, l’acrylamide n’est qu’un des 800 membres de la fameuse famille des AGE, dont une cinquantaine sont pointés du doigt comme cancérigènes ou génotoxiques.

Aussitôt, la Commission européenne demande aux industriels de modifier leurs procédés de cuisson. Et l’Efsa, l’Agence sanitaire de l’Union européenne, se voit confier la mission de surveiller l’évolution de la quantité d’AGE dans notre assiette. Résultat, non seulement la dose d’AGE qu’on ingère chaque année ne diminue pas, mais elle augmente, atteignant aujourd’hui quatre fois la limite recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé. Que croyez-vous qu’il arriva ?

Plutôt que d’imposer à leurs industriels de changer leurs méthodes de cuisson, les pays membres de l’Union ont cassé le thermomètre, en envoyant de moins en moins de résultats d’analyses à l’Efsa. Quant à la Commission, elle a bien décidé, en novembre, d’abaisser le seuil d’alerte, mais uniquement pour l’acrylamide et dans une poignée de produits comme les aliments pour nourrissons.

Sur le papier, en cas de dépassement, « les autorités sont tenues d’enquêter sur les méthodes de production ». Mais sans trop pousser le zèle, puisqu’il est précisé que « des mesures coercitives et/ou le déclenchement d’une alerte rapide ne devraient être décidés que sur la base d’une évaluation rigoureuse des risques réalisée au cas par cas, et non pas au seul motif qu’une valeur indicative a été dépassée ».

Ça la fiche d’autant plus mal que notre Académie de pharmacie vient de se fendre d’une mise en garde sur le sujet : les AGE pourraient favoriser le diabète, l’insuffisance rénale et le vieillissement accéléré, voire provoquer des troubles de la mémoire et augmenter les risque de maladie d’Alzheimer. On comprend mieux l’expression « faire chauffer les neurones »…

Le Canard Enchaîné N° 4882 du 21 mai 2014


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