Pierre Etaix nous manque.

reçu de Patrick Fischmann
dimanche 24 juin 2007
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édito Juin 2004 "la part sauvage" - Théâtre du Vivant

Nous autres baladins, si nous n’étions pas d’irréductibles rêveurs, nous sombrerions dans une bonne grosse déprime.

Vacharde, elle guette bien son monde : celui qui sent, qui hume et s’asperge encore avec du mystère, de l’éphémère et du gratuit.

Celui ou celle qui croit que le verbe frère se conjugue encore avec des Molière, des piverts et des personnages de Giono,
qui vote à chaque instant pour Grock, Stan Laurel ou Charlot, certain de n’être pas trahi par ses pairs,
ces éclaireurs toujours fidèles, proches comme un Marx, vraiment brother.

Mais ils prennent nos neurones pour du yahourt : au moment où une pensée claire nous ferait du bien, où les paroles de quelques sages nous seraient précieuses, au lieu et place d’un Rostand ou d’un Jacquard, ils interrogent Doc Gynéco ou Johnny Halliday !

Pierre Etaix nous manque. Ils nous gavent de prose et d’insanités là où nous espérons des Ferré et des Raimbaud.

Ils déversent leurs marchandises et leurs désirs d’amasser du vide là où nous guettons du sens, ils nous pompent l’air avec le développement durable alors que nous sommes la nature et que prendre soin de la terre, ce n’est pas une assurance vie pour ceux qui veulent durer, mais une évidence blanche pour s’essayer encore et encore à vivre parmi et avec les oiseaux.

Que dire des étalages d’émissions télévisuelles indignes, totalement décadentes, de cet assaut continuel de stupidités où des demi fous se congratulent, s’invitent et se réinvitent, pitoyables et interchangeables, dans ce vase clos où une poignée de nobles gavent les foules comme des oies au voyeurisme de leur marécage. Car c’est bien de cela dont il s’agit, ne nous y trompons pas :
abrutir le peuple en masse, fendre cette âme en deux pour la remplir de désirs, désirs de fuir et la mort et la vie,
d’occuper le temps pour qu’elle n’ait pas accès au vide, d’où toute véritable révolution naît.

Il faut des jeux au peuple et surtout cette magistrale onction de l’ordre, du haut jusqu’au bas de la pyramide,
Raymond Devos l’avait en son temps immortalisé : prends t’en donc au plus petit que toi !

Nous autres baladins, si nous n’étions pas d’irréductibles rêveurs, nous sombrerions dans une bonne grosse déprime.

L’urgence est là : soyons plus que jamais des rouleurs de sable dans leurs coques, des faiseurs de perles et des apôtres du mystère de la création, agissant, de ce lieu improbable et fécond où le monde se sait rêver, où l’humain confie à ses artistes le soin de cette urgence, au lieu sombre où le printemps sait qu’il peut renaître.

Patrick Fischmann - Théâtre du Vivant -


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