L’aide militaire israélienne au régime Birman

de Manon
dimanche 7 octobre 2007
popularité : 1%

par David Bloom

La junte birmane qui tire sur des protestataires désarmés a reçu du gouvernement israélien un appel cynique à la retenue le 29 septembre. D’après le journal israélien Ha’aretz, le ministère des Affaires Etrangères israélien a annoncé qu’ « Israël s’inquiète de la situation au Myanmar, et presse le gouvernement de montrer de la retenue et d’éviter de causer du mal aux manifestants. » L’article se terminait en remarquant qu’ « Israël nie la vente d’armes à la Birmanie/Myanmar. » (Ha’aretz, 29 septembre).

C’est faux, d’après un rapport du 1er mars 2000 par William Ashton dans la publication britannique qui fait autorité, Jane’s Intelligence Review. L’article, intitulé « Myanmar et Israël développent un pacte militaire », détaille comment les compagnies israéliennes et le gouvernement israélien ont fourni et perfectionné des armes pour le gouvernement birman, et échangé des renseignements :

En août 1997, il a été révélé que la société Elbit du Ministère de la Défense israélien avait gagné un contrat pour une mise à niveau des trois (à l’époque) escadrons de chasseurs chinois F7 et avions d’entraînement FT-7. Le F-7 est un dérivé du chasseur Mikoyan MiG-21 ‘Fishbed’. Le FT-7 est la version d’exportation du GAIC JJ-7, lui-même une copie de l’avion d’entraînement MiG-21 ‘Mongol B’. Depuis qu’ils ont commencé à être livrés par la Chine en 1991, les forces aériennes du Myanmar ont acquis environ 54 (quatre escadrons) de ces avions, le dernier parvenant à la base de Hmawbi l’an dernier. Dans des ventes associées, les forces aériennes ont acquis environ 350 missiles air-air (MAA) PL-2A chinois et au moins une livraison de MAA plus sophistiqués PL-5.

Depuis leur livraison au Myanmar, ces nouveaux avions ont causé de gros problèmes aux forces aériennes. Plusieurs avions (et pilotes) ont déjà été perdus lors d’accidents, soulevant des questions sur la fiabilité de la technologie chinoise. Aussi, selon des sources fiables, les F-7s ont été livrés sans les logiciels permettant le tir en vol des MAAs. De plus, les forces aériennes se sont plaintes de difficultés de maintenance des F-7s, reflet en partie de différences majeures entre les structures et la philosophie sous-jacente des logistiques myanmares et chinoises. Les pièces de rechange ont été très peu disponibles. Ensuite, les forces aériennes semblent avoir rencontré des difficultés à utiliser les F-7 (conçus d’abord pour la défense aérienne) pour l’attaque au sol. Ces problèmes, et d’autres, semblent avoir décidé les forces aériennes à se tourner vers Israël pour une aide.

D’après les sources du marché international des armes, 36 F-7 du Myanmar ont été réaménagés avec le radar air-air Elta EL/M-2032, des AMMs courte portée Rafael Python 3 à guidage infrarouge, et des désignateurs laser Litening. Le même équipement sera installé sur les TF-7 d’entraînement biplaces. Dans un contrat associé, Israël vendra aussi au Myanmar au moins un chargement de bombes à guidage laser. Depuis que le contrat d’Elbit a été gagné en 1997, les forces aériennes ont acquis un moins un escadron supplémentaire de F-7 et FT-7 chinois, mais on ne sait pas si le programme de mise à niveau israélien sera étendu à ces avions supplémentaires. Le manque critique de devises du Myanmar sera déterminante dans la décision du SPDC [2].

L’armée a aussi bénéficié de la nouvelle intimité du Myanmar avec Israël. Dans le cadre du programme massif de modernisation et d’expansion militaire du régime, un effort énorme a été mis dans la mise à niveau des capacités d’artillerie. Fidèle à sa pratique de ne jamais abandonner un matériel de valeur, l’armée cherche, autant que possible, à maintenir ses vieux équipements opérationnels. (Le Pakistan, par exemple, a fourni au Myanmar des munitions pour les 25-pounder field guns (mitrailleuses tractées)). Les pièces d’artillerie anglaises, américaines et yougoslaves plus anciennes du Tatmadaw (forces armées du Myanmar) ont été complétées au cours des dix dernières années par une gamme de pièces d’artillerie tractées ou autonomes. Achetées de Chine principalement, elles comprennent des mortiers 122mm, des pièces antichar, des DCA 57mm type 80 et 37 mm type 74, et des lanceurs de missiles multiples 107mm type 63. Dans un accord de troc avec la Chine l’an dernier, le SPDC s’est aussi arrangé pour acquérir environ 16 pièces d’artillerie de 130mm de Corée du Nord. Malgré toute cette nouvelle puissance de feu, l’armée a regardé vers Israël pour équiper ses nouveaux bataillons d’artillerie.

Vers 1998, le Myanmar a négocié l’achat de 16 mortiers tractés Soltam 155mm, peut être par l’intermédiaire de Singapour. On pense que ces canons sont des 2eme main dont l’armée israélienne n’a plus besoin. L’an dernier, des munitions pour ces canons (dont des charges à haut pouvoir explosif ou au phosphore blanc) ont été commandées à des usines gouvernementales du Pakistan. Avant l’achat des nouvelles armes chinoises et nord-coréennes, les grandes pièces d’artillerie du Myanmar étaient des canons de 105mm fournis par les USA il y a près de 40 ans. L’acquisition d’armes israéliennes marque donc un bond majeur en puissance pour les artilleurs de l’armée birmane. Il est possible qu’Israël ou le Pakistan aient fourni des instructeurs pour l’entraînement et la maintenance de ces nouvelles armes.

La marine du Myanmar n’a pas été oubliée. Plusieurs rapports indiquent qu’Israël joue un rôle crucial dans la construction et l’équipement de trois nouveaux navires de guerre en cours de construction à Rangoon. Les chefs militaires du Myanmar ont longtemps souhaité acquérir deux ou trois frégates pour remplacer les corvettes obsolètes de classe PCE-827 ou Admirable, décommissionnées en 1994, et ses deux corvettes des années 60 de classe Nawarat, graduellement abandonnées après 1989. Alors que les liens militaires avec la Chine montaient rapidement pendant les années 90, le SLORC [2] a espéré acheter deux ou trois frégates de classe Jiangnan, ou même Jianghu, mais n’a pu se permettre le ‘prix d’ami’ spécial demandé par Pékin. Comme compromis, le SPDC a acheté trois coques chinoises, et les équipe progressivement en corvettes dans les chantiers navals Sinmalaik de Rangoon.

D’après des sources fiables, les trois navires auront 75 mètres environ et un déplacement d’environ 1200 tonneaux. Malgré l’embargo européen des ventes d’armes au Myanmar, les canons principaux des bateaux ont été importés (apparemment via un tiers) d’Italie. Selon l’information actuellement disponible, ce sont probablement des canons 76mm OTO Melara Compact, armes qui (coïncidence ?) ont été testés intensément pour le combat par la marine israélienne sur ses patrouilleurs d’attaque rapide de classe Reshef. Les corvettes seront aussi probablement équipées d’armes anti-sous-marins, mais on ne sait pas si et quels missiles de surface et anti-aériens elles porteront.

Le rôle principal d’Israël en installant ces trois corvettes est apparemment de fournir leurs équipements électroniques. Les détails ne sont pas connus mais il faut s’attendre à ce que chaque ensemble comprenne au moins un radar d’horizon, un radar de contrôle de feu, un radar de navigation et un sonar. Le premier de ces navires de guerre sera probablement armé et en essai sur mer plus tard cette année.

Rien que des ventes, ou un impératif stratégique ?

Tant que le Myanmar reste un Etat paria, soumis à des sanctions globales par les USA et l’Europe, il est peu probable qu’Israël admette publiquement avoir des liens militaires avec le Tatmadaw. Tant que ça dure, les raisons du partenariat secret avec le régime de Rangoon resteront floues. Cependant, certains facteurs ont probablement joué un rôle en influençant la politique de Tel Aviv.

Clairement, il y a une motivation commerciale forte derrière certaines initiatives. A partir d’une base régionale à Singapour, avec lequel il a une relation très étroite, Israël est déjà parvenu à pénétrer le marché lucratif des armes chinoises. Il recherche maintenant, agressivement, de nouvelles cibles pour la vente d’armes et d’équipements militaires en Asie-Pacifique. Ces ventes sont soutenues parfois par des offres de transfert technologique et de conseil spécialisé. Cette approche a causé des peurs, parmi certains pays, qu’Israël introduirait de nouvelles capacités militaires dans la région, qui pourraient encourager une mini course aux armes, d’autres souhaitant rester à flot. Les systèmes d’armes fournis au Myanmar ne sont pas si nouveaux, et la crise économique asiatique a énormément réduit le pouvoir d’achat de bien des pays de la région, mais les activités en cours au Myanmar renforceront ces inquiétudes.

Vu la nature de certaines ventes, et d’autres formes probables d’assistance militaire au Myanmar, ces initiatives recevraient probablement un fort soutien du gouvernement israélien. En plus de l’impératif commercial – toujours présent – une raison de ce soutien pourrait être le calcul, par des officiels israéliens de haut rang, que des liens avec le Myanmar pourraient rapporter des dividendes en diplomatie et en renseignement. Par exemple, le Myanmar est maintenant un membre de plein droit de l’ASEAN, qui en dépit de la crise économique est encore une force majeure dans partie du monde qui a reçu beaucoup d’attention de la part des politologues depuis la fin de la guerre froide. La base régionale d’Israël restera Singapour, mais il se peut que Tel Aviv croie que le Myanmar puisse offrir une autre avenue pour influencer l’ASEAN, et un point d’observation avantageux pour suivre les développements stratégiques essentiels dans des lieux comme la Chine et l’Inde.

En particulier, Israel s’intéresse à la diffusion des armes nucléaires, chimiques et biologiques, et au transfert de technologies liées au développement des missiles balistiques et autres. Le Myanmar a des liens étroits avec la Chine et le Pakistan, qui ont tous deux été accusés de transférer des technologies ‘sensibles’ d’armements à des Etats ‘voyous’, comme l’Iran. Le Myanmar est aussi un Etat voisin de l’Inde, autre puissance nucléaire qui a résisté aux pressions internationales visant à réduire ses activités de prolifération. Rangoon pourrait donc être vu, par Israël, comme un poste d’observation utile d’où suivre et rapporter sur ces pays.

En outre, malgré des accusations au cours des ans que le Myanmar a développé des armes chimiques et biologiques, et d’autres arguments plus convaincants qu’Israël a son propre arsenal nucléaire, les deux pays partagent un intérêt pour la prévention de la prolifération des armes de destruction massive. Le soutien du Myanmar dans les initiatives anti-prolifération, dans des forums multilatéraux comme l’AG des Nations Unies et le Comité sur le Désarmement, semble mériter un investissement modeste du gouvernement israélien dans des relations bilatérales avec le SPDC. En plus de former des agriculteurs du Myanmar en Israël, assister le Tatmadaw pour rehausser ses capacités militaires semble être un moyen certain d’être proche du régime de Rangoon.

La négation répétée de tout lien militaire avec le Myanmar ne surprend pas venant d’Israël. Israël n’a jamais aimé la pub sur de tels liens, particulièrement avec des pays comme le Myanmar, l’Afrique du Sud ou la Chine, condamnés par la communauté internationale pour leurs violations manifestes des droits de l’homme. Même les liens militaires étroits avec Singapour sont niés des deux côtés. Pourtant, il semble ne faire guère de doute qu’après le coup d’Etat de 1988, Israël a commencé à développer des liens étroits avec le SLORC, qui ont continué à croître sous le SPDC. Dans ces conditions, il serait étonnant qu’Israël ne continue pas à rechercher les occasions de restaurer le genre de relation bilatérale mutuellement avantageuse qui fut établie dès que les deux pays devinrent des Etats indépendants modernes en 1948.

On peut remarquer qu’Elbit Systems est une des sociétés israéliennes impliquées au Myanmar. Elbit fournit l’électronique utilisée dans le mur de séparation qu’Israël construit illégalement dans la Cisjordanie palestinienne occupée, enfermant 10% des terres palestiniennes du côté « israélien ». Il est ironique qu’Israël exprime du souci pour les protestataires tués par l’armée birmane qu’il fournit, alors qu’Israël a tué des dizaines de Palestiniens protestant contre l’annexion de vastes sections de leurs terres agricoles, et blessé des centaines d’autres, y compris des Israéliens et des manifestants internationaux, qui ont été battus, arrêtés et expulsés par l’armée israélienne (JPost, 5 sept.). Aujourd’hui même, dans le village de Bil’in en Cisjordanie, l’armée israélienne a blessé neuf manifestants non-violents, d’après l’International Middle East Media Center (IMEMC, 29 sept.).

Que l’armée birmane ait tiré dans la foule rappelle que le premier mois de la seconde Intifada, avant qu’aucune attaque armée ou aucun tir ne soit venu du côté palestinien, les forces israéliennes ont tiré 1,3 millions de balles sur les Palestiniens, d’après Yitzhak Laor, un éditorialiste israélien qui écrit souvent pour Ha’aretz (Counterpunch, 20 octobre 2004, [3] ) :

Un mois après le début de l’Intifada, il y a quatre ans, le général de division Amos Malka, alors 3eme dans la hiérarchie militaire et chef du renseignement militaire jusqu’en 2001, a demandé à un de ses officiers (le lieutenant Kuperwasser) combien de balles de 5.56 le commandement central avait tiré pendant ce mois là (rien qu’en Cisjordanie). Trois ans plus tard, Malka a parlé de cet horrible décompte. Voici ce qu’il a dit au commentateur diplomatique de Ha’aretz, Akiva Eldar, sur le premier mois de l’Intifada, 30 jours d’agitation, encore aucune attaque terroriste, pas de tirs palestiniens :

Kuperwasser est revenu avec le nombre, 850.000 balles. J’avais le nombre de 1,3 millions pour la Cisjordanie et Gaza. C’est un nombre stratégique qui dit que nos soldats tirent et tirent et tirent. J’ai demandé : « Est-ce ce que vous envisagiez dans vos préparatifs ? » et il a répondu par la négative. J’ai répondu : « Alors ça signifie que c’est nous qui déterminons la hauteur des flammes. » (Ha’aretz, 11 juin 2004).

C’était une balle pour chaque enfant palestinien, a dit un des officiers à ce meeting, ou du moins c’est ce que le quotidien Maariv révéla il y a deux ans, quand cet horrible nombre fut révélé pour la première fois. Ceci ne changea pas l’ « opinion publique », ni ici ni en Occident, ni il y a eux ans ni il y a quatre mois quand Malka ouvrit enfin la bouche. C’est comme si ça avait eu lieu ailleurs, ou il y a très longtemps, ou comme si ce n’était qu’une version, une voix dans une polyphonie, cachée derrière le thème principal : nous, les Israéliens, avons raison, et ils ont tort .

[1] ibiblio.org

[2] SLORC : State Law and Order Restoration Council et SPDC, State Peace and Development Council, noms successifs de la junte militaire birmane.

[3] counterpunch.org

Traduction JPB pour CCIPPP

http://ww4report.com/node/4491

Article imprimé à partir du site de la Campagne Civile Internationale
pour la Protection du Peuple Palestinien


Commentaires

Agenda

<<

2019

 

<<

Août

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2930311234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930311
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois