Les génériques coûtent 30 % plus cher en France

dimanche 11 janvier 2015
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Par Serge Rader
Pharmacien lanceur d’alerte

Aujourd’hui en France, les prix des médicaments sont fixés de manière opaque et aléatoire. C’est pourquoi nous avons lancé, notamment avec la députée européenne EELV Michèle Rivasi, et le professeur Philippe Even, l’opération "Mains propres sur la santé". Nous appelons toutes les personnes responsables à se battre pour plus de transparence. Une telle situation ne peut plus durer, considérant les déficits des comptes sociaux qui ne cessent d’augmenter malgré la hausse continue des prélèvements. Il n’est pas normal de dépenser 34 milliards d’euros de médicaments (Sécurité sociale et complémentaires santé) avec 66 millions d’habitants, quand l’Italie obtient les mêmes résultats sanitaires avec 18 milliards d’euros pour 61 millions d’habitants.

Les génériques sont 30 % plus chers en France

Une note du gouvernement du 5 mars 2014 indique que comparer le prix des médicaments d’un pays à l’autre est mission impossible. C’est faux, puisque je l’ai fait, et les résultats montrent que, contrairement à ce qu’annonce la Commission économique des produits de santé (CEPS), les prix qu’elle fixe ne font pas référence à ceux pratiqués en Europe. En m’appuyant sur mes relations italiennes pour pénétrer le système de santé, j’ai mené une enquête comparative sur le prix des médicaments en France et en Italie. Les résultats sont effarants dans toutes les classes thérapeutiques, jusqu’aux médicaments les plus chers qui concernent le HIV, l’hépatite C ou les cancers. Les génériques sont en moyenne 30 % plus chers chez nous avec des pics à 100 % pour des antihypertenseurs, pour des antibiotiques et autres produits pour la prostate.

Plus de 90 % des médicaments sont inutiles

Il faut savoir que seuls 3,5 % des nouveaux médicaments sont utiles, efficaces, et apportent une réelle plus-value thérapeutique par rapport à l’offre existante. Cela signifie que plus de 90 % des nouveautés depuis 25 ans sont, comme on les nomme dans notre jargon, des "me too", c’est-à-dire des copies qui ont pour seul objectif de faire grimper les prix pour nourrir le business et faire grimper les cours de bourse des laboratoires. Plus rien à voir avec les objectifs de santé publique. Plusieurs exemples sont en effet criants, notamment celui des nouveaux antidiabétiques oraux. Alors que la boîte de Metformine (soit le Glucophage de 1958), chef de file du traitement du diabète, coûte 4 euros en France – contre 2 euros en Italie, les médecins prescrivent un groupe d’une dizaine de médicaments beaucoup plus chers, les gliptines, comme Januvia, Janumet, Xelevia, Velmetia, Onglyza, tous à près de 43 euros la boîte ! Or, ces nouveaux traitements sont tous classés en ASMR V (acronyme d’Amélioration du service médical rendu). Traduction : ils n’apportent aucune plus-value thérapeutique mais on en rembourse pour plus de 500 millions d’euros !

24 euros le médicament, contre 12,50 euros en Italie

Autre exemple : on prescrit en France du Plavix Sanofi, un antiagrégant plaquettaire, à 37,11 euros la boîte, alors que celle-ci est vendue 18,23 euros en Italie (voir "Pièces à convictions" de novembre 2013 sur France 3). Les autorités ont aujourd’hui abaissé le prix français à 25,32 euros, mais celui-ci reste toujours plus élevé qu’ailleurs. Idem pour son générique Clopidogrel, passé en France de 24 euros à 18,08 euros, contre 12,50 euros en Italie, TVA de 10 % incluse. Son remboursement par la Sécu s’élève à 120,6 millions d’euros pour 2013 ! En plus de cela, on a autorisé récemment un médicament s’appelant Efient, sosie du Plavix avec toujours une ASMR V, mais beaucoup plus cher : la boîte vaut 52,86 euros !

Le système de santé est corrompu à tous les niveaux

Ces prix et les marges dégagées sont telles que l’industrie pharmaceutique assoie chaque jour un peu plus son lobby auprès des politiques, des hauts fonctionnaires, des professeurs experts et leaders d’opinion dont elle a forgé les carrières, des médecins en grande majorité sous influence ainsi que d’une bonne partie de la presse médicale, des associations de malades qu’elle finance, et jusqu’aux bancs des facultés. Pas une manifestation médicale qui ne soit financée par les laboratoires. Un seul perdant, les organismes de protection sociale toujours déficitaires car, en définitive, c’est eux qui paient la note donc tous les Français, alors que dans le même temps, on remet en cause l’accès aux soins pour tous. On a affaire à une corruption généralisée du système, comme le souligne le dernier rapport de la Commission européenne. Si vous faisiez, comme nous, la liste de tous les ministres et anciens directeurs de cabinets devenus conseillers ou administrateurs de laboratoires pharmaceutiques, vous risqueriez d’être surpris…

Le prix des médicaments est fixé de manière opaque

Il n’est pas normal que la Commission économique des produits de santé (CEPS), qui fixe le prix des médicaments, fonctionne dans l’opacité la plus totale. Celle-ci est composée de fonctionnaires dont les compétences en matière de médicaments posent problème. On trouve parmi sa trentaine de membres des fonctionnaires du ministère de la Santé, de la Direction de la Sécurité sociale, de la Direction générale de la santé, du ministère de l’Économie, de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, de la Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services, de la Caisse des Indépendants (un pharmacien), des travailleurs salariés de la Caisse nationale d’assurance maladie (huit dont un médecin conseil), et un économiste de santé. Que font ces gens ? Qui, parmi tous ces membres, a une réelle pratique du terrain ou une vraie compétence en pharmacologie complétée par les données économiques concernant les prix au niveau européen ? Car qui peut expliquer ces différences de prix concernant des centaines et des centaines de médicaments ? L’incompétence de cette commission sous la tutelle politique, ou pire, la collusion avec les firmes pharmaceutiques, est effarante. Dans les deux cas, les conséquences sont graves pour la pérennité de notre système de soins solidaire. Il y a donc urgence d’y décréter la transparence totale dans l’intérêt de la Santé publique et de tous les citoyens de ce pays.

Il faut nettoyer le système de santé français

L’Italie a, elle, mené son opération "mains propres" il y a plusieurs années. Et elle a prouvé son efficacité. Depuis 2006, le prix des médicaments a baissé de 30 %. Quand nettoiera-t-on enfin le système français pour obtenir le même résultat sans remettre en cause l’intérêt du patient ? La France est allée trop loin dans les abus en matière pharmaceutique et le pouvoir politique ne bouge pas alors qu’il y a 10 milliards d’euros d’économies à la clé, donc la fin du déficit de la Sécu ! Il suffit pour cela de changer le mode de rémunération des pharmaciens, de transformer leur marge commerciale en honoraire de dispensation à périmètre constant, réalisable en quelques mois à l’instar de nombre de pays européens et de s’attaquer aux prix des médicaments.

Si on ne modifie pas le système actuel, alors notre Sécu explosera et ne seront soignés que les gens qui en auront les moyens. Cette finalité est donc inacceptable.

Propos recueillis par Rozenn Le Carboulec

leplus.nouvelobs.com


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