Quel est le rôle d’un taux de chômage élevé ?

L’Humanité Dimanche, 12 avril 2007
lundi 23 avril 2007
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Michel Husson, Economiste, Chercheur à l’IRES

Depuis qu’il a augmenté, dans les années 1980, le taux de chômage fonctionne comme un levier dans le rapport de forces entre salariés et employeurs, pour déconnecter les salaires de l’activité économique. Ça paraît machiavélique mais ça ne l’est pas complètement.

Par exemple, selon la fameuse théorie du NAIRU (Non Accelerating Inflation Rate of Unemployment - NDLR), que l’on peut traduire par « taux de chômage d’équilibre », il y aurait un mécanisme diabolique selon lequel un chômage qui baisse trop déclenche l’inflation et, à sa suite, des pertes de marché et de compétitivité qui ramènent le chômage à un taux d’équilibre. C’est une vision très fataliste mais d’une certaine manière pas totalement irréaliste. Après tout, ce pourrait être une transposition moderne de l’armée industrielle de réserve de Marx, qui expliquait que la surpopulation ouvrière était une manière de peser sur les salaires.

En pratique, on en a une illustration dans la stratégie européenne de l’emploi, dite de Lisbonne. Son objectif n’est pas de faire reculer le taux de chômage, mais d’augmenter le taux d’emploi, c’est-à-dire de faire venir à tout prix des gens sur le marché du travail. L’Europe est hantée par le spectre du vieillissement démographique qui pourrait provoquer une relative pénurie de salariés et, dans quelques années, remettre en cause le rapport de forces entre patrons et salariés. Il s’agit donc d’entretenir un flux permanent de personnes sur le marché du travail, avec trois cibles : les chômeurs, en réduisant l’indemnisation de façon à les contraindre d’accepter n’importe quel boulot ; les femmes ; les seniors qui sont encouragés à travailler plus longtemps, pour éviter que leur pension diminue de trop.

L’un des buts non avoués est donc bien d’entretenir une fluidité sur le marché du travail qui fasse qu’une baisse du taux de chômage ne pèse pas trop sur ce rapport de forces. De fait, expérimentalement, on a constaté que, chaque fois que le taux de chômage baisse réellement, avec des créations d’emplois, les employeurs se plaignent de ce qu’ils appellent une pénurie d’emplois. Dans une conjoncture meilleure, les salariés sont plus exigeants sur la qualité de leur emploi.

Propos recueillis par Marion Esquerré


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