Le solaire moins cher que le gaz et le charbon

mercredi 18 mars 2015
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Par Fabrice Nicolino

Incroyable, mais surtout vrai : l’électricité solaire pourrait coûter moins cher que celle tirée du charbon et du gaz. Dans dix ans seulement. Il faudrait donc investir massivement, par milliards d’euros, mais on ne le fera pas. Pourquoi ? Parce que.

Ce n’est jamais qu’une étude, mais elle remue en profondeur. [1] Selon ce travail, l’énergie solaire pourrait devenir moins coûteuse que le charbon et le gaz. Quand ? Dès 2025, dans seulement dix ans. Malgré l’énormité du propos, il ne s’agit aucunement de foutage de gueule, car le signataire s’appelle l’Institut Fraunhofer. Ce monument allemand emploie 22 000 personnes, réparties dans 57 instituts, tous spécialisés. Et l’ensemble est l’un des fleurons mondiaux de la recherche appliquée.

C’est donc sérieux, pas indiscutable mais assurément sérieux. Voyons le détail. Un, la technologie photovoltaïque offre déjà des prix très bas. En Allemagne, le coût de la production solaire d’électricité est tombé de 40 centimes au kWh en 2005 à 9 centimes en 2014. Or les nouvelles centrales au charbon ou au gaz livrent une électricité dont le prix varie entre 7 et 11 centimes par kWh. Deux, cette même électricité sera bientôt la moins chère, toutes sources confondues, dans de nombreuses régions du monde. Le scénario le moins favorable prévoit dès 2025 une électricité solaire comprise entre 4 et 6 centimes par kWh. Trois, la plupart des analyses sous-estiment la puissance du solaire, notamment parce qu’elles s’appuient sur des données incomplètes ou dépassées.

Gaziers fréquentables

Et la France ? Idem. En moyenne, le solaire pourrait en 2025 coûter 3 % moins cher que le nucléaire, qu’on nous a toujours présenté comme la panacée énergétique. Pourrait, car pour l’heure la filière photovoltaïque a perdu près de 15 000 emplois entre 2010 et 2012, chutant de 32 500 à 18 000. On ne sautait réduire les causes du phénomène à une seule, mais la surpuissance économique et politique d’EDF y joue un rôle central. Mastodonte parmi les mastodontes, EDF est le plus grand producteur d’électricité au monde, dont 80 % viennent du nucléaire. Est-on bien sûr que ce flamboyant monopole a envie de soutenir le solaire au détriment de sa chasse gardée de l’atome ?

Comme un groupe de cette taille ne peut être absent d’un tel marché, EDF a créé en 2004 une filiale de dimension internationale, EDF Énergies Nouvelles, dédiée exclusivement aux énergies renouvelables. Et cette dernière a fondé en 2006 EDF ENR, vouée au solaire photovoltaïque. Dans le marché français des dix dernières années, sinistré, il n’était pas trop difficile de faire son marché. Coup sur coup, EDF ENR a racheté tout ou partie de Ribo, de Supra, de Photon Power Technologies. Et quand Photowatt, notre grand fabricant de cellules photovoltaïques, fait faillite, en 2012, EDF ENR est encore là en embuscade, qui rachète l’éclopé. Voilà où en est la France de la prétendue « transition énergétique », au moment même où il faudrait investir par milliards d’euros dans le solaire : la clé du royaume est entre les mains du champion du nucléaire, qui n’entend céder sur rien.

À l’échelon européen, le printemps attendra aussi à la porte. L’heure est à l’ « Union de l’énergie », concept lancé en fanfare par le commissaire espagnol de l’Énergie, Miguel Arias Cañete, lobbyiste du pétrole bien connu. En deux mots, il s’agit de réduire la dépendance de l’Europe par rapport au gaz russe. Selon le site en ligne EurActiv, fort bien informé, « l’Union de l’énergie tend la main à des régimes autoritaires ». Concrètement, des pays comme la Turquie, l’Algérie, le Turkménistan, l’Azerbaïdjan et même, à terme, l’Iran et l’Irak deviendraient des fournisseurs de premier rang. Mais bien entendu, il faudra un tour de passe-passe pour qu’ils deviennent fréquentables. Citation : « Lors d’un entretien exclusif, Maros Sefcovic, le vice-président de la Commission chargé de l’Union de l’énergie, a assuré à EurActiv que les nouveaux contrats de livraison de gaz ne profiteraient pas aux dictatures. Selon lui, des négociations progressives permettront au contraire de faire progresser les Droits de l’Homme. »

Ainsi, les contrats, et la corruption massive qui les accompagne, conduiront à petits pas vers le bonheur commun. Il suffisait d’y penser : tout le pétrole, le gaz et le nucléaire. Et rien pour le solaire.

Charlie Hebdo N°1181 du 11 mars 2015



Commentaires

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Le solaire moins cher que le gaz et le charbon
lundi 30 mars 2015 à 08h45 - par  Sellier Bastien

Au risque de me répéter vos données peuvent être valable je ne dis pas le contraire mais elles sont pour des productions journalière.

Donc à ce titre si le solaire produit pendant 8h 10GWh il est présenté comme aussi représentatif que 10GWh produit en 24h par des moyens conventionnels (nucléaire, gaz, charbon, etc).

Comparé des choux et des carottes ça ne fonctionne pas. La limite du renouvelable est constitué par son taux de disponibilité le plus faible probable.

La réalité c’est qu’un taux de dispo de 5 à 10% en éolien est une possibilité sur plusieurs jours. Que le solaire en hiver et bien sa production est assez limité et que nos besoin sont très important sur cette même période.

Je reprends l’intitulé de 2030
Possible en 2030, pour une capacité installée identique en hydraulique, de 40.000 MW en éolien, de 40.000 MW en photovoltaïque et une capacité de 2.000 à 8.000 MW en biomasse selon la saison (cogénération électricité/chaleur).

Pour rappel en hiver l’hydraulique de montagne n’est pas très disponible (normal fonte des neiges au printemps) et l’hydraulique au fil de l’eau en hiver représente environ 5.000 MW qui sont systématiquement utilisé car non stockable. (pris sur RTE ecomix en décembre de cette année, point bas de la production hydraulique).

Sur cet hiver je n’ai rarement vu une production excédent les 14.000 à 15.000 MW de puissance.
Donc les 40.000MW de puissance hydraulique ne sont pas constant.

Je retiens alors une hypothèse haute de 15.000MW de production.
40.000MW en éolien avec un ptit 10% qui arrive pas si rarement = 4.000MW

En hiver une journée pas trop froide mais pas chaude non plus c’est entre 60.000MW et 80.000MW de consommation.

J’arrive à un taux de couverture de max 33% pendant la nuit par les ENR avec un taux de dispo faible de l’éolien.
Il me reste 40.000MW de puissance à trouvé soit en réserve (batteries, step, conversion d’hydrogène, supercondensateurs, etc) ou en thermique classique (nucléaire, gaz, charbon, fioul, etc).

Le jour se lève.
Je prends le 12 février il a pas fait trop moche ce jour et généralement quand il n’y a pas de vents sur le territoire il fait beau.
La production solaire à commencé à 8:15 (50MW)
11:00 (1900)
pic à 13:30 (2650)
15:15 (1970)
18:15 (42)
Pour rappel c’est en gros un facteur de charge max à 55% pour le pic solaire. Très probablement la conséquence du soleil bas en hiver.
Donc avec un parc de 40.000 MW et un facteur de charge de 55% ça donne 22.000 MW de production.

Dans le meilleur des cas pendant le pic de consommation (sur plusieurs heures tout de même ce qui n’est pas le cas du pic solaire) j’obtiens 41.000 MW de production d’energie renouvelable. Il restera 39.000 MW à trouver en conventionnel.

Tout ça pour dire que sans moyens de stockage le renouvelable ne pourra pas assurer la totalité de la production et qu’il faudra quand même garder une réserve en conventionnel.

La production installé est loin de la production réalisé dans les conditions non favorable.

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En France, 48% d’électricité renouvelable en 2030
jeudi 19 mars 2015 à 15h29 - par  Antoine

Justement, en regardant les données de RTE certains ont évalué ce qu’il est possible de produire en électricité renouvelable dès 2030. C’est 48% de l’électricité consommée pour la France.

http://energeia.voila.net/renouv2/renouvelable_possible.htm

Ce n’est pas que le solaire mais l’ensemble des énergies renouvelables qui se complètent, donc avec aussi l’hydraulique, l’éolien, la biomasse.

Pour les coûts, le solaire en Allemagne est déjà moins cher que le nouveau nucléaire en France ou l’éventuel EPR en Grande-Bretagne : 9 c€/kWh pour le solaire allemand à partir de 500 kWc de puissance contre 11 c€/kWc pour l’EPR en France et encore plus cher outre-Manche.

L’éolien terrestre coûte aussi moins cher et pour l’éolien en mer il sera moins cher que le nucléaire en Grande-Bretagne avant que l’EPR entre (peut-être) en service.

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lundi 23 mars 2015 à 16h21 - par  Sellier Bastien

Bonjour,

Le potentiel hydraulique qui est compté dans les renouvelables n’a plus de marge d’expansion (environ 15% du total de l’électricité) et c’est la seule source prévisible à moyen terme.

C’est bien beau de regardé les productions lissées mais ça cache des creux notamment pour l’éolien à moins 10% de disponibilité. Dans ce cas on complète avec quoi ?
Le solaire ? pourquoi pas en journée mais la nuit ?

A partir de la page 19 des données sur l’éolien et le photovoltaïque.
http://www.rte-france.com/sites/default/files/bilan_electrique_2013_3.pdf

Certaines industries ont besoin de tournée 24/24 de même que certains services.

Pour le nucléaire je suis d’accord avec vous, la construction de nouveaux réacteurs n’est pas justifié à condition de ne pas fermé de manière précipité ceux existants pour ne pas déséquilibré le réseau.

Les couts de démantèlements seront les mêmes aujourd’hui ou dans 20 ans, alors autant s’en servir. Pour information presque tout est remplaçable dans une centrale nucléaire.
Les deux points pouvant justifié une fermeture pour des raisons de sureté sont la cuve (trop dosante) et le génie civil qui n’est pas remplaçable.
Pour le reste tout une question de coût.

Donc oui au renouvelable et si possible sans subventions à outrance, non au nouveau nucléaire et oui au maintien tant qu’il est sûr du parc existant.
Et malheureusement oui aux centrales à énergie fossile subventionné (obligatoire pour assuré leur rentabilité avec un faible facteur de charge lié à leur aspect suplétif du renouvelable) si pas de moyen de stockage de l’énergie électrique.

Actuellement le prix facturé ce compose grosso modo de 1/3 en production 1/3 en transport 1/3 en taxes.

Pour rappel le prix de rachat de l’éolien = 8,2ct/kWh produit (ne pas confondre avec le vendu à l’abonné)

Celui du photovoltaïque est plus particulier.
26,96 ct/kWh pour les installation de moins de 9kWc (les particuliers)
6,82 ct/kWh à priori pour toutes les installations non intégré au bâti ou supérieur à 100kWc
Ce "faible" prix doit certainement expliqué pourquoi il y a si peu de construction pour le moment de grands ensemble de panneaux.

Le nucléaire historique c’est théorique le prix de l’ARENH 4,2 ct/kWh mais la cour des comptes l’estime plutôt 5,98 ct/kWh.
Le nouveau nucléaire ? Aucune idée tout dépendra du taux de dispo et des coûts d’entretien qui ne sont pas encore entièrement connue.

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Le solaire moins cher que le gaz et le charbon
mercredi 18 mars 2015 à 11h05 - par  Sellier Bastien

Bonjour,

En effet la production solaire à proprement parlé arrive à devenir compétitive en tenant compte d’un investissement initial lourd dans le temps. Nécessitant au passage un capital important au départ.

Mais je ne lis pas dans votre billet le coût induit par le stockage de l’énergie électrique ou bien sa compensation par un moyen de production classique type gaz ou charbon.

Produire solaire avec un couple charbon et gaz de puissance équivalente pour compenser l’intermittence du solaire est émetteur de CO2. Le coût de production du solaire doit donc tenir également compte de la nécessité de maintenir ces installations de substitution qui seront elle non rentable. Ou bien voir pour stocker de grandes quantités d’énergie dans des batteries (encore cher et d’une durée de vie d’une dizaine d’année), des supercondensateurs encore horriblement cher pour du stockage de masse (durée de vie de plus de 20 ans). Ou pour finir avec des STEP (stations de pompage et turbinage) quid de savoir quelles zones nous accepteront d’inondé (solution la moins cher) ?

Je vous invite à regarder la production solaire sur le site du RTE rubrique ecomix.

Donc oui le solaire est rentable pour très bientôt, mais à condition de ne pas compter tout les intrants qui sont les conséquences de son utilisation.

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lundi 23 mars 2015 à 16h35 - par  Sellier Bastien

Pour le nucléaire existant le coût de démantèlement aurait dû être intégré au fil des années sur toute la durée de fonctionnement. Il l’est partiellement, 42 milliards actuellement bloqué (p20, Provisions liées à la production nucléaire Aval du cycle, déconstruction des centrales et derniers cœurs).

Environ 1 milliard par an est déduite et bloqué pour le démantèlement.

http://finance.edf.com/fichiers/fckeditor/Commun/Finance/Publications/Annee/2015/resultats_annuels/vf/CP_resultats_2014_20150212_vf.pdf

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vendredi 20 mars 2015 à 11h52 - par  Steeve

Comme on oublie de compter la restauration et le démontage de nos centrales dans le coût de l’énergie nucléaire...

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jeudi 19 mars 2015 à 22h21 - par  Tilleul

Ca fait longtemps qu’on sait comment intégrer les énergies renouvelables et qu’on sait que même avec les technologies actuelles il est moins cher et plus écologique d’équilibrer un système renouvelable qu’un système fossile et fissile qui nécessite de dépendre d’une chaine longue, complexe et extrêmement fragile qui relient des sources d’énergies concentrées dans très peu de points du globe vers nos lieux de consommation.

Voir ici venant des travaux du même Fraunhofer ISE...

http://www.eurec.be/en/upload/docs/pdf/CoM_47/WEBER-EUREC%20100%20RE%20workshop--141125.pdf

Mais ce n’est pas demain qu’on verra de telles études réalisées en France...

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