Un travail de cochon

samedi 21 mars 2015
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« L’agriculture droit dans les yeux ». Tel est le slogan de la Cooperl, numéro 1 français du cochon, avec 5,6 millions d’unités transformées chaque année en pièces à choucroute, saucissons secs, rosette, mousses de foie, jambons, lardons… Un monstre coopératif, fleuron du modèle agroalimentaire breton, avec 2 700 éleveurs, 4 800 salariés et plus de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Sur son site, la Cooperl nous fait saliver en énumérant les « qualités nutritives » du cochon : « la viande de porc affiche un taux de cholestérol limité », « la viande de porc est facile à digérer », « la viande de porc, partenaire des sportifs », « la viande de porc, une source de minéraux et de fer »… Avec juste un oubli : la viande de porc est souvent farcie de salmonelles.

En Europe, un tiers des élevages industriels sont ainsi contaminés par cette bactérie responsable de la moitié des intoxications alimentaires. C’est à cause de ce satané microbe que sept cadres de la Cooperl comparaîtront le 24 mars devant le Tribunal correctionnel de Saint-Brieuc. Le roi du cochon est tout bonnement soupçonné d’avoir maquillé les résultats de ses contrôles sanitaires afin de vendre 2 000 tonnes, pas moinsse, de viandes de porc contaminées à la salmonelle. Pas du rôti ou de l’escalope, mais ce fameux « minerai » dont raffole l’industrie agroalimentaire. Outre 500 tonnes de « préparation de viandes pour barbecue », l’entreprise bretonne a aussi écoulé, entre 2010 et 2012, 1 500 tonnes de « VSM ».

Petit rappel : la « viande séparée mécaniquement » se fabrique avec des chutes d’abattoir. Les bouts de carcasse sont broyés puis envoyés dans un appareil à haute pression pour obtenir une pâte façon guimauve. Un tuyau projette la mixture directement dans des sacs plastique, qui sont ensuite entreposés dans des congélateurs, avant d’être livrés aux clients pour confectionner saucisses à hot dogs, merguez et autres saucisses à cocktail. C’est l’absence répétée de salmonelles dans les tests réalisés par l’entreprise bretonne qui a mis la puce à l’oreille de la Direction Générale de l’Alimentation. Il est vrai que l’État, qui a de moins en moins d’oseille, délègue de plus en plus aux entreprises le soin de se contrôler elles-mêmes.

En novembre 2012, la descente des gendarmes au siège de la Cooperl, à Lamballe, avait permis de récupérer les preuves de la triche, avec, à la clé, des mises en examen longues comme un chapelet de saucisses : « faux en écriture, escroquerie, mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée sur de la marchandise entraînant un danger pour la santé humaine et, enfin, faux et usage de faux, afin d’obtenir un régime préférentiel à l’exportation ». On découvre au passage que la Cooperl aurait très bien pu vendre sa barbaque aux salmonelles à condition de le signaler aux acheteurs afin qu’ils éradiquent eux-mêmes la bactérie à la cuisson, sauf que la viande déclarée salmonellisée vaut deux à trois fois moins cher. Sur 1 500 tonnes, la coopérative bretonne a ainsi économisé au minimum 3 millions d’euros.

La Cooperl, qui n’a pas souhaité répondre au « Canard », plaide, pour sa part, « une probable mauvaise interprétation » d’une réglementation européenne qui serait trop compliquée. Bref, c’est encore la faute à Bruxelles ! Et, les magistrats, ce sont des têtes de lard ?...

Le Canard Enchaîné N° 4925 du 18 mars 2015


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