Un homme est mort

Reçu de Maritza
samedi 17 février 2007
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Par Charles Hoareau

Comme chaque matin où il y a classe, Farouk, la cinquantaine, est descendu de chez lui ce mardi pour mener sa fillette de 7 ans à l’école. Sauf que cette fois il n’est pas sorti de la maison.
Il est mort avant.

Il a chuté dans l’escalier de cet immeuble insalubre classé pour péril « simple » (donc sans obligation d’évacuation et de relogement des locataires) en septembre 2006.
A partir de quand la mairie juge-t-elle que le péril n’est pas « simple » ?

Il y a plus d’un an le comité chômeurs du centre ville avait alerté les pouvoirs publics sur cet immeuble...encore une lettre sans réponse.

A Kamar, qui micro à la main suit toutes les actions logement du comité de La Renaude au centre ville Farouk avait dit : « Tu as vu ces câbles électriques qui pendent partout ? Il y a des rats et surtout il n’y a pas de lumière, pas de rampe à certains endroits. On va tous mourir ici. » Kamar avait passé son témoignage sur Radio Galère une radio locale marseillaise. C’était il y a plus d’un an, on a encore la cassette...

Ici comme dans nombre d’immeubles de la ville l’escalier est branlant, glissant, irrégulier, défoncé par endroits. Le garde corps, (en fait une vieille main courante métallique pas entretenue), quand il existe, arrive à hauteur des cuisses et ne peut donc remplir son office. Jusqu’à ces derniers mois, pour rentrer chez lui, Farouk s’éclairait à la lampe torche. Depuis peu la minuterie installée dure 30 secondes et ne laisse pas le temps de monter un étage de cet immeuble qui en compte quatre.

Interrogé le responsable à la sécurité de la ville de Marseille (mais oui il y en a un !) a essayé : « peut être qu’on l’a poussé ? »

Soutenue par ses amis, Barisa, sa femme va porter plainte : mais contre qui ? Le propriétaire ? La mairie ? Le préfet ? On les entend déjà se renvoyer la balle dans un ballet d’avocats, de juges, d’experts dont aucun d’eux n’accepterait de rester 24 heures dans un immeuble pareil.

Farouk, lui non plus n’acceptait pas, comme il n’acceptait pas non plus de payer 700€ pour un taudis pareil : mais avait il le choix ?

On a énormément de regrets nous qui nous sentons malgré tout coupables quand d’autres, la conscience tranquille, un verre à la main, discutent au coin du feu de l’évolution des prix de l’immobilier en disant que décidément Gaudin fait du bon travail.

Notre plus grand regret c’est de ne pas avoir ouvert pour lui un squat qui l’aurait mis à l’abri et évité à ses quatre enfants d’être orphelins. Nous en ouvrirons d’autres Farouk, avec encore plus de rage en pensant à toi !
Et qu’ils nous jugent les bien pensants !
Qu’ils nous jugent pour ce que nous commettons : des délits d’humanité dictés par l’état de nécessité

Un homme est mort et il me revient ces paroles de Moustaki :

« Il est mort comme du bois sec,
Ca pouvait être n’importe qui...
Il est mort pitié pour ses cendres
Ce n’est ni l’heure ni l’endroit
Pour demander des comptes à rendre
Mais les mots viennent malgré moi... »

rougemidi


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