Au Gabon, l’héritage d’Omar Bongo fait exploser la famille présidentielle

vendredi 24 avril 2015
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Par Fabrice Arfi

Ce ne sont plus les Bongo, mais les Borgia. Un document confidentiel du cabinet de la présidence de la République du Gabon montre l’étendue des tensions qui règnent actuellement au sommet du pouvoir gabonais et de la famille présidentielle, sur fond d’héritage de l’ancien dictateur Omar Bongo. À la clé : des centaines de millions d’euros, au bas mot.

C’est avant tout l’histoire d’une guerre – elle est de papier – entre un frère et une sœur. Le premier, Ali Bongo, est l’actuel président du pays. La seconde, Pascaline, fut la toute-puissante directrice de cabinet du temps du règne impitoyable de leur père Omar. Au Gabon, le frère et la sœur sont souvent comparés par leurs contempteurs aux deux panthères qui enserrent le Gabon sur les armoiries du pays. Officiellement, tout va bien entre eux. Mais la réalité est tout autre. Au centre de ce conflit, qui en dit long sur la dynastie régnante, il y a un magot qui se chiffre, au bas mot, en centaines de millions d’euros : la succession d’Omar Bongo, décédé en juin 2009 à Barcelone. Ali et Pascaline ont ceci de commun d’être, parmi les 53 héritiers connus de l’ancien dictateur, les deux seuls légataires universels. C’est-à-dire qu’à eux deux, ils doivent se partager la moitié du pactole, réparti en terres, en comptes bancaires, en villas, en immeubles, en bateau, en avion et en parts sociales dans de nombreuses sociétés, qui révèlent l’étendue de la prédation des Bongo sur le pays depuis bientôt un demi-siècle.

Rédigée par l’avocate française d’Ali Bongo, Maître Claude Dumont-Beghi, la note de synthèse obtenue par Mediapart ne fait pas dans la demi-mesure. Il s’agit d’une charge virulente du chef de l’État en exercice contre sa sœur, mandataire exclusive de la succession entre 2009 et 2014, et contre la notaire qu’elle avait choisie. « Volonté d’obstruction », « gestion scabreuse », « tentatives de déstabilisation », « omissions », « erreurs », « tractations », « gravité des agissements »… : voilà le type de douceurs qui parcourent le document. En somme, le président gabonais, qui veut se donner le beau rôle, reproche à sa sœur d’avoir joué perso dans le cadre du règlement de la succession et d’avoir maintenu un voile opaque sur celle-ci. D’autres, au sein du clan Bongo, y voient plutôt le signe d’une volonté de mainmise du chef de l’État sur le magot d’Omar, ce dont la présidence gabonaise se défend.

« La mandataire familiale (Pascaline Bongo - ndlr) et Maître Relongue (la notaire) ont tenté, par tous moyens, de passer en force alors qu’elle savait, pour l’une, que son mandat expirait le 15 octobre 2014, et, pour l’autre, qu’elle ne bénéficiait plus de la confiance des héritiers à la succession », peut-on notamment lire dans la note juridique de Maître Dumont-Beghi. Qui poursuit : « Tout au cours de cette période (juin 2009-janvier 2014 – ndlr), aucune information n’a été communiquée afin de permettre à Mr le Président de la République de connaître la réalité des diligences effectuées et de connaître l’ampleur des éléments d’actifs et du passif de cette succession internationale. Aucune proposition de partage partial anticipé n’a été envisagée, aucune réunion permettant un dialogue entre les héritiers n’a été effectuée. » Pire : Ali Bongo affirme que la demande de sa sœur d’« opérer dans la précipitation un certain nombre de cessions (…) afin de pouvoir obtenir des parts sociales s’est faite dans des conditions très contestables ».

En novembre 2014, Ali Bongo avait déjà réussi à obtenir du tribunal de première instance de Libreville l’éviction de sa sœur comme mandataire – est-ce si dur dans un pays autocratique où la justice n’est pas connue pour son indépendance ? Dans un courrier du 10 novembre 2014, adressé à tous les membres de la succession, Pascaline Bongo s’était d’ailleurs émue qu’« à la demande de notre frère Ali, le tribunal (…) vient de juger que le mandat que vous m’aviez confié, ainsi que le Conseil de famille, et qui était pourtant renouvelable tacitement a expiré ». « Je me suis efforcée tout au long de cette période de défendre les intérêts individuels et collectifs de la succession avec la plus grande loyauté et honnêteté », précisait-elle.

Contacté à plusieurs reprises pour réagir aux nouvelles accusations portées par Ali Bongo, l’avocat de Pascaline Bongo n’a pas donné suite à nos sollicitations.

(Photo d’illustration : Ali Bongo, le président du Gabon)

mediapart.fr


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