Sept départements rayés de la carte

mercredi 20 mai 2015
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Par Fabrice Nicolino

La France du BTP est en fête. Ainsi que l’avoue entre les lignes une étude de l’Insee, la France a vendu au béton sept départements en moins de trente ans. La lèpre des centres commerciaux, des rocades, des autoroutes et des parkings géants recouvre de plus en plus le pays. Avant de vous infliger la lecture d’un énième rapport de l’Insee – casse couilles mais passionnant – un brin d’histoire. En 1984, aussi étonnant que cela puisse sembler à la jeune génération, Fabius régnait. Si. Premier ministre entre 1984 et 1986, il est le grand responsable de Disneyland à 30 kilomètres à l’est de Paris. Que celui qui n’a jamais eu envie de noyer Mickey et d’éventrer Donald cesse ici sa lecture.

Disneyland est à peu près le pire – cet été, ateliers dès 7 ans pour devenir un vrai Jedi de Star Wars - mais n’aura en tout cas pas à se plaindre du noble pays français. Quand Fabius signe le premier accord, en 1984, il promet la lune et tiendra parole : l’État paie cash une gare TGV, des bretelles d’autoroute, une ligne RER rien que pour le parc, et viabilise des centaines, des milliers d’hectares de façon que le monstre puisse caguer partout bien à son aise. Aujourd’hui, Disneyland s’étend sur environ 2 500 hectares, soit le quart de Paris. Au passage, dans l’indifférence totale, on a bétonné certaines des meilleures terres agricoles de France. Et les mêmes veulent le faire à Notre-Dame-des-Landes, sur 2 000 hectares. Et à EuropaCity, aux portes de Paris, pour y bâtir une immense bouse sur les plus beaux sols maraîchers d’Île-de-France. On s’en fout ? Va dire ça au dérèglement climatique et aux famines qui pointent en Méditerranée et ailleurs.

Et ce rapport de l’Insee ? Encore une minute, les amis. Tous les deux ans, un officiel s’avise que l’on bétonne trop d’espaces agricoles ou naturels. Exemple entre bien d’autres : en juillet 2010, le ministère de l’Agriculture publie une étude (Agreste Primeur n° 246) : 9 % du territoire est désormais bétonné, et ça va de plus en plus mal. Entre 1992 et 2003, en moyenne, 61 000 hectares ont été perdus. Et 259 000 en seulement trois ans – de 2006 à 2009 – soit 86 000 en moyenne. On serait ainsi passé d’un département fourgué au BTP en dix ans à un en sept ans. Comme si, tous les sept ans les Bouches-du-Rhône étaient recouvertes de bitume.

La preuve par « Charlie »

Perdues en plein désert de Gobi, deux associations de protection des jardins gueulent un bon coup trois ans plus tard, quoique bien poliment. Dans une lettre du 1er juin 2013 à Cécile Duflot, alors ministre du Logement, elles s’inquiètent d’une tendance de plus en plus lourde. Leur diagnostic est clair : « Au lendemain de la guerre, la France comptait 900 000 jardins familiaux et il n’y en a plus aujourd’hui que 150 000. Les meilleures terres agricoles et maraîchères sont aujourd’hui bétonnées. » [1] En avril 2014, alors que le Sénat débat de la loi d’avenir agricole, une flopée d’associations paysannes, écologistes, bio, montent elles aussi au créneau [2]. Pour mieux frapper l’opinion, elles cherchent et trouvent des exemples : ainsi, un terrain de foot de terres agricoles fout le camp toutes les cinq minutes. Les conséquences sont si nombreuses qu’on ne peut les détailler ici, car elles portent tout à la fois sur la biodiversité, le dérèglement climatique, l’état des nappes phréatiques et mènent à « la régression de l’agriculture de proximité, de la qualité et de la diversité de l’alimentation ».

Résultat des courses ? La loi, votée fin 2014 en deuxième lecture, se contente de fumeuses promesses de taxes qui seraient affectées à des commissions départementales qui se réuniraient pour. Pendant la rigolade, et sans surprise, le massacre continue. Et s’amplifie même, ainsi que le montre – nous y voilà enfin - une étude de l’Insee parue le 15 avril. [3] Sortons une calculette : entre 1982 et 2011, l’artificialisation des sols est passée de 84 000 km² à 119 000 km², soit une fracassante croissance de 42 %. Mais la population, dans le même temps, n’a augmenté que de 23 %. En clair,, ça flambe. Selon des calculs de Charlie réalisés sur un coin de table, le tendance sur trente ans est de 1,63 département perdu tous les sept ans, et non pas un tout rond, comme annoncé dans les chiffres officiels. Soit sept départements entiers en une grosse génération. Fou.

Reste cette question : pourquoi faut-il regarder à la loupe binoculaire les études de l’Insee pour le savoir ?

Fabrice Nicolino

Charlie Hebdo N° 1190 du 13 mai 2015


[1Hervé Bonnavaud, Le Parisien, 1er juin 2013

[3insee.fr


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