L’obésité est l’avenir de l’homme

mercredi 27 mai 2015
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Par Fabrice Nicolino

L’Europe sera largement peuplée d’obèses en 2030, selon les prévisions de l’Organisation Mondiale de la Santé. Mais ce que l’OMS ne dit pas, c’est que la contamination chimique pourrait jouer un rôle majeur dans l’explosion de l’épidémie de gros bides.

Tu seras gros, mon fils. Ou une grosse, ma fille. Et ce n’est plus une prédiction : l’OMS vient d’annoncer au cours d’un colloque tenu à Prague (eco2015.easo.org) qu’il va falloir doubler la taille des frocs, des calbuts et autres traînantes et ramasse-crottes. Commentaire qualifié d’un ponte de l’OMS, João Breda : « L’Europe fera face d’ici 2030 à une crise de l’obésité d’une énorme dimension ». Entre 1980 et 2014, le nombre d’obèses sur terre a plus que doublé, et notre monde subclaquant compte aujourd’hui 1,9 milliard d’adultes en surpoids, dont 600 millions obèses. Phrase inimitable de l’OMS : « Une grande partie de la population mondiale vit dans des pays où le surpoids et l’obésité tue plus de gens que l’insuffisance pondérale. » En Français courant : il vaut mieux avoir les crocs qu’être accablé d’un gros cul. Ou encore : la famine est préférable au bourrelet. L’époque est si belle.

Dans le détail, les Irlandaises sont championnes d’Europe, car 83 % devraient être en surpoids en 2030, et 57 % obèses. La Belgique, la Bulgarie, la République Tchèque montent sur le podium, accompagnées par la Grèce, avec 44 % d’obèses chez les hommes – contre 20 % en 2010 – et 40 % chez les femmes – contre 20 % en 2010. La France semble loin – 25 % des hommes obèses en 2030 – mais le rythme de progression est soutenu. Le pourcentage de Français en surpoids devrait en effet passer de 54 % à 66 % chez les hommes et de 43 % à 58 % chez les femmes. Passons au commentaire. Un, et l’OMS l’écrit du reste en toutes lettres, l’explosion de l’obésité est de caractère épidémique. Deux, l’OMS radote depuis des années que le phénomène s’explique essentiellement par deux raisons. D’une part, les humains concernés ingurgiteraient trop de calories, et, d’autre part, ils ne feraient pas assez d’exercices physiques. La grande bouffe et la sédentarité seraient – avec l’hérédité – les coupables.

Mais pourquoi une telle fulgurance ? Les plans télé-cacahuètes-Kronenbourg ne dateraient que d’hier soir ? Les gènes auraient connu en quelques dizaines d’années une métamorphose ? Autant il serait absurde de nier les effets des modes de vie et de l’ADN, autant il est discutable de leur attribuer aussi tranquillement cette colossale boursouflure collective. Question : n’oublie-t-on pas en route un acteur pourtant manifeste ? Les plus lucides – ici, un avis de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) – reconnaissent que ce n’est pas simple : « Les causes de l’obésité sont complexes. Au-delà de la nutrition et de la génétique, de nombreux facteurs environnementaux semblent en effet impliqués. »

Le gros du futur sera chimique

Aux États-Unis, où tout n’est quand même pas à jeter aux chiens, certains chercheurs cherchent et trouvent. Ils utilisent même, depuis quelques années, un mot nouveau appelé à un magnifique avenir : obesogen, qui désigne les molécules chimiques ayant un effet sur la prise de poids. Le chercheur Bruce Blumberg l’a forgé en 2006, découvrant par hasard que le tritylétain (TBT), un produit chimique, rend les souris qui l’ingèrent plus grasses. En août 2009, confirmation. Blumberg et un collègue signent dans la revue Molecular Endocrinology un article limpide ncbi.nlm.nih.gov. Des produits chimiques obésogènes conduisent des cellules à stocker de la graisse. Et les deux auteurs affirment que les preuves s’accumulent : « Evidence is accumulating from laboratories around the world supporting this general concept. »
Certes, quelques études, aussi solides soient-elles, ne forment pas une preuve scientifique. Mais les essais sur les animaux montrent un rôle obésogène potentiel du Bisphénol A, de divers pesticides, des particules fines de l’air, etc. Et chez les hommes, du DDE, sous-produit du DDT, des PCB, furanes et dioxines.

Ultime interrogation : pourquoi ne cherche-t-on pas davantage ? Réponse provisoire : le surpuissant lobby de l’industrie chimique contrôle par mille fils les instruments de contrôle européens. On y Reviendra.

Charlie Hebdo N° 1191 du 20 mai 2015


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