En réponse au "sentiment tragique de l’inutile" (*)

mardi 9 octobre 2007
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Par Élisabeth Devreux à l’intention et l’attention de Patrick Mignard

DÉPRIME POLITIQUE

J’aimerais qu’un débat puisse s’installer à partir de ton texte, parce qu’il renvoie certainement beaucoup de choses à plein de gens, dont je suis, bien sûr.
En effet, « le sentiment tragique de l’inutile » est un sentiment que j’éprouve depuis longtemps, plus encore depuis l’élection « démocratique » de Sarko et la désignation de sa bande de salopards, menteurs, racistes et retors...

Comme beaucoup j’ai milité presque toute ma vie, sur le plan politique et syndical, dans différents registres militants et si j’ai pu m’arrêter momentanément de militer pour des raisons de circonstances, je n’aurais jamais imaginé ressentir un jour un tel dégoût de l’action militante « classique »

Comme, j’imagine beaucoup de ma génération (j’ai une cinquantaine d’année), l’élection de Sarko a été presque un drame, un échec quasi personnel, puisque nous n’avons pas su empêcher ça malgré (et avec, ce qui est pire !) nos engagements divers militants, avec les conséquences que ceux-ci ont pu avoir sur nos vies personnelles et professionnelles... Nous n’avons pas su empêcher, quand je dis « nous », je te mets dedans, toi aussi, cher Patrick Mignard car quelles que soient les méthodes utilisées (grève, pétitions, manifs... ou mieux) aucun de nous n’a su l’empêcher.

Ceci m’amène à 2 remarques, avant de t’en faire quelques autres sur ton texte :

- La première envers moi-même : Pourquoi faire un tel drame de l’élection de Sarko, qui n’est manifestement qu’un épiphénomène puisque depuis des décennies, le libéralisme fait ses ravages que ce soit sur nos droits, nos conditions de vie, le droit des peuples à s’autoalimenter, l’environnement en particulier des pays les plus pauvres et les plus exploités etc.... ???

Le drame dans l’élection de Sarko, c’est qu’elle est symbolique, elle représente la violence de la collusion des pouvoirs financiers et médiatiques, elle est écrasante d’autant plus qu’elle est légitimée par le suffrage universel !

Elle montre qu’encore une fois, nous qui sommes allés voter, nous nous sommes plantés (même si nous savions bien au fond que le suffrage universel dans le contexte actuel du bourrage de crâne libéral n’a de démocratique que le nom) Le pire étant que nous pensions ne pas avoir vraiment le choix de nos actes, il fallait faire ce que nous savions d’ores et déjà inutile voire néfaste ! Pire que voter Chirac !

- La seconde remarque traite de la vie de tous les jours. En effet, les « réformes » de Sarko et sa bande ont un impact direct sur des gens comme moi (et c’est fou ce qu’on est nombreux !) : Dans le désordre, le poids des impôts indirects (pas assez riche pour payer l’IR), le risque de surflicage et la culpabilisation quand on est chômeur, nos potes ou ceux de nos enfants arabes ou noirs qui se font emmerder en permanence par les flics, le risque de devoir bosser à n’importe quelles conditions et puis aussi subir les mensonges télévisuels ou journalistiques permanents ou bien se terrer pour ne rien voir, j’en oublie plein, bien sûr !!!
C’est pourquoi, Patrick, il est si difficile de prendre de la distance comme tu sembles la prendre, le plus simple reste encore la fuite, ou se terrer : J’appelle ça faire une dépression politique1, mais il n’y a pas de cachetons contre ça !

J’en reviens à ton texte, qui comme tu vois a porté !

Tu as compris que le sentiment que tu as éprouvé lors de la manif minable dont tu parles est partagé, en ce qui me concerne...

Par contre j’ai des remarques à faire sur la suite de ton texte :

Sur « de deux choses l’une » : NON, nos espoirs ne sont pas chimériques, nos idées irréalisables mais OUI, « on l’a bien mérité » et OUI, nous agissons comme des imbéciles.

En effet, les objectifs2 sont rarement atteints quand ils sont flous, incomplets ou indéfinis, ce qui est le cas (exemple type : les discussions avant les élections au sein de l’ultra gauche) : Il y a, il me semble, des choses à redéfinir, et ce n’est pas de l’ordre de la stratégie, qui vient après, mais du fond, du contenu.

Par ailleurs, pour être sûr de ne pas atteindre ce qu’on dit vouloir, l’un des meilleurs moyens est de ne pas utiliser les bonnes méthodes. Je pense donc qu’il ya un lien étroit entre les objectifs non fixés et les stratégies obsolètes ou imbéciles.

Mais ce n’est pas pour ça qu’on l’a bien mérité : On l’a bien mérité parce qu’on contribue au système, on a contribué à le construire, même si on ne participe pas à cette majorité dont tu parles. Ce qui prouve bien que nos objectifs n’étaient pas si clairs et nos moyens inadaptés à des objectifs si jamais ils avaient été clairs !

Une des choses qui me fait dire que nos objectifs ne sont pas clairs, c’est la question que tu poses : « Un peuple de soumis et de résignés est-il encore un « peuple citoyen3 » ?

Je suppose que ta question est rhétorique, je la trouve – excuse-moi - profondément... irréfléchie, pour ne pas dire totalement aberrante ! (et aussi légèrement arrogante).

Outre le fait qu’il faudrait définir ce qu’est la soumission et surtout la citoyenneté, je trouve pour le moins douteux de la part de quelqu’un qui veut changer le fonctionnement de la société de qualifier le peuple de « soumis et résigné ».

Ce peuple n’est-il pas justement celui avec lequel on souhaite changer les choses ?

C’est l’argument des gens incapables d’accepter et de comprendre ceux qui sont différents ou qui pensent différemment : comment peut-on croire qu’on va changer les choses en dehors d’eux ?4

Sur « Fatalisme politique »

Je ne pense pas que le fatalisme politique verrouille les consciences, moi je dirais : la fatigue politique verrouille les imaginations, ce qui malgré tout n’est pas si différent de ce que tu dis.

Concernant le syndicalisme (que je connais assez bien) je ne crois pas que les leaders syndicaux (enfin pas tous) aient pour ambition de garder leurs privilèges. Qu’ils soient largués, oui, qu’ils aient des positions ambigües, voire totalement ambivalentes, encore plus.

Les syndicats des salariés sont tiraillés entre un syndicalisme de revendication (qui a ses limites liées au sens de l’activité menée – ex : l’armement - ) et un syndicalisme de gestion (Le paritarisme qui rapporte pouvoir et moyens aux organisations syndicales).

Outre le fait que les deux s’opposent parfois, cette dualité ne pose pas la question du sens même du travail, de ce pourquoi il est fait et ce qui le « valorise ».

Mais le syndicalisme a le mérite d’exister et c’est l’un des rares terrains où on peut encore faire du militantisme qui touche du monde (de moins en moins comme chacun sait)

En effet, c’est un terrain où il existe des gens qui revendiquent une réflexion sur le travail, l’intérêt qu’il a et celui qu’on lui donne.

Ce qui mine à mon sens le syndicalisme, à la grande joie des syndicats d’employeurs, c’est les luttes de pouvoirs au sein des appareils.

N’oublions pas que les syndicats ont été laminés par le chômage et la précarité crée par le libéralisme (voir le cas des Etats-Unis, typique dans ce domaine).

En ce qui me concerne, je pense que le syndicat est encore un terrain d’action possible, et qui peut porter les idées au-delà des simples revendications salariales (cependant indispensables).

Sur : « Les modes d’action et de mobilisation d’autrefois ne servent plus à rien »

D’accord avec toi sur l’ensemble (A quelques détails près, notamment sur la vocation révolutionnaire du syndicalisme que tu occultes).

Toute action ponctuelle n’est pas à bannir, dis-tu. Oui, OK, moi, je dirais toute action ponctuelle sur certains sujets et en dehors de tout objectif d’efficacité est indispensable, et tu en as cité deux bons exemples. Pourquoi ? Parce que si nous ne le faisions pas nous serions des veaux, des lamentables, des collabos. J’ai vécu des luttes vaines, sans espoir de résultats à cours terme, jamais je ne les ai regrettées5 ! De plus il faut faire savoir au pouvoir qu’il y a des gens prêts à se battre en face de lui.

Pour conclure, si ton texte m’a donné envie de réagir, il ne m’a pas tellement ouvert de perspectives, mais j’ai eu envie de te répondre pour entamer avec toi et d’autres un débat sur un sujet vraiment important en ce moment surtout.

Élisabeth Devreux

(*) Le sentiment tragique de l’inutile par Patrick Mignard


Commentaires

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En réponse au "sentiment tragique de l’inutile" (*)
dimanche 14 octobre 2007 à 18h53 - par  malpaso

Elisabeth et Patrick de grâce ! Faites ensemble le remake de mai 68 dans un plumard :-)... che pas moi ! Mais arrêtez de nous saper le moral svp !
Merci.

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