La main dans le sucrier

lundi 22 juin 2015
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Cocorico ! Le 1er producteur français de sucre, 5ème sucrier mondial, a avalé le 1er distributeur indépendant de sucre en Europe. Alexis Duval, le patron de Tereos, l’avait bien prédit : « Nous devrions être l’un des principaux bénéficiaires de la réforme. » D’ici deux ans, l’Europe aura définitivement libéralisé son marché du sucre. Exit les fameux quotas sucriers mis en place depuis cinquante ans pour limiter la production annuelle, soit 13,3 millions de tonnes à ne pas dépasser pour l’année.

À partir d’octobre 2017, Tereos compte bien faire tourner à plein régime ses usines en France, en Tchéquie et en Roumanie, afin de produire près de 500 000 tonnes de sucre chaque année, soit 20 % de plus qu’aujourd’hui. Grâce à son champion Tereos, la France, 1er producteur européen, affichera alors un excédent sucrier de 3 millions de tonnes. Voilà une belle aventure économique, dont le contribuable peut être fier. On estime en effet qu’en un demi-siècle presque 10 % des subventions agricoles européennes ont atterri dans la poche des sucriers. Une jolie récolte, quand on sait que l’aide annuelle versée par la Commission Européenne est d’un peu plus de 50 milliards d’euros.

Comme si cela ne suffisait pas, les sucriers européens ont empoché l’an dernier 330 millions d’euros en faisant condamner Bruxelles. En échange des généreuses subventions à l’exportation qu’ils empochaient, les producteurs de sucre devaient payer à Bruxelles une cotisation calculée sur la quantité et la qualité des produits exportés. Lorsqu’en 2012 l’Europe a décidé de changer le mode de calcul de cet « impôt », les sucriers ont derechef porté plainte devant la Cour de justice européenne. Laquelle leur a donné gain de cause.

Il y a aussi de grosses tricheries. L’Office européen de lutte anti-fraude avait ainsi repéré, sur la seule année 2008, 34 affaires de fraude au sucre. La grande astuce étant de mélanger en loucedé le sucre de betterave européen avec du sucre de canne sud-américain deux fois moins cher et d’empocher la subvention de Bruxelles sur la totalité de la cargaison.

Ou plus simple encore, d’exporter plusieurs fois hors d’Europe le même chargement et de toucher à chaque coup la subvention. C’est ce qui s’appelle se sucrer, non ?

(Illustration : site de Tereos à Origny dans l’Aisne)

Le Canard Enchaîné N° 4938 du 17 juin 2015


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