Sarko, le Guignolo

Les (fausses) lettres de la marquise de Sévigné
samedi 27 juin 2015
popularité : 1%

par Hervé Karleskind

Sire, vous nous égarez, vous nous désappointez, vous nous désorientez ! Quel mauvais sortilège vous aurait soudainement changé au point de faire de vous un bouffon, en lieu et place de l’éternel impétrant, à guigner la couronne que vous souffla l’imposteur. Depuis quelques lunes, l’on jurerait que vous êtes gagné à votre tour par le TOC de la blagounette ! Auriez-vous copié, singé, votre sempiternel rival ?

Joe le Taxi

Funeste entreprise qui, vous en conviendrez, n’a guère l’heur de lui seoir. Ne l’a-t-on surpris à siffler « Joe le Taxi » durant un Conseil de défense consacré à cette pantalonnade qui nous laisse entendre que l’on vient de débusquer un gros nid d’espions. Vous vous montrâtes bien silencieux sur cette affaire : il est à porter à votre crédit que vous fûtes gâté ! Se souvient-on de ce Paul Bismuth, votre doublure, votre golem digital, qui vous attira les foudres des robins ? Croyait-on, à tort, Sire, que vous aviez changé ? Que vous vous étiez paré des atours et des vertus de l’homme d’État, sentencieux, pondéré, attentif, bienveillant, apaisé…

Ciel ! Étourdie que nous sommes ! Nous voici victime de l’égarement de notre plume, à dresser le portrait de Monsieur de Juppé, le doge de Bordeaux ! Quelle irrévérence ! Nous implorons votre miséricorde, Sire, pour cet irrémissible péché ! Une absolution vite fait sur le gaz, et nous revoici à vous dénigrer Sire, vous, le Sauveur, le Rédempteur, le Prophète. Avouez toutefois, Sire, qu’en chipotant, l’on vous trouverait piètre figure en prophète. Depuis quelques lunes, l’on s’égare, faute de s’enivrer, en buvant vos paroles. Ainsi devons-nous vous confesser que nous fûmes surprise de vous entendre comparer ces pauvres migrants, jetés en mer comme bouchons en caniveau, comparer donc ces misérables gueux à une fuite d’eau. Extravagante plomberie : qui vous souffla cette incongruité ?

À défaut d’être un chaman, convenons que vous avez quelques talents de show-man. Des talents si travaillés qu’ils vous ont valu un compliment assez pervers de la part de l’impertinent Monsieur de Bouze qui souhaiterait que vous vous joignez à la troupe de son « Jamel Comedy Club ». Ha ! Le cuistre, le faquin, le maroufle ! Le fouet serait encore trop doux à des fins de le punir de son outrecuidance. Sire, cette saillie sur les migrants nous resta en travers de la gorge. L’on susurre, sous le sceau du secret, donc du fagot, que le mage Buisson, votre Mephisto portatif, serait le plus discrètement du monde revenu en votre Cour, à vous souffler l’haleine fétide de ses renvois xénophobes. Serait-ce vrai ?

Christopher Lee

Notre ami Artois avec qui votre commerce est un peu chien chat, jure ses grands dieux qu’il n’en est rien. Confessons qu’il lui vient parfois de travestir la vérité, lorsqu’elle l’encombre. Mais il se mande que ses espions, une charge décidément très tendance, bref, des espions à la solde de Monsieur de Juppé, de Monsieur Le Maire, voire du Flou, ne sont-ce d’ailleurs point les mêmes, auraient vu le mage infernal rôder en vos coursives, grimé à la façon de Christopher Lee dans « Dracula » ? Serait-ce donc dans cet épisode de « Dracula dans la chambre du Bref » qu’il vous aurait soufflé de désigner le Flou, l’usurpateur, sous le sobriquet de « Moi-je » ? Étant quelque peu rompue à la rhétorique de préau, nous accordez-vous la licence de vous mander que cette réplique, digne d’un chansonnier relégué à l’heure de la salade, est d’une affligeante niaiserie. Bref, Sire, Nicolas, Monsieur de Sarcosie, souffrez que nous jugions si sévèrement : au fil du temps, vous semblez sombrer dans le comique de patronage.

UberPOP

Craindriez-vous, Sire, d’aborder les brûlants sujets du moment ? D’enfin nous révéler que la baronne Saal a jeté son dévolu sur UberPOP, délaissant, l’ingrate, les fiacres de la G7 ? Sur la faillite de la Grèce, vous vous montrâtes d’une discrétion de banquier helvète : vous n’êtes pourtant guère ignorant de ces choses puisque vous fûtes, certes selon vos dires, à l’origine du sauvetage de l’écu, lors de cette crise qui nous jeta en la panique. Auriez-vous délaissé le sérieux, la componction, l’autorité, la sagacité, au profit de votre rival en votre famille, Monsieur de Juppé ? Sire, absolvez l’offense, vous vous ringardisez ! Vos futurs sujets vous en tiennent rigueur à préférer le Pète sec de Bordeaux pour ceindre la couronne. Ce vieux cafteur d’Artois fait son miel des rumeurs qui courent à votre propos : il se parait que vous jurez de le crever tout ainsi que Monsieur Le Maire qui distille ses vacheries avec l’air de se régaler de Nutella.

À des fins d’en finir avec ce libelle de sous-préfecture, oserions-nous encore, Sire, relever cette funeste phrase que vous prononçâtes devant les parlementaires de la Chambre haute : « Je mens moins qu’avant : je ne suis ni lèche, ni menteur ». Nous prions pour que vous sortiez sans délai de vos égarements, Sire. Mais entre Pinocchio et Guignolo, il va vous falloir choisir.

blogs.lexpress.fr


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Décembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
27282930123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois