Agir face aux violences faites aux femmes

Reçu de Médecin du Monde
lundi 12 mars 2007
popularité : 1%

Chaque année, la journée internationale des femmes est l’occasion de dresser un bilan sur leur situation dans le monde. Chaque jour, Médecins du Monde soigne, écoute ces femmes et devient parfois le témoin des violences dont elles sont trop souvent les victimes, à l’intérieur de leur famille, au sein de leur groupe social, de leur communauté, ou encore commises au cours d’un conflit armé. Qu’elle soit sexuelle, physique, psychologique ou institutionnelle, cette violence a de graves répercussions sur la santé physique et mentale des victimes.

Source : www.medecinsdumonde.org

Chaque année, la journée internationale des femmes est l’occasion de dresser un bilan sur leur situation dans le monde. Chaque jour, Médecins du Monde soigne, écoute ces femmes et devient parfois le témoin des violences dont elles sont trop souvent les victimes, à l’intérieur de leur famille, au sein de leur groupe social, de leur communauté, ou encore commises au cours d’un conflit armé. Qu’elle soit sexuelle, physique, psychologique ou institutionnelle, cette violence a de graves répercussions sur la santé physique et mentale des victimes.

La lutte engagée en faveur des femmes nécessite une prise en charge pluridisciplinaire permettant aux victimes de bénéficier d’un traitement à la fois médical, social et judiciaire, comme au Guatemala, en RDC ou en Egypte mais aussi une sensibilisation des communautés locales au problème de la violence et enfin une formation du personnel local à une prise en charge globale, comme au Nicaragua ou en Haïti.
Par ailleurs, Médecins du Monde est partenaire de la prochaine exposition de Yann Arthus-Bertrand « 6 Milliards d’autres », dont le lancement est prévu en 2008. A partir du lien ci-dessous, vous pourrez visionner une série de portraits de femmes, victimes de violences, à travers le monde et extraits de cette future exposition.

Agir face aux violences faites aux femmes

Aucune personne ne peut se déclarer à l’abri. Les violences faites aux femmes touchent tous les pays, sur tous les continents. État des lieux des différentes actions mises en place par Médecins du Monde.

Les violences faites aux femmes ayant des visages multiples – brutalités physiques, agressions sexuelles, violences psychologiques, commises au sein de la famille, au travail, ou sur le lieu de vie en cas de conflit armé – l’association a mis en place différents programmes, en fonction des contextes.

« J’ai 19 ans. Quand j’étais âgée de 17 ans, mon frère aîné m’a violée, je suis tombée enceinte et j’ai dû avorter.[…] Personne, y compris mes parents, ne prenait ce crime au sérieux », raconte une jeune Pakistanaise. Si la loi du silence fonctionne le plus souvent dans ce genre de situation, il arrive que des femmes confient les violences qu’elles subissent. La consultation médicale représente d’ailleurs un lieu privilégié pour rompre le silence. C’est pourquoi MdM s’est emparé de ce problème de santé publique, en travaillant principalement sur les violences domestiques et les violences perpétrées en zone de conflit.

DES VIOLENCES MULTIPLES ET CACHÉES

Une femme sur cinq dans le monde est victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie [1]. Ce chiffre ne pourra baisser qu’avec une dénonciation systématique des violences, et notamment des violences domestiques. En Algérie, ce sont 60 % des femmes qui sont ainsi victimes de violences domestiques. Les acteurs de terrain, souvent situés dans des zones de conflit, ont enregistré quant à eux un nombre grandissant de viols utilisés comme armes de guerre, avec l’intention de transmettre volontairement le sida aux victimes pour leur assurer une mort « lente et douloureuse ». À Kalémie, en République démocratique du Congo, les consultations médicales de MdM ont relevé 63 cas d’agressions sexuelles par mois lors du premier trimestre 2006. Ces viols et autres violences perpétrés en zone de conflit ont des conséquences économiques et sociales radicales : les femmes sont humiliées, rejetées de leur communauté et de leur domicile. Elles sont alors seules et sans aucune ressource. Hormis les violences domestiques et celles commises en zone de conflit, les femmes peuvent également être victimes de la traite humaine, de prostitution forcée, de violences économiques et sociales, et de pratiques traditionnelles préjudiciables... C’est dans ce cadre de violence, de secret et d’humiliation que les acteurs de terrain doivent trouver leur place et la meilleure façon d’agir.

FAVORISER UNE APPROCHE PLURIDISCIPLINAIRE

À travers ses missions, MdM favorise deux approches complémentaires : une prise en charge pluridisciplinaire, de l’accueil des victimes jusqu’à l’analyse du contexte, accompagnée d’une démarche de plaidoyer, en appui sur un travail juridique avec des associations partenaires pour faire changer les choses. Pour les acteurs de terrain, il est indispensable de placer le soin, la santé mentale, le suivi social et la réinsertion des femmes au sein de leur propre communauté. Car beaucoup d’entre elles subissent une double victimisation : à la fois violentées et rejetées, elles se heurtent à une absence d’aide dans leur pays, pourtant indispensable pour surmonter l’épreuve.

Pour une prise en charge pluridisciplinaire des victimes

Détecter la violence, accueillir les victimes et leur proposer des réponses à la fois médicales et psychosociales... Les programmes mis en place pour les victimes de violences s’inscrivent dans une perspective à long terme, en France comme à l’étranger.

Comment dire la violence ? Le témoignage, point de départ de toute prise en charge efficace, reste une étape difficile à surmonter pour les femmes victimes de violences. Il revient donc aux équipes de l’association de l’accompagner le mieux possible, dans le respect de la confidentialité, et en vue de mettre en place le suivi le plus approprié. Un travail à long terme qui commence par un check-up médical permettant, en cas de viol, de détecter la présence de MST, du VIH, et de fournir des vaccinations contre le tétanos et l’hépatite B. À ce stade, les équipes peuvent établir des certificats médico-légaux qui établissent l’existence des violences. Il s’agit d’une étape cruciale pour la victime puisqu’ils permettent de lancer le processus judiciaire, à commencer par le dépôt d’une plainte. « Au Nicaragua, nous avons pu constater que seulement 15 % des plaintes déposées donnaient lieu à une procédure complète. La raison est simple : l’expert habilité à établir le certificat était un homme, ce qui décourageait d’emblée de nombreuses femmes », analyse Marie-Laure Deneffe, responsable de la mission au Nicaragua.
L’association, qui a inauguré un centre d’accueil pour les femmes et leurs enfants le 25 novembre dernier, a recruté une femme gynécologue qui peut désormais établir ces certificats et faire prendre conscience aux femmes de leurs droits.

DU SUIVI PSYCHOLOGIQUE À LA CONSTRUCTION DU PROJET DE VIE

Après l’expérience conduite auprès des enfants des rues au Mozambique et en Tanzanie, l’association ouvre en 1999 une mission à Kinshasa. « Dans un premier temps, nous avons constaté des besoins à travers une mission exploratoire. Nous avons ensuite cherché un partenaire local fiable. Nous avons monté notre projet aux côtés de l’association d’Aide à l’enfance défavorisée. Finalement, un réseau s’est monté entre les différents acteurs locaux », explique Didier Cannet, responsable de la mission. L’équipe commence donc par réhabiliter un centre d’accueil de jour préexistant. Un centre de prévention des MST et du VIH/Sida est ensuite monté aux côtés d’Africare pour répondre aux besoins des jeunes filles à la rue. Didier Cannet rappelle que « les enfants ne se retrouvent pas à la rue du jour au lendemain ».
L’échange des connaissances et des compétences des différents acteurs associatifs permet à la fois d’approcher beaucoup plus d’enfants, de mieux connaître leur histoire, et, surtout, de traiter les problèmes en amont. Le travail se fait alors avec les familles avant que l’enfant ne soit complètement livré à lui-même. Au-delà de la réinsertion, un nouveau défi doit être relevé : celui de la drogue. Face à des enfants accros à la colle, les problèmes ne sont plus les mêmes et les missions doivent s’adapter.

* * *
TÉMOIGNAGES

Lien - Bruggeman, ancienne coordinatrice médicale au Darfour

« Si les femmes parlent difficilement des violences dont elles sont victimes, cette situation est d’autant plus critique au Darfour. Dans un camp de déplacés, la communauté a tendance à se renfermer sur elle-même et les personnes vivent dans une grande promiscuité. En plus des femmes violées au nom du conflit, nous avons pu observer de nombreuses violences domestiques, accentuées par les conditions de vie déplorables à l’intérieur du camp de Kalma. Notre mission a consisté à assurer une prise en charge médicale, en proposant aux femmes une contraception d’urgence et une prévention du VIH et des MST, ainsi qu’un accompagnement individuel des femmes en vue de les déculpabiliser. Leurs témoignages sont recueillis confidentiellement par un membre de notre mission et nous sommes prêts à les accompagner jusqu’au procès. »

Marie Bruyns, coresponsable de la mission en Algérie

« Agir contre la conspiration des oreilles bouchées. »
« En Algérie, l’aide aux victimes de violences se heurte notamment à un code pénal et à un code de la famille discriminatoires à l’égard des femmes et des enfants. Ainsi un enfant victime d’inceste est considéré comme complice par la loi pénale et risque d’être condamné. En partenariat avec les associations locales, nous avons mis en place une ligne d’écoute gratuite et anonyme afin d’aider les victimes et de les inciter à témoigner. Nous organisons actuellement des formations destinées aux acteurs des structures d’accueil et bientôt à l’ensemble des intervenants concernés par la prise en charge des victimes : policiers, juges, médecins, psychologues. L’objectif est de renforcer leurs compétences, le travail en réseau et de les convaincre d’une attitude empathique et de soutien à l’égard des victimes afin d’agir contre la conspiration des oreilles bouchées. »

Pour reconnaître la violence et ses victimes

En plus d’une prise en charge purement médicale, MdM développe une prévention de la violence en sensibilisant les communautés et les autorités à l’importance d’une prise en charge et d’une réinsertion des victimes.

En République démocratique du Congo, les consultations prénatales ont permis de détecter les violences sexuelles et les grossesses résultant de viols. Mais il ne faut pas s’arrêter au traitement médical de ces violences. Dans chaque pays, nous devons nous adapter aux traditions pour faire prendre conscience aux victimes de la nécessité de ne plus être considérées comme des coupables. En Moldavie, une équipe travaille auprès de victimes de la traite humaine qui, de retour dans leur pays, ont des problèmes de réintégration dans la société. Comme elles ont perdu l’estime d’elles-mêmes, l’objectif est de les prendre en charge à tous les niveaux.

TRAVAILLER AVEC LES COMMUNAUTÉS

La violence résulte de facteurs historiques, culturels, économiques et politiques qui se perpétuent et lui permettent de rester souvent impunie. Sensibiliser comporte trois objectifs : la prise de conscience de l’existence d’une violence, la reconnaissance de la victime et la recherche d’une forme de pénalisation. C’est en passant par les chefs coutumiers et les leaders communautaires que nos équipes luttent contre la perception négative des victimes de violence. Les hommes sont encouragés à agir individuellement au sein de leur foyer mais aussi collectivement en association avec des organisations de femmes. Ils doivent réaliser que la violence est un crime dévastateur pour l’ensemble de la communauté et de la cellule familiale. Notre but est aussi de créer des réseaux d’acteurs locaux ou nationaux.

SOIGNER ET TÉMOIGNER

Le rôle de Médecins du Monde est également de dénoncer ces exactions à travers des témoignages, pour aboutir à une prise de conscience des comportements violents dans une société. Le recueil de témoignages s’avère précieux pour préciser les causes de violences répétées et donner du poids à notre parole auprès des autorités. Mais notre action doit s’appuyer sur la réelle volonté politique d’un gouvernement de pérenpérenniser les actions en faveur des droits humains. Les actions de plaidoyer s’intègrent donc dans nos missions. En Haïti par exemple, une collecte précise de données chiffrées est réalisée et analysée par nos équipes. Sans campagne de prévention et de sensibilisation, sans formation du personnel, sans justice condamnant les coupables, le phénomène de violence ne se tarira pas.

* * *
«  Créer une formation interne pour l’ensemble des missions  »

INTERVIEW DE ... Jérôme Larché, référent « violences faites aux femmes »

Pourquoi l’association intervient-elle sur les violences faites aux femmes ?

J.L. : Les femmes victimes de violences se confient souvent lors des consultations. C’est ainsi que de nombreuses missions de l’association ont rapporté l’ampleur du problème. Les violences faites aux femmes représentent une question de santé publique et touchent directement les médecins.

Quelle est l’approche de MdM sur cette problématique ?

Nous tentons d’aborder le problème dans son ensemble. D’une part, nous réalisons une prise en charge médicale, avec un accent particulier sur la prévention et le traitement du VIH (prophylaxie post exposition), et, d’autre part, nous intervenons sur l’aspect psychosocial de ces violences. Enfin, nous tentons de sensibiliser les communautés sur le problème. La plupart du temps, les femmes vivent une double victimisation : de la part de leur agresseur et de la part de leur entourage qui les rejette. Il est donc indispensable de travailler à la réinsertion des femmes dans leur communauté.

Quelles sont les perspectives de ces missions ?

Nous sommes en train de travailler sur cette problématique pour la traiter dans toute sa transversalité. Chacune des missions de Médecins du Monde est susceptible de se retrouver face à des femmes victimes de violences et l’objectif est qu’elles puissent y faire face. C’est pourquoi nous aimerions pouvoir mettre en place une formation interne à MdM pour intégrer cette problématique à l’ensemble des programmes.

Suite du dossier sur le site de Médecins du Monde
www.medecinsdumonde.org/presse
www.medecinsdumonde.org/terrain/videos
www.medecinsdumonde.org/terrain/thematiques

Notes :

[1] Selon le rapport de l’OMS sur la santé mentale dans le monde, 2001.


Commentaires

Agenda

<<

2019

 

<<

Février

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
28293031123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728123
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info