Razzy Hammadi : il faut faire payer les pauvres

lundi 5 octobre 2015
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Par Hubert Huertas

Ne dites pas à Razzy Hammadi, député PS, membre de la Commission des finances à l’Assemblée que nous sommes en 2015, et pas le 15 juillet 1914, date de création de l’impôt sur le revenu. Il croit qu’un Français sur deux, parce qu’il en est dispensé, ne « participe pas à l’effort collectif »...

Razzy Hammadi a déposé deux amendements dans la loi de finance, pour que tous les Français, y compris les plus pauvres, paient une participation, même symbolique. Il s’agit, dans son esprit, de « raffermir et de renforcer le lien républicain et citoyen » parce que « l’acte de contribution au bien public est quand même quelque chose d’important ». Noble préoccupation, mais légèrement antidatée… Il est vrai qu’en 1914, à la veille de la guerre, l’introduction d’un impôt progressif a soulevé des polémiques énormes, et que cette idée de cotisation universelle, en fonction des revenus de chacun, allait dans le sens de la justice patriotique. Y échapper c’était un peu déserter. Razzy Hammadi fait d’ailleurs référence à un autre choc national dans ses explications, puisqu’il cite les attentats de janvier. Dans son esprit, « l’impôt universel » serait une suite logique aux cortèges du 11 janvier. Vous marchiez, eh bien, payez maintenant...

Le problème, c’est que depuis 1914 beaucoup de courants fiscaux ont coulé sous les ponts. On continue de regarder ce fameux impôt sur le revenu comme la prunelle de notre système fiscal alors qu’il ne représente plus que le quart des recettes, à hauteur de 72 milliards. Depuis lors, on a inventé la TVA, qui représente presque la moitié des recettes de l’État. Sauf erreur de notre part, tout le monde paie cette TVA dans une somptueuse égalité, le PDG du CAC 40 et le chômeur au RSA. On peut même dire sans se tromper que tout ce que gagne un smicard est utilisé en consommation courante, et donc que sur douze mille euros par an, cet homme ou cette femme là, soupçonné de ne pas contribuer à l’effort collectif, doit donner au minimum 15 % de son salaire.

En 1991, on a aussi créé la CSG, et cet impôt universel, puisque payé par tous, fait rentrer presque 94 milliards par an dans les caisses de l’État. Là encore, le smicard verse automatiquement une somme, pas symbolique du tout, 7,5 % de ses revenus, soit environ huit cents euros annuels. Il se trouve que les moins riches doivent également se déplacer en voiture. Il n’est donc pas exclu que la taxe sur les produits pétroliers soit incluse dans leur litre de carburant quand ils passent à la pompe. Doit-on poursuivre avec les impôts locaux qui s’alourdissent, où faut-il continuer avec les taxes diverses dont la France a le secret.

Razzy Hammadi n’est pas le premier à proposer cette innovation, au nom de l’égalité. L’idée selon laquelle les moins favorisés seraient des pistonnés de l’impôt fait le bonheur des réseaux sociaux, et elle est énoncée sur le ton de l’évidence. Il se trouve qu’elle est absurde, et qu’elle sera audible le jour où une grande réforme fiscale remettra enfin à plat, en lui donnant du sens, le rapport des Français avec l’impôt. En attendant la concrétisation de ce qui fut la promesse phare de l’élu de 2012, des amendements surgissent donc, et surprennent quand même un peu. Tout au long de l’année le contribuable modeste, qui n’échappe ni à la TVA, ni à la CSG, ni au reste, entend dire que des mastodontes comme Apple ou Amazon, et tant d’autres, ne paient quasiment rien, et l’urgence serait soudain de créer une nouvelle tranche, rien que pour lui, au nom de l’union nationale.

Sans doute Razzy Hammadi, dans son retour à l’esprit de l’été 1914, est-il persuadé que ce sacrifice fiscal sera le der des ders, comme la Grande Guerre…

mediapart.fr


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