Un tout petit plus loin, en bas, à gauche

jeudi 26 novembre 2015
par  Agnès Maillard
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Par Agnès Maillard

L’heure est grave et commande à chacun de se draper dans ses oripeaux d’expert en géopolitique, sécurité intérieure, théologie appliquée et rituels funéraires. Mais le flux oblitère le cerveau, je reste l’œil rivé dans le petit bout de la lorgnette, éloignée du théâtre des opérations, comme je l’étais déjà des épicentres de la mondialisation heureuse. De toute manière, des experts, il y en a déjà partout, à la télé, dans les journaux et sur les terrasses des cafés, bleus de froid, blancs de peur et rouges de colère. Et toute la gamme des avis, des opinions, a été jouée, des témoignages les plus poignants aux remugles les plus répugnants.

Un tout petit plus loin, en bas, à gauche, j’ai regardé mon chat mourir. Enfin, non, j’ai voulu retarder l’inéluctable, le temps de me rendre compte qu’il y a d’autres flux, d’une indifférence inexorable, qui ne suspendent même pas un instant leur vol. La vie, la mort, tout ça. Le grand chrono du temps qui nous mastique, nous recrache et nous avale enfin. C’était un sacré chat, un marqueur historique. D’avant Charlie, d’avant Daesh, d’avant Sarko et sa sombre clique, d’avant la baffe à Jospin et d’un Le Pen au second tour. D’avant même la chute des deux tours et le commencement de la guerre éternelle contre le terrorisme.

Il est arrivé chez nous comme le font les chats, par effraction. Elle nous avait fourgué la panière deux étages dans laquelle il n’a jamais daigné s’installer, un lion en peluche façon Crédit Lyonnais qu’il étranglait avec une belle constance, un immonde sweat à capuche en polaire en guise de matelas et que j’utilise toujours comme veste d’intérieur et nous a collé le matou dans les pattes en déclarant : « Je vous le laisse un mois, deux au pire, le temps d’aller voir l’amour de ma vie, et je le reprends. » Des deux propositions de cette phrase, l’une était forcément fausse. Elle n’est donc jamais revenue.

Les chats, ça ne s’apprivoise pas. Ça ne s’adopte pas. Ça ne se dresse surtout pas. C’est un peu comme un coloc’ : des fois ça colle tout de suite, des fois pas du tout. Avec lui, ça a été compliqué. D’abord parce qu’il s’était déjà choisi une maitresse, une maison et une vie et ce n’était pas chez nous. Il nous l’a bien fait payer : attentats urinaires, re-décorations murales, rideaux ajourés et meubles labourés. On a fini par s’habituer à notre nouvelle déco de squatteurs et au service serpillère à la demande. On a bien essayé le coup du retour à l’envoyeur. On avait programmé un aller simple par avion au-dessus de l’Atlantique et paf, nos petites affaires se prennent les pieds dans la grande Histoire, c’est le 11 septembre 2001 et les restrictions de vol, de nouvelles règles sanitaires et impossible de renvoyer le mauvais coucheur avec son mal des transports sans le condamner à mort à l’arrivée.

Alors il reste. Il voit mourir notre premier chat et arriver un nouveau rescapé, toujours un peu tombé du ciel, puis un bébé et un déménagement qui sera la révélation pour cet animal né dans une grande ville : la campagne, immense, rien que pour lui, son terrain de jeu et d’exploration. Les chats, ça ne s’apprivoise pas, ce sont eux qui finissent par nous adopter. Peut-être qu’un jour, il a estimé qu’il nous avait suffisamment bien dressés. La gosse a grandi avec lui, on s’est tricoté des tas de petites habitudes, de codes, de gestes, de rituels. Et toutes ces choses inracontables : les jeux, les calins, les siestes d’hiver, les séances cinéma maison avec les genoux retournés, la taxe féline sur les découpes de poulet, les modulations de miaulement, les embuscades derrière les portes, les inspections de cartons, paniers, sacs, même les trucs ridiculement trop petits, la course au soleil, le partage des prises de guerre ou même cette manière unique de montrer son agacement d’une petite tape sans sortir les griffes.

Autant de petits vides et de grandes absences à présent. Comme me le disait ce matin mon père au téléphone quand j’ai eu fini de lui raconter l’ultime visite chez le véto : « C’est marrant, ça faisait longtemps que nous n’avions pas eu une conversation sans parler de politique ! »

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Brèves

Témoignage vidéo éclairant

jeudi 29 novembre 2007
Villiers-le-Bel

dailymotion.com

Sur cette vidéo, un riverain, présent quelques minutes après la collision
entre la voiture des policiers et la moto des 2 jeunes, nous apprend
notamment que les policiers ont déplacé la moto et l’ont rapprochée des deux
corps.

La presse est pour l’instant muette sur ce témoignage qui fournit certains
détails importants.

L’aveu de Sarkozy

dimanche 18 novembre 2007

LE NON L’EMPORTERA LORS D’UN RÉFÉRENDUM SUR LE TRAITÉ « SIMPLIFIÉ »

Bruno Waterfield, le correspondant à Bruxelles du quotidien britannique The Telegraph révèle que Nicolas Sarkozy, devant un groupe de parlementaires européens réunis à huis-clos, a admis que « des référendums sur le nouveau traité européen étaient ‘dangereux’ et perdants en France, en Angleterre et dans d’autres pays. Il y a un gouffre entre les peuples et les gouvernements »

Parlant du référendum du 29 mai 2005, Sarkozy a dit que « La France n’était qu’en avance sur les autres pays dans son vote pour le NON. ». « La même chose arriverait dans tous les Etats membres si un référendum y était organisé », a-t-il ajouté. « Un référendum aujourd’hui mettrait l’Europe en danger. Il n’y aura pas de traité si un référendum a lieu en France, et il en va de même pour un référendum au Royaume-Uni. »