La lutte contre la pollution entre les mains câlines de l’industrie

dimanche 13 décembre 2015
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Par Fabrice Nicolino

Ami lecteur, sais-tu comment on calcule les émissions de gaz à effet de serre d’un pays ? Si un pays ne déclare pas ce qu’il émet à la Convention-Cadre des Nation Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), c’est le merdier, car on ne peut alors négocier une baisse éventuelle.

Or il est (presque) trop facile de truander. Ainsi, la Chine totalitaire vient de reconnaître qu’elle avait dissimulé pendant des années la combustion de milliards de tonnes de charbon, changeant du même coup la face entière du dérèglement climatique. Et en France ? Charlie a déjà parlé des importations cachées de gaz à effet de serre, qui passent à l’as alors qu’elles représentent la moitié des émissions officielles. Mais, grâce à l’histoire, on apprend un peu mieux comment les grands ingénieurs techniques – comme ceux des mines – se sont emparés du sujet sans que personne ne songe à moufter.

Dès le départ, la question de la pollution atmosphérique est placée en de bonnes mains. En 1959, le régime gaulliste crée le Comité d’Action Technique contre la Pollution Atmosphérique (CATPA), dont le président, Louis Armand, est aussi le patron des houillères de Lorraine, très gros pollueur. Les industriels du charbon complètent l’équipe de direction. Armand, ingénieur des mines, aime tant l’industrie qu’il se fend, en 1961, d’une lettre merveilleuse où il annonce le lancement du Centre Interprofessionnel Technique d’Études de la Pollution Atmosphérique (CITEPA). Extrait : il est très « réconfortant » de constater, note Armand, que « les industriels ont décidé, eux, d’étudier et de promouvoir les thérapeutiques les plus efficaces » contre la pollution de l’air.

En 1961, lancement du CITEPA, d’emblée dirigé par l’ingénieur Jean-Paul Détrie, employé par la Shell, qui a eu l’obligeance de la détacher au service de la grande cause. On trouve parmi les fondateurs l’industrie du pétrole, celle de la chimie, l’ex-CNPF (le patronat), EDF, Gaz de France. Le résultat, cinquante ans plus tard, est étincelant : en octobre 2013, l’OMS a classé la pollution de l’air extérieur dans la catégorie des « cancérigènes avérés ». Quel rapport avec le dérèglement climatique ? Le voici : le CITEPA, qui existe toujours, établit chaque année un pompeux inventaire national des émissions de gaz à effet de serre. Le Conseil d’administration, en 2015, compte les habituels compères des industries de la bagnole, de la chimie, du pétrole, et le Medef en tant que tel.

Peut-on avoir confiance ? Les documents officiels du CITEPA sont assez distrayants, car ils insistent sans se faire prier sur les « incertitudes » de leurs calculs. L’inventaire de 2013, que Charlie a pu lire avec intérêt, estime ces dernières à 47 % pour le monoxyde de carbone, à 44 % pour les composés organiques volatils non méthaniques, à plus de 75 % pour les particules totales en suspension (TSP, selon le sigle anglais). Et pour l’ensemble des gaz à effet de serre, 20 %.

Ne pensons surtout pas aux autres inventaires, ceux de Russie ou de Chine, d’Inde ou du Brésil, du Nigéria ou d’Algérie, de Syrie ou d’Arabie Saoudite, d’Iran ou d’Indonésie, de la Bulgarie ou de l’Azerbaïdjan. Chut…

Fabrice Nicolino

Charlie Hebdo N° 1219 du 2 décembre 2015


Commentaires

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La lutte contre la pollution entre les mains câlines de l’industrie
samedi 19 décembre 2015 à 10h01 - par  bidul38

Les manifestations pour défendre le climat sont nécessaires. Mais je pense qu’il faudrait que le monde entier manifeste contre les évasions fiscales, les retraites chapeaux,
les dividendes indécents, la haute finance. Car si on commence par là, le climat s’améliorera puisqu’il n’y aura plus à faire des bénéfices extraordinaires pour faire plaisir à tous
ceux qui bénéficient de ces avantages. Plus à détruire des régions entières comme en Allemagne pour produire un charbon de mauvaise qualité qui pollue énormément. Les
énergies alternatives deviendrons automatiquement en pointes et créeront des emplois.

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jeudi 7 janvier 2016 à 15h25 - par  goucho

Bien dit !
C’est bien le « Système » écononico-politico-financier qu’il suffit de changer pour résoudre la plupart des problèmes de la planète (je veux dire de l’humanité sur sa planète). Ce ’Système’ maintient ses rentes, empêche le bon sens d’advenir. C’est un prédateur criminel contre l’humanité - preuves à l’appui.
Seulement "il" a réussi par petits pas à verrouiller nos institutions, à corrompre nos dirigeants etc ..
Nous nous sommes laissés avoir, pris dans une impasse dictatoriale de fait. Les preuves abondent malheureusement.

Maintenant que ce système n’est plus viable, ’on’ nous demande de faire des efforts pour en réparer les dégâts SANS RIEN CHANGER des conditions qui les ont causées ! On appelle cela développement durable : une supercherie (géniale) de plus du ’Système’.

La conclusion est évidente, il suffit (condition nécessaire mais non suffisante) de se débarrasser de cette prédation de l’argent au pouvoir.
Conclusion que nous connaissons depuis les années 70 (en fait depuis des millénaires) quand des écologistes fous et irresponsables nous annonçaient - les imbéciles - les désastres que l’on ne peut plus nous cacher aujourd’hui.

On a inventé la démocratie pour cela. Il suffirait, soyons fous, de l’instituer.
Vaste programme.
C’est une tache délicate de révolutionner !

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