Les bouleversements environnementaux et le changement climatique au Tibet

jeudi 17 décembre 2015
popularité : 1%

Au lendemain de la COP21, l’acteur américain Richard Gere, en sa qualité de Président du Conseil d’Administration de l’ONG International Campaign for Tibet, organisation membre de la FIDH, intime les dirigeants de la planète à intégrer le fait que « le Tibet doit être une priorité majeure dans la discussion mondiale sur le changement climatique ».

Par Richard Gere

Ce 10 décembre 1989, le Dalaï Lama venait juste de sortir de son hôtel dans le crépuscule hivernal d’Oslo, après avoir reçu le Prix Nobel de la Paix. J’étais parmi les supporters venus des quatre coins du monde célébrer ce moment symbolique : la première reconnaissance mondiale, non seulement pour cet humble moine en exil, mais surtout pour sa cause, son pays, ainsi que pour le peuple tibétain et sa culture de sagesse. Le protocole n’était alors pas encore aussi strict qu’aujourd’hui, et le Dalaï Lama put marcher un moment parmi nous avant d’être emporté par un cortège d’automobiles vers d’autres réunions ; nous étreignant un par un tandis que la lueur de nos bougies vacillait dans l’obscurité. La foule se mit spontanément à chanter, dans de nombreuses langues différentes, mais qui d’une manière ou d’une autre se transformèrent en une seule langue, un seul chant, une seule voix.

Ce fut l’un de ces moments magiques et inoubliables, et je m’en souviens cette année avec une émotion particulière, cet anniversaire du 10 décembre coïncidant avec la Conférence de Paris sur le Climat (COP21), cruciale à la survie de notre belle planète. L’une des raisons pour laquelle le Prix Nobel de la Paix fut attribué au Dalaï Lama fut la promotion de l’interdépendance mondiale qu’il fit, ainsi que son engagement pour la protection de l’environnement. Dans son discours d’acceptation du Prix, il déclara ainsi : « La science comme l’enseignement du Bouddha nous parlent de l’unité fondamentale de toutes choses. Il est crucial de comprendre ceci si nous voulons agir de manière positive et décisive sur l’urgent problème mondial de l’environnement. » Cette vision des choses n’a jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui, alors que les gouvernements tentent de se mettre d’accord sur un nouveau traité international visant à limiter les émissions de carbone et à apporter une assistance financière aux plus pauvres, qui seront les plus durement touchés par une menace potentiellement plus destructrice qu’aucune guerre ou catastrophe naturelle jamais connue.

L’une des découvertes les plus alarmantes des scientifiques du monde entier – y compris chinois – est que le Tibet, pays natal du Dalaï Lama désormais sous contrôle de la Chine, se réchauffe presque trois fois plus vite que le reste de la terre. Et cela nous concerne tous. D’une taille équivalente à celle de l’Europe de l’Ouest, le plateau le plus haut et le plus grand de notre terre, le « toit du monde » est aussi connu sous le nom de « Troisième Pôle », parce qu’il contient la plus grande réserve d’eau douce en dehors de l’Arctique et de l’Antarctique. Les changements climatiques qui s’y produisent affectent non seulement la mousson en Asie, mais également le temps qu’il fait en Europe et jusqu’aux tendances météorologiques de tout l’hémisphère Nord. Le Tibet pourrait donc être un donneur d’alerte pour le reste de la planète. La plupart des grandes rivières d’Asie, telles que le Yangtsé, le Mékong et le Brahmapoutre prennent leur source au Tibet ; son écologie fragile a donc une importance critique pour les centaines de millions de personnes dépendantes de cette eau en aval. Pourtant, le gouvernement chinois, dans une relative indifférence de la communauté internationale, a construit et construit aujourd’hui encore des barrages sur toutes les grandes rivières qui découlent du plateau tibétain – l’une des régions du monde les plus instables et les plus actives sur le plan sismique – avec des conséquences potentiellement dévastatrices.

Depuis des milliers d’années, dans les vastes prairies tibétaines, les nomades pastoraux ont développé un mode de vie durable spécialement adapté aux conditions rudes, migrant avec leurs troupeaux de yaks et de moutons en fonction des saisons. Aujourd’hui, les autorités chinoises les déplacent de leurs terres ancestrales et les réinstallent dans de lugubres villages artificiels en béton, provoquant à la fois la destruction des communautés et une dégradation accrue de l’environnement. Et cela malgré les nombreuses voix fiables de spécialistes et d’experts des pâturages s’ajoutant au consensus scientifique mondial selon lequel la gestion des terres par les populations indigènes ainsi que la mobilité des troupeaux sont essentielles à la bonne santé des prairies et aident à atténuer le réchauffement climatique. Les glaciers du Tibet fondent à toute allure, et en déviant les rivières qui en découlent vers des villes chinoises bien éloignées du plateau, la Chine réalise ses objectifs stratégiques sans aucun respect des besoins des pays en aval. Les conséquences transfrontalières du contrôle du Tibet par la Chine sont plus importantes que jamais. L’accès à l’eau est désormais une affaire de sécurité pour toute l’Asie de l’Est et du Sud-Est. Compte tenu de son importance cruciale, l’impact du changement climatique et la pénurie d’eau sur le plateau tibétain est non seulement un problème régional, mais également un problème mondial.

Et pourtant, il n’est pas trop tard. Les dirigeants chinois ont déjà reconnu la gravité de la crise environnementale à laquelle ils font face. Les conséquences désastreuses de la croissance industrielle sur l’environnement ont convaincu de nombreux chinois que s’attaquer au changement climatique et protéger l’environnement était dans leur intérêt national et personnel. Et comme un nombre croissant d’environnementalistes et d’experts chinois l’a clairement expliqué, ceci doit inclure la protection du plateau tibétain. À l’heure du XXIème siècle, il est temps de mettre un terme au déplacement forcé des nomades de la prairie tibétaine et de faire participer les tibétains à la gestion de leurs terres. Un nouveau rapport de International Campaign for Tibet, publié en marge de la COP21, souligne que de nouvelles stratégies, basées sur un dialogue inclusif entre les communautés vulnérables, les gouvernements locaux et régionaux ainsi que les experts, scientifiques et ONGs chinois, tibétains et asiatiques, sont nécessaires. Un cadre régional pour la bonne gouvernance et la gestion des ressources en eau doit être développé de toute urgence entre les nations d’Asie du Sud et du Sud-Est, y compris la Chine. Comme l’a déclaré le Dalaï Lama : « Cette planète bleue est notre seule maison, et le Tibet en est le toit. Le plateau tibétain a besoin d’être protégé, non seulement pour les Tibétains, mais pour la santé et la pérennité du monde entier. »

Le fait que le Dalaï Lama, chef tibétain en exil, n’ait pu assister aux négociations à Paris, fut à mon sens une grande perte pour le monde entier. Il est toutefois impératif que nous portions la plus grande attention au discours qu’il prononça le 10 décembre dernier à l’occasion de l’anniversaire de cet après-midi de 1989, et que nous insistions à Paris et au-delà que le Tibet doit être une priorité majeure dans la discussion mondiale sur le changement climatique. Et que malgré les revendications territoriales chinoises, le Tibet nous appartient à tous.

Tribune publiée en anglais sur Aljazeera et dans le Volskrant en Hollande le 12 décembre.

blogs.mediapart.fr


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Décembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
27282930123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

Protégez les loups

samedi 22 juillet

Protégez les loups
en vous promenant