Big Brother, fils naturel de Daech

jeudi 31 décembre 2015
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Par Antonio Fischetti

Nos comportements sont de plus en plus analysés par des caméras dites "intelligentes". Pour nous protéger, dit-on... Mais aussi pour nous faire consommer. De la lutte antiterroriste à la pub, les passerelles sont déjà prêtes.

Les djihadistes peuvent trembler. La SNCF a annoncé qu’elle allait se doter de caméras capables des détecter les "comportements suspects". La vidéosurveillance à la papa, c’est fini : les caméras d’aujourd’hui sont dites "intelligentes". C’est-à-dire qu’elles ne se contentent plus d’enregistrer bêtement les images, mais elles les envoient à un logiciel capable de décortiquer les moindres faits et gestes. Et là, tout devient possible, ou en tout cas c’est pour bientôt. Un comportement suspect, c’est quoi ? Marcher à contresens, trop lentement, ou trop vite, hésiter, ou se retourner dans la foule... On imagine qu’il sera bientôt possible de détecter des phénomènes plus intimes, comme un surcroît de transpiration ou une accélération du rythme cardiaque à l’approche d’une patrouille de flics.

Une caméra qui prend les gens pour des cons

Cependant, les caméras intelligentes ne sont pas encore parfaites, à ce qu’il paraît, car elles donnent beaucoup de "fausses alertes", en signalant comme "suspects" de braves passants n’ayant rien à se reprocher : le dragueur qui se retourne sur une fille, le SDF qui fait les poubelles, ou le touriste qui s’attarde pour prendre une photo, tous ces gens pourront se retrouver fichés à l’aune de la normalité policière. En fait, la caméra intelligente a surtout tendance à prendre les gens pour des cons. Pourtant, en soi, l’idée de repérer les comportements suspects n’est pas nouvelle. Les douaniers ont toujours fait ça, juste avec leurs yeux et leur fameux "flair". Le problème de la vidéosurveillance à outrance, c’est qu’il est impossible de demander à un contrôleur de surveiller efficacement une trentaine d’écrans à longueur de journée. D’où l’idée de faire prendre les décisions par des machines.

La reconnaissance automatique de visages est déjà couramment utilisée. Par exemple, pour identifier les casseurs dans les manifs, les hooligans dans les stades ou les joueurs interdits de casino. Tout cela pour notre sécurité, évidemment. D’ailleurs, le mot "vidéosurveillance" est de plus en plus remplacé par celui, plus rassurant, de "vidéoprotection". Et développer les moyens de détection des malfaisants, qui s’en plaindrait dans un pays ou plus d’un tiers des gens votent Front National ? Depuis 2009, l’Union Européenne finance un projet baptisé Indect, destiné à développer « un système intelligent d’information permettant l’observation, la recherche et la détection en vue d’assurer la sécurité des citoyens ».

Sous prétexte de combattre le crime, le terrorisme et la pédopornographie, il s’agit de relier l’immense quantité d’infos récoltées tous azimuts. Tout ce qu’il est possible de savoir de vos déplacements, communications téléphoniques, achats, consultations de sites Internet, comportements dans les lieux publics, etc., tout cela sera réuni dans le cadre d’une surveillance - euh, pardon, protection - globale. on pourra imaginer les scénario suivant : un logiciel aura repéré que vous avez assisté à un concours de "mini-Miss", un autre que vous avez ralenti en passant devant une école primaire, et un troisième que vous avez acheté une peluche sur Internet... et cela suffira à vous classer potentiellement pédophile.

On connait l’argument : si vous n’avez rien à vous reprocher, où est le problème ? En démocratie, ce fichage ne permet théoriquement pas d’emprisonner des innocents (quoique...). En revanche, il est déjà très utilisé pour les faire consommer. Avant même les flics, les professionnels du marketing ont su tirer profit de la vidéosurveillance pour décortiquer les comportements des clients des supermarchés : s’ils hésitent devant un rayon, s’y attardent, bâillent ou bavent d’envie... Cela afin d’augmenter encore plus les ventes. Aujourd’hui, les techniques ont évolué. Une caméra filme les passants dans la rue ou dans les files d’attente des caisses, identifie en temps réel leur sexe, leur âge (et bientôt leur état émotionnel à partir de leur visage), puis envoie l’info à un ordinateur qui diffuse la pub la mieux adaptée (boisson énergisante pour jeunes garçons, crème de beauté pour femmes mûres...).

De tels systèmes existent déjà aux États-Unis ou au Japon. Au bout du compte, au motif de protéger nos vies, la vidéosurveillance "intelligente" va surtout vider nos portefeuilles. Les premiers bénéficiaires de la lutte antiterroriste sont les soldats de la barbarie publicitaire.

Charlie Hebdo N° 1223 du 30 décembre 2015


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Brèves

Nouvelle convocation José Bové au tribunal d’instance

samedi 8 décembre 2007

Reçu du "Collectif des faucheurs Volontaires Rhône-Loire"

José se retrouve à nouveau devant la JAP lundi 10 décembre au matin, il faut à nouveau tous être présents pour soutenir la fin de toutes les condamnations contre les militants anti-OGM.

RAPPEL :

Lundi 12 novembre, José Bové est ressorti libre du bureau de la juge d’application des peines du tribunal de Millau. La magistrate et le porte-parole des Faucheurs volontaires ont discuté de la façon dont celui-ci pourrait accomplir la peine que lui a infligée la cour d’appel de Toulouse le 15 novembre 2005 : quatre mois de prison ferme, en tant que récidiviste, pour avoir participé au fauchage d’un champ de maïs transgénique le 25 juillet 2004 à Menville (Haute-Garonne).

En droit, la juge pouvait placer M. Bové sous bracelet électronique, mesure que le leader paysan avait par avance rejetée. Ce refus aurait pu justifier sa mise en détention immédiate. Selon son avocat, Me François Roux, José Bové a indiqué qu’il acceptait un aménagement de sa peine, qui pourrait prendre la forme de "jours amendes". La juge l’a convoqué le 10 décembre, pour un débat contradictoire avec le procureur.

cactus pubis

samedi 24 novembre 2007

Au poil !

Un cactus sur lequel poussent des poils pubiens ?

Voilà qui ne manque pas de piquant. Cette œuvre conçue par Laura Cinti est l’une des pièces phares du Festival international des sciences d’Edimbourg, en Ecosse. Pour réaliser The Cactus Project, l’artiste “transgénique” dit avoir introduit du matériel génétique humain dans le génome d’une cactée.

En 2000, l’artiste brésilien Eduardo Kac avait déjà exposé un lapin transgénique vert fluorescent, doté d’un gène de méduse. Si le directeur du Scottish Arts Council – l’ancien évêque d’Edimbourg – a quelques réserves en ce qui concerne la manipulation d’animaux, l’œuvre de Laura Cinti ne lui pose pas de problème éthique. “Faire pousser des poils pubiens sur un cactus ne fait de mal à personne”, estime-t-il.

courrierinternational