#NuitDebout : Mohamed et les murs de la course d’obstacles

mardi 19 avril 2016
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Par Le Partageux

On trouve tout aux Nuits Debout : du blanc, du noir, du rouge de colère, du jeune et du beaucoup moins jeune, des intellos et des prolos avec ou sans boulot. Et puis Mohamed et sa fille.

Mohamed est venu ce soir de son quartier éloigné du centre-ville. Mohamed, bientôt cinquante ans, voulait nous rencontrer pour raconter les murs à franchir : le mur maghrébin qu’on lui oppose toujours bien qu’il soit né en France ; le mur musulman toujours renouvelé parce que « des imbéciles, pas des musulmans mais des imbéciles, ont fait des massacres abominables que pas un être humain digne de ce nom ne peut accepter » ; le mur pauvre que la mairie — on vient de changer de municipalité — continue à ériger en supprimant le peu qui existe dans son quartier au prétexte des économies à faire. Mohamed est intarissable : « Les jeunes du quartier n’ont qu’une cave minable pour salle de prière. Minable et bien trop petite. Pourtant, dans le quartier, il y a des bâtiments inoccupés depuis des années. Mais on n’a jamais pu en avoir un. On a proposé de payer un loyer. On a proposé de tout remettre en état nous-mêmes. Mais on nous refuse toujours tout dès que c’est pour une salle de prière. On voit bien qu’on ne veut pas des musulmans. »

« On vit ensemble dans notre quartier » (Il appuie sur le mot “ensemble” chaque fois qu’il le prononce). « C’est un quartier pauvre avec beaucoup d’habitat social. Nous sommes originaires de France, d’Afrique, des Antilles, du Moyen-Orient, d’Europe de l’est et de toute l’Asie. Nous parlons des dizaines de langues différentes. Il y a des catholiques, des musulmans, des coptes, des bouddhistes, des protestants, des orthodoxes et beaucoup d’incroyants. On fête ensemble l’Aïd, la fin du ramadan, le nouvel an kurde et le nouvel an chinois. On fête ensemble Noël. Mais oui, bien sûr, les musulmans fêtent Noël ! Essayez donc de trouver une famille musulmane où les enfants n’ont pas des cadeaux pour Noël ! Dans notre quartier tout se passe bien entre nous. Alors qu’on vous raconte toujours que c’est la guerre. Parce que les jeunes n’ont pas d’emploi, pas de revenu, pas de but et qu’ils tiennent les murs à longueur de journée avec la honte et la colère à l’intérieur qui ne demande qu’à sortir. »

La fille de Mohamed, quatrième génération à vivre dans notre ville, doit encore sauter le mur immigré et le mur musulman pour trouver un emploi. « Comment je lui explique, à ma fille, pourquoi elle doit prouver chaque jour qu’elle est française quand son père, et mon père, son grand-père, nous sommes nés ici dans la même maternité qu’elle ? Que mon père avait comme moi et comme elle la nationalité française. » Mohamed a dépassé depuis très longtemps les deux minutes imparties mais personne ne songe à le lui dire. Toute l’assemblée l’écoute dans un silence quasi-religieux. Sa fille, il en parle beaucoup et on voit bien qu’il en est très fier. Elle a fait de bonnes études. Et maintenant ? Elle rame ! « Qu’est-ce que je peux lui dire ? C’est moi qui l’ai toujours poussée à aller plus loin dans ses études en lui disant qu’elle aurait un bon métier et un bon emploi. Pourquoi elle a tant de mal à trouver autre chose que des contrats précaires ? Et pourquoi elle doit donner l’adresse d’une copine du Neuilly local ? Le nom de notre rue, c’est le plus sûr moyen de ne jamais avoir un entretien d’embauche. C’est pas en France, notre quartier ? Et notre rue, ça annule toutes ses années d’études ? Et pourquoi des portes se ferment quand on voit sa couleur de peau ? On lui a donné un prénom français et ça ne suffit pas encore. »

Karim sourit en écoutant Mohamed. Karim, je le connais depuis belle lune. Il est musulman comme je suis chrétien. Athée avec une culture héritée de la famille et de la société où nous vivons. Karim, la quarantaine, c’est un militant multicartes. Immigrés, sans papiers, Palestine, racisme, Droits de l’Homme, Resto du Cœur et Secours Populaire, il est toujours là quand l’un de ces sujets arrive sur le tapis. Et Karim se marre doucement. Mohamed réussit un truc que personne ne réussit vraiment à faire. Monter cette mayonnaise-là avec toute une assemblée. Parvenir à dire et faire approuver par tous que l’exclusion des musulmans est un racisme.

yetiblog.org


Commentaires

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#NuitDebout : Mohamed et les murs de la course d’obstacles
samedi 23 avril 2016 à 14h38 - par  bidul38

Je suis triste de voir cela. Malheureusement des Mohamed il y en a de partout. Nous entendons le mot : INTÉGRATION, mais l’intégration c’est dans les deux sens. Il faut que l’indigène accepte
le nouveau venu. J’ai soixante deux ans. Mon père a échappé à la guerre d’Algérie de peux car il était soutient de famille. Mais mes oncles y sont allés et après tous les maghrébins étaient mis
dans le même sac et appelés de tous les noms. J’étais toujours gêné d’entendre ces noms. Puis j’ai travaillé dans le BTP et j’ai côtoyé nombres de ces travailleurs venus de l’autre côté de la méditerranée.
J’ai fait de mon mieux pour être correct et sympa avec eux. Certains mon envoyé une carte postale, un autre m’a rapporté des dattes et quand dans ma ville j’ai l’occasion d’en croiser un qui est resté en France pour la
retraite, je suis toujours heureux de lui serrer la main et de discuter avec lui. Cependant je ne suis jamais allé chez eux, ni eux venu chez moi. Je crois que je ne dois pas être le seul dans ce cas.
C’est un sujet de discussion que j’évite avec les copains, amis et même la famille, sinon je ne parlerai à plus personne. Pour tous, "ces gens là ne sont pas comme nous et ne peuvent pas s’intégrer". Ça me
rend malade d’avoir un esprit si étroit. Bien sûr il faut que les arrivants s’adaptent, mais il faut aussi que les locaux les aident.
À quand un jumelage d’une ville ou d’un village français avec une ville ou un village algérien ? C’est mon utopie. Car je pense que malheureusement je ne le verrai pas.

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lundi 8 février 2016

Le Liban boycotte le salon du Livre

jeudi 28 février 2008

Le ministre libanais de la Culture annonce que son pays boycottera le Salon du livre de Paris, en raison de la participation d’Israël, invité d’honneur de cet événement prévu du 14 au 19 mars.

Une dépêche de l’Agence France Presse indiquait mercredi :

"Le ministère de la Culture va s’abstenir de participer (au Salon du livre) cette année, pour protester contre la décision des organisateurs de nommer Israël comme invité d’honneur à l’occasion du 60e anniversaire de (la) création" de l’Etat hébreu, a annoncé le ministre Tarek Mitri dans un communiqué.

europalestine.com