Incendie à Fort McMurray : les mots me manquent pour parler de cet enfer

jeudi 12 mai 2016
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Par Yves Paccalet

Un incendie colossal, hors normes, gigantesque, inimaginable, presque sans égal dans l’histoire de l’humanité. Les mots manquent pour qualifier cet enfer. Les chiffres font défaut pour mesurer l’ampleur d’un tel désastre…

Des milliers de maisons sont en cendres, dévorées par des flammes de plusieurs dizaines de mètres de hauteur, qui s’entretiennent et se renforcent les unes les autres dans un maelström de brindilles crépitantes, de tisons qui s’éparpillent et d’étincelles rouge et or, semblables à de funestes feux d’artifice… Des légions de sapinettes noires, de sapins baumiers, de pins gris, de bouleaux partent en nuées noires. Une fumée âcre et angoissante asphyxie les êtres vivants et obscurcit la lumière du soleil. Des arbres géants se volatilisent ainsi que des fétus de paille. Rien de végétal ou d’animal ne survit à ce brasier d’apocalypse.

Une localité meurt dans cet holocauste

Les humains sont terrorisés. Au désespoir, ils désertent leurs habitations. Ils fuient leur cité vouée à la folie du feu. Cela se passe au Canada, dans la province d’Alberta. La localité qui meurt dans cet holocauste s’appelle Fort McMurray. C’est l’une des capitales du "nouvel or noir" d’Amérique : les schistes ou sables bitumineux. Le "pétrole de terre". Lourd, très lourd, à tous les sens du terme. Plus de 150.000 sinistrés des flammes sont contraints de s’exiler dans la panique, sans rien emporter ou presque de leurs biens, de leurs documents, de leurs souvenirs, des précieuses images de leur vie personnelle. Des milliers de réfugiés s’éloignent dans d’interminables cortèges de voitures, jetés sur l’unique route qui permet d’échapper à la contrée maudite, et qui mène au sud, vers les grandes villes d’Edmonton et Calgary.

"Je n’ai jamais rien vu, ni même imaginé de tel"

Ces enfants, ces femmes, ces hommes ont tout perdu, presque jusqu’à leur âme. "Je n’ai jamais rien vu, ni même imaginé de tel", raconte une mère de famille. "J’ai pensé à Hiroshima : désormais, tout est en cendres, notre maison comme notre existence…" Un homme lui répond : "Ces derniers jours, j’avais regardé à la télévision les images d’Alep ravagée par la guerre, en Syrie : notre guerre à nous s’appelle l’incendie de forêt." Les victimes ne reviendront pas voir leur habitation détruite par les flammes avant des semaines. Ils ne la reconstruiront pas avant des années.

Impossible d’éteindre la "Bête"

Les pompiers, qui en ont pourtant vu beaucoup, surnomment le feu de Fort McMurray "la Bête" ou "le Monstre". Ils sont des centaines à s’escrimer au péril de leur santé et de leur vie, avec des Canadairs, des hélicoptères, des camions citernes, etc. Mais ils n’y parviennent pas ! Les responsables administratifs et politiques de la province et du pays le reconnaissent : le sinistre est "totalement hors de contrôle". Impossible de le circonscrire, encore plus de l’éteindre. Le samedi 7 mai, les flammes ont déjà ravagé plus de 100.000 hectares d’arbres, de broussailles et d’habitations : 1.000 kilomètres carrés, presque la superficie du Val-d’Oise, dix fois celle de Paris ! Le dimanche 8 mai, le sinistre a doublé son aire de destruction : 200.000 hectares se sont envolés en fumée ; 2.000 kilomètres carrés, quasiment la surface des Yvelines, vingt fois celle de Paris ! À l’heure où ces lignes sont écrites, on en est là, mais la météo n’est pas favorable. On espère voir tomber l’eau du ciel, mais il ne pleuvra pas avant plusieurs jours, et les vents resteront soutenus. Une responsable du ministère canadien des Ressources naturelles, et spécialiste des feux de forêt, déclare en soupirant : "Essayer d’éteindre un tel incendie à la saison sèche, c’est comme tenter d’arrêter un ouragan."

Imprudence ou saison sèche ?

L’une des questions qui se posent, dès à présent, consiste à déterminer les raisons du sinistre, afin (dit la langue de bois) qu’"un tel drame ne se reproduise jamais plus". On ergote sur la cause immédiate des départs de feu. On évoque plusieurs hypothèses : une imprudence, un mégot jeté, un barbecue mal éteint, un geste criminel, etc. On accuse plus globalement la saison sèche, avec un printemps déficitaire en eau, qui succède à un hiver avare en neige. La contrée n’a pas été arrosée depuis trois semaines : le sol de la taïga, les broussailles, les arbres eux-mêmes souffrent du défaut d’humidité. Le moindre craquement d’allumette se change en catastrophe.

Un or noir qui fait beaucoup de dégâts

Mais comment ne pas s’interroger plus avant ? Au fond ? Fort McMurray incarne l’une des capitales du "nouvel or noir" canadien : les gisements de schistes bitumineux commencent à proximité. Les compagnies pétrolières déboisent des millions d’hectares et éventrent de gigantesques surfaces forestières. Ces saccages leur permettent d’extraire du sous-sol (à grands coups de pelles mécaniques) des roches imprégnées d’hydrocarbures lourds, qu’il faut ensuite cracker et distiller afin d’en extraire des combustibles. L’Alberta recèle des milliards de barils de ces composés chimiques qui font sa fortune et celle du Canada, mais qui meurtrissent le Grand Nord, polluent l’atmosphère, tuent les lacs et les rivières, et achèvent de provoquer le malheur des peuples amérindiens. Or, c’est ce même or noir, ce même pétrole, ces mêmes hydrocarbures que l’humanité brûle dans ses chaudières à fuel, ses moteurs de bateaux, de camions ou de voitures, ou dans ses centrales thermiques à mazout. De telles combustions produisent du gaz carbonique, lequel s’accumule dans l’atmosphère et y détermine un effet de serre dévastateur. Les schistes bitumineux font la fortune de l’Alberta, mais ils sont la cause, dès aujourd’hui, de l’anéantissement de Fort McMurray et des forêts voisines. Le réchauffement climatique planétaire est beaucoup plus rapide dans les zones polaires et subpolaires que partout ailleurs. En Alberta, la saison sèche menace de devenir de plus en plus déficitaire en eau, et la taïga de se retrouver de plus en plus souvent la proie des flammes.

Tout le monde espère une météo favorable

On redoute, en ce moment même, que le feu de Fort McMurray ne se montre à ce point rebelle, qu’il aille affecter les champs d’exploitation des schistes bitumineux. Si les hydrocarbures de la terre s’enflammaient à leur tour, il pourrait s’ensuivre des incendies inextinguibles, qui se propageraient à l’intérieur même de la terre et excéderaient de façon définitive les capacités humaines d’intervention. De telles catastrophes se sont déjà produites dans des tourbières, en Russie… En Alberta, les rois du pétrole jouent les apprentis sorciers. Afin d’éteindre l’énorme incendie dont leur avidité en énergie constitue la cause numéro un, ils n’ont d’autre recours que l’espoir en une météo favorable.

Ils prient pour que les nuages crèvent en averses. Ils subissent la malédiction du dieu pétrole, mais, pour conjurer celle-ci, ils en sont réduits à implorer le dieu de la pluie. Je doute que la danse qu’ils entament à l’appui de leur requête console les Amérindiens des forêts du Grand Nord, dont la maison brûle sur un bûcher de pétrodollars.

leplus.nouvelobs.com


Commentaires

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Incendie à Fort McMurray : les mots me manquent pour parler de cet enfer
samedi 14 mai 2016 à 19h40 - par  PHILIPPE

L’humanité est vraiment imbécile, nous sommes des imbéciles et on en crèvera !

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