Les poules de la démission

œufs Matines et Xavier Beulin
vendredi 1er juillet 2016
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Par Périco Légasse

Le patron de la FNSEA, premier syndicat agricole français, qui est aussi le PDG du groupe Avril, distributeur de la marque Matines, se retrouve au cœur du scandale de la malbouffe financiarisée. Les images chocs de l’association L214 viennent encore d’en souligner l’inhumanité.

Nous n’allons pas accabler ce pauvre Xavier Beulin - déjà suffisamement aux prises avec ses contradictions de président de la FNSEA alors qu’il est aussi le PDG du groupe Avril (ex-Sofiproteol), multinationale de l’agroalimentaire dont les intérêts sont, pour le moins, peu conformes à ceux de la cause paysanne - mais le fait est que le dernier scandale révélé par L214 n’arrange pas ses affaires. Poursuivant sa campagne antiviande, l’association a diffusé des images épouvantables de poule pondeuses confinées dans leurs cages de torture. Après les abattoirs de la honte, les poulaillers de la mort. Pauvres volatiles de batterie, blessés ou déplumés ; séquestrés parmi les cadavres putréfiés d’autres oiseaux ou envahis pas la vermine. Ce qui n’est qu’une scène courante de l’agriculture industrielle prend un relief particulier quand on sait que l’élevage en question, situé dans l’Ain, fournit la marque Matines, filiale d’Avril, et leader français du marché de l’œuf industriel présent dans toutes les grandes surfaces.

À la lecture de la charte de cette société, riche en formules vantant l’exigence et l’éthique de la marque, on comprend le désarroi de Xavier Beulin quand il a appris la nouvelle. Non pas que le grand patron soit coupable de ne pas poster un inspecteur derrière chaque fournisseur, nous ne lui faisons pas ce procès, mais il s’obstine à jouer sans cesse le père la vertu dans le genre « moi président, on ne me prendra pas en défaut ». Une première fois ce fut pour ses usines à poulets broyés Farmor, qui importaient de la volaille congelée du Brésil, alors qu’il lançaient ses militants sur les routes pour traquer les camions chargés de produits étrangers. Pris par les caméras de l’émission Capital, sur M6, il s’empressa de revendre Farmor à un concurrent. Aujourd’hui, ce sont des œufs issus d’un poulailler concentrationnaire. Le problème est simple, Xavier Beulin ne peut pas jouer continuellement sur les deux tableaux en nous faisant croire que tout cela est compatible.

Gruger le consommateur

On touche là au système dont il vante les vertus. L’agriculture industrielle conduit à la malbouffe financiarisée, et c’est aujourd’hui le patron de premier syndicat agricole français, la FNSEA, qui engrange les bénéfices de cette horreur économique. Évidemment, sa complice la grande distribution s’en frotte les mains, puisque cela permet de gruger un peu plus le consommateur avec de belles étiquettes vantant les charmes de la nature. Le mieux serait donc que Xavier Beulin se consacre exclusivement à ce qu’il sait faire le mieux, à savoir transformer les campagnes en usines, sans avoir à se travestir en leader paysan. Qu’il renonce à ses responsabilités syndicales, il n’en aura que les mains et la conscience libérées pour gérer plus efficacement les œufs Matines, les abattoirs de porcs Abera, les volailles Glon-Sanders, les produits de nutrition animales Adonial, les huiles Lesieur et Puget, les oléochimiques roumains transformés en bio diesel Expur, les agrocarburants Diester, les détergents Oléon, tout en président le port de La Rochelle, la génétique animale Hendrix Genetics, les OGM Biogemma, le conseil économique et social de la région Centre, et l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed).

On comprend avec quelle célérité Xavier Beulin accourt au chevet des éleveurs de porcs en détresse.

Marianne N° 999 du 3 juin 2016


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