Bisbilles entre Niamey et Areva

Reçu de Jacques Villard
vendredi 10 août 2007
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Jean-Marie Bockel va rencontrer les autorités nigériennes qui ont récemment expulsé le représentant du groupe nucléaire français. La diplomatie française joue les pompiers. Samedi, Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État à la coopération et la francophonie, se rend au Niger en compagnie de Bruno Joubert, conseiller Afrique du président Sarkozy, pour « aider à la reprise du dialogue de confiance entre les autorités nigériennes et le groupe Areva ».

Cette visite fait suite à la venue en France en début de semaine passée de la ministre nigérienne des Affaires étrangères, Aïchatou Mindaoudou, qui a rencontré son homologue, et Anne Lauvergeon, présidente du directoire du groupe nucléaire français. De son côté, le président Sarkozy, qui avait annoncé une initiative lors de sa tournée africaine, a eu mardi, selon Bockel, « une conversation extrêmement chaleureuse » avec son homologue nigérien, Mamadou Tandja.

Depuis plusieurs semaines, le torchon brûle entre Areva, qui exploite depuis quarante ans deux mines d’uranium du pays, et le pouvoir nigérien, qui l’accuse de financer le Mouvement nigérien pour la justice (MNJ), un groupe armé touareg apparu en février. « Toutes investigations faites, il y a eu des virements bancaires d’Areva à des soldats qui ont déserté », a martelé le président Tandja. L’expulsion le 24 juillet pour « atteinte aux intérêts supérieurs de l’État » du directeur général d’Areva Niger, Dominique Pin, quelques semaines après celle du colonel Gilles de Namure, son expert en sécurité, a fait apparaître la crise au grand jour. Alors que les attaques du MNJ se sont multipliées, faisant près de 40 morts dans les rangs de l’armée, une partie de la presse et de la société civile nigérienne a repris à son compte les accusations du gouvernement contre le groupe français. La méfiance nigérienne est alimentée par la présence dans les années quatre-vingt-dix de Pin comme numéro deux de la cellule africaine de l’Élysée, quand Lauvergeon était conseillère de Mitterrand, et de Namure, attaché de défense à l’ambassade du Niger, déjà en proie à une rébellion.

« Les accusations contre Areva sont infondées », s’est défendu la semaine dernière le numéro un mondial du nucléaire civil. S’il paraît difficile de réduire le MNJ à un pantin de la compagnie française, des contacts sont probables. Il n’est pas rare qu’un groupe privé assure sa sécurité en contactant lui-même des rebelles, voire en finançant une certaine neutralité à son égard. « À partir du moment où un responsable de sécurité décide de rejoindre la rébellion sans rien demander à personne, je comprends que ce soit mal reçu », a d’ailleurs déclaré Bockel dans un entretien à RFI. Areva elle-même évoque le détournement d’argent « destiné à financer la protection des salariés sur le site d’exploration d’Imouraren » qui a subi une attaque du MNJ fin avril.

Ce qui est en jeu, c’est sans doute la renégociation en cours de contrats désavantageux pour le Niger. Selon Reuters, Areva a acheté en 2006 son uranium à un prix trois fois inférieur à celui en vigueur sur les marchés mondiaux, où il a explosé ces dernières années. À cela s’ajoute la soixantaine de permis d’exploitation accordés récemment par le Niger à des chinois, canadiens ou indiens. Dernièrement, le président Tandja a prévenu : « En 2008, nous allons négocier ferme. L’uranium est notre produit, et il sera vendu à notre profit, car rien ne sera comme avant. »

Camille Bauer


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