"Les OGE seront dans nos assiettes sans qu’on le sache !"

lundi 26 septembre 2016
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Spécialiste de la traçabilité des OGM, Yves Bertheau est directeur de recherche Inra au Centre d’Écologie et des Sciences de la Conservation du Muséum d’Histoire naturelle. Interview.

Par Dominique Nora

Pourquoi avez-vous démissionné du comité scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies, chargé d’éclairer les pouvoirs publics sur les nouvelles techniques de modification des génomes des plantes (NPBT) ?

Yves Bertheau : En raison d’un détournement de procédure et d’un manque de rigueur scientifique ! Un groupe de travail du comité scientifique avait rédigé une note, expliquant que plusieurs de ces nouvelles techniques ne devraient pas faire l’objet d’une étude systématique, calquée sur le modèle des OGM. Or cette note, de très mauvaise qualité, a été remise au gouvernement, qui s’y est référé à plusieurs reprises… Je ne pouvais pas cautionner un travail dénué de fondement scientifique, essentiellement axé sur des considérations socio-économiques.

Comment expliquez-vous ce biais ?

Comme l’ont expliqué les membres de l’Office parlementaire d’Évaluation des Choix scientifiques et technologiques, un choix politique a été fait en faveur de ces techniques. Dès lors, ils veulent juste obtenir une onction scientifique minimale…

Quels risques posent les plantes issues de l’édition génomique ?

La réalité de l’édition génomique est bien plus complexe que ne le disent ses promoteurs. Il est vrai que les nouveaux "ciseaux à ADN" – TALEN ou CRISPR – agissent à un endroit déterminé du génome. Mais cela ne veut pas dire qu’ils n’induisent pas une très grande quantité d’effets "hors cible", c’est-à-dire de mutations ou d’épimutations non désirées, aux conséquences inconnues.

Comment expliquez-vous, alors, que les États-Unis ne régulent pas ces plantes OGE ?

Ils recherchent à tout prix un leadership économique. Les décideurs américains ont choisi, depuis Reagan, de privilégier les intérêts de leurs champions.

Il faudrait donc réguler les OGE comme des OGM ?

Oui, quelle que soit la technique employée, pour moi ce sont des OGM. À la fois parce que ce sont des manipulations in vitro des génomes, et parce que les techniques elles-mêmes induisent de nombreux effets non intentionnels difficiles à prédire, à détecter et à éliminer.

Mais les Américains expliquent que les OGM qu’ils mangent depuis trente ans n’ont jamais rendu personne malade...

Comment le savoir, puisque les études sérieuses de suivi post-commercialisation n’existent pas ? Il est d’ailleurs particulièrement alarmant que, vingt ans après la commercialisation des premiers OGM sur le continent, l’Agence européenne de Sécurité des Aliments en soit toujours à édicter des lignes directrices de statistiques, ne serait-ce que pour la comparaison des essais agronomiques. Et comme la Commission européenne a reporté sine die son avis juridique sur les produits issus des NPBT et demandé aux États membres de faire de même, les OGE de pays tiers, qui ne seront pas étiquetés en tant que tels, seront dans nos assiettes sans même qu’on le sache ! Un passage au forceps facilité par nos autorités.

Vos contradicteurs vous accusent d’être anti-OGM…

Dès que l’on émet la moindre réserve, que l’on exige un minimum de rigueur scientifique, on vous colle cette étiquette ! Les ONG environnementales, elles, me reprochent au contraire de ne pas condamner les OGM. Je rappelle simplement que ces techniques ne sont ni "neutres" ni "naturelles", et qu’un bon sens précautionneux doit prévaloir concernant toute application commerciale.

Est-ce que ce principe de précaution ne conduit pas l’Europe scientifique à décrocher, se privant ainsi des industries et des emplois d’avenir ?

Mais la course à l’innovation technologique n’est pas toujours synonyme de progrès, ni surtout de bien-être. Quelle agriculture voulons-nous ? Que veut dire la compétitivité économique pour le consommateur, pour l’environnement ? Ce sont des choix de société, qui doivent être débattus démocratiquement, sur la base d’études indépendantes. Pas par le fait accompli.

Et si ces plantes "redesignées" se révélaient vraiment plus saines ?

Veillons alors à éviter tout verrou technologique et à favoriser la coexistence des modes de production. Une confiance excessive dans la technologie a souvent conduit à l’inobservance des bonnes pratiques agricoles, comme le montre la réintroduction d’herbicides dangereux après quelques années d’utilisation des OGM. Ne vaut-il pas mieux améliorer notre mode d’alimentation et changer la façon de cuire les patates, plutôt que de manipuler leur génome pour réduire leur taux d’acrylamide ?

(Illustration : Yves Bertheau)

tempsreel.nouvelobs.com


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Brèves

Nouvelle convocation José Bové au tribunal d’instance

samedi 8 décembre 2007

Reçu du "Collectif des faucheurs Volontaires Rhône-Loire"

José se retrouve à nouveau devant la JAP lundi 10 décembre au matin, il faut à nouveau tous être présents pour soutenir la fin de toutes les condamnations contre les militants anti-OGM.

RAPPEL :

Lundi 12 novembre, José Bové est ressorti libre du bureau de la juge d’application des peines du tribunal de Millau. La magistrate et le porte-parole des Faucheurs volontaires ont discuté de la façon dont celui-ci pourrait accomplir la peine que lui a infligée la cour d’appel de Toulouse le 15 novembre 2005 : quatre mois de prison ferme, en tant que récidiviste, pour avoir participé au fauchage d’un champ de maïs transgénique le 25 juillet 2004 à Menville (Haute-Garonne).

En droit, la juge pouvait placer M. Bové sous bracelet électronique, mesure que le leader paysan avait par avance rejetée. Ce refus aurait pu justifier sa mise en détention immédiate. Selon son avocat, Me François Roux, José Bové a indiqué qu’il acceptait un aménagement de sa peine, qui pourrait prendre la forme de "jours amendes". La juge l’a convoqué le 10 décembre, pour un débat contradictoire avec le procureur.

cactus pubis

samedi 24 novembre 2007

Au poil !

Un cactus sur lequel poussent des poils pubiens ?

Voilà qui ne manque pas de piquant. Cette œuvre conçue par Laura Cinti est l’une des pièces phares du Festival international des sciences d’Edimbourg, en Ecosse. Pour réaliser The Cactus Project, l’artiste “transgénique” dit avoir introduit du matériel génétique humain dans le génome d’une cactée.

En 2000, l’artiste brésilien Eduardo Kac avait déjà exposé un lapin transgénique vert fluorescent, doté d’un gène de méduse. Si le directeur du Scottish Arts Council – l’ancien évêque d’Edimbourg – a quelques réserves en ce qui concerne la manipulation d’animaux, l’œuvre de Laura Cinti ne lui pose pas de problème éthique. “Faire pousser des poils pubiens sur un cactus ne fait de mal à personne”, estime-t-il.

courrierinternational