Ni enfer, ni paradis. Les droits humains à Cuba

Source : RISAL
lundi 4 juin 2007
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Le fait qu’OXFAM-Solidarité publie un cahier consacré aux droits humains à Cuba peut surprendre. N’est-ce pas plutôt le domaine d’organisations comme Amnesty International ? En fait, la publication de ce cahier vise à rompre avec le débat classique et souvent superficiel qui entoure Cuba, sans pour autant fermer les yeux face aux problèmes réels.

par Oxfam-solidarité

La première partie de ce cahier offre une introduction au thème des droits humains. Quels sont ces droits ? A qui sont-ils destinés ? Comment sont-ils abordés au sein des Nations unies ? Le concept des “droits humains” couvre un très vaste domaine. Ces droits se retrouvent souvent au centre de l’actualité lorsqu’il est question de peine de mort, de journalistes emprisonnés, d’assassinats de syndicalistes ou de disparitions d’activistes. Mais les autres facettes de ces droits entrent rarement en ligne de compte. Quand les citoyens ont-ils l’occasion de voir un reportage sur le problème de l’accès à l’eau potable découlant des vagues de privatisations imposées par l’Organisation mondiale du commerce ou le Fonds monétaire international ? De telles thématiques cadrent rarement avec l’acception que l’on se fait généralement des droits humains...

Pourtant, le “droit au développement” existe bel et bien au sein des Nations unies. La Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) pose comme principe de base l’indivisibilité et l’universalité de toutes les catégories de droits humains. Cela signifie qu’une personne n’a pas seulement droit à la liberté d’expression, mais aussi - par exemple - à des services sociaux de base. Les Nations unies stipulent que les droits socioéconomiques doivent être garantis par les Etats. Mais en pratique, ces droits sont soumis à la loi de l’offre et de la demande sur le marché international. L’obligation de respecter ces droits pâtit d’un retard considérable par rapport au respect de la “première génération” des droits humains, à savoir les droits politiques individuels. Des organisations comme Oxfam-Solidarité, qui travaillent autour de thèmes comme l’alimentation, l’accès aux médicaments, à l’enseignement ou à l’eau, inscrivent aussi leur travail au coeur du débat sur les droits humains. Il est donc logique que nous nous exprimions sur ce sujet.

La deuxième partie décrit comment Cuba s’est retrouvée sous le feu des critiques internationales depuis le milieu des années 1980. Il règne depuis une grande polarisation au sein des médias et des institutions internationales, et toutes les occasions sont bonnes pour recourir au thème des droits humains à des fins politiques.

Paradoxe : Cuba se trouve sur la liste noire de la Commission des droits de l’homme des Nations unies alors que les rapports des Nations unies ne le justifient pas. Au contraire même. Perez de Cuellar, Secrétaire général des Nations unies de 1982 à 1991, a confirmé dans un rapport de 1991 que Cuba n’était pas responsable de violations flagrantes, massives et systématiques des droits humains. Mais ce constat n’a pas empêché que Cuba apparaisse, quelques jours plus tard, sur la “liste noire”. Est-ce un hasard si les Etats-Unis avaient déclaré, juste avant la remise du rapport, que ce dernier ne pourrait en aucun cas se révéler positif ?

La politisation du dossier cubain et le lien avec le thème des droits humains a fortement contribué à affaiblir de la crédibilité de la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Lors du sommet de l’ONU de septembre 2005, la Commission a été réformée en un Conseil, mais le projet entourant ce nouveau Conseil des droits de l’homme a tout sauf réussi. Actuellement, les rapports de force internationaux ne sont pas à même d’imposer des réformes qui pourraient conduire à davantage d’indépendance.

La troisième partie livre un aperçu des organisations judiciaires cubaines. Bien entendu, dans le cadre de ce cahier, il nous était impossible de réaliser une étude approfondie sur les différents aspects ayant trait à la sécurité juridique à Cuba. Tout le monde reconnaît, et les Nations unies en premier lieu, que le respect des droits socio-économiques à Cuba est d’un niveau tout à fait exceptionnel.
C’est pourquoi, dans ce chapitre, nous n’approfondirons pas ce sujet, que nous considérons comme acquis par les lecteurs. Nous abordons donc dans cette partie quelques points relatifs à la première génération des droits humains : les droits politiques individuels.

La quatrième partie décrit le rôle et les pratiques des organisations de la société civile cubaine. A tous les niveaux, le contexte national et international a une grande influence sur l’évolution, le respect ou la violation des droits. Cette partie fait référence à “L’arène de la société civile” car c’est à une véritable fosse aux lions que l’on a affaire dans le contexte cubain. Il suffit pour s’en rendre compte de voir les millions de dollars mis à disposition des organisations non gouvernementales par le gouvernement des Etats-Unis, dans le seul but de saper le régime cubain de l’intérieur.

Les questions sont nombreuses. Peut-on parler d’une “société civile” à Cuba ? Les organisations cubaines ne sont-elles qu’un appendice du régime ? Dans quel contexte national et international travaillent-elles ? Les ONG internationales légitiment-elles le régime cubain ? Comment réagissent les autorités cubaines face à l’existence d’une société civile ? Et quel rôle joue l’Union européenne à ce niveau ?

La cinquième partie aborde un certain nombre de thèmes controversés. Très souvent, Cuba apparaît au centre de l’actualité à cause de “nouvelles violations des droits humains”. Ce chapitre se penche donc sur quelques-unes des accusations émises ces dernières années. Les thèmes de l’homosexualité, de la peine capitale, de l’accès à Internet ou du droit à la dissidence seront traités plus en profondeur. Au final, il apparaît que Cuba n’est pas un paradis, mais n’est certainement pas un enfer. Les restrictions concernant les libertés individuelles et politiques sont surtout dues à une situation internationale très tendue.

Nous concluons ce cahier avec l’interview de deux témoins privilégiés, Louis Michel et Marc Bossuyt. En tant que Commissaire européen, Louis Michel a donné forme aux relations diplomatiques européennes avec Cuba. Marc Bossuyt, pour sa part, a présidé la Commission des droits de l’homme des Nations unies et connaît donc cet organe mieux que quiconque.

Xavier Declercq
Directeur Mobilisation, Oxfam-Solidarité

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Brèves

Israël refoule un navire d’aide faisant route vers Gaza

jeudi 15 janvier 2009

La marine israélienne a refoulé un navire battant pavillon grec et transportant de l’aide destinée aux Palestiniens de la bande de Gaza, rapportent des militants.
Le navire, à bord duquel se trouvaient 21 personnes, a été intercepté à une centaine de milles nautiques au nord-est de Gaza, a déclaré Houwaida Arraf, l’une des organisatrices de la mission du Mouvement Gaza libre, basé aux États-Unis.
"Ils (les navires israéliens) sont venus tout près et ont menacé d’ouvrir le feu sur nous si nous poursuivions notre route", a dit Arraf à Reuters à bord du bateau d’aide, qui retourne actuellement à Chypre.
"Ils nous ont cernés avec leurs quatre navires de guerre, et il était très difficile de naviguer. Ils ont dit qu’ils auraient recours à tous les moyens pour nous tenir à l’écart de Gaza", a dit la militante.
Mercredi, Israël avait déjà ordonné à un navire iranien transportant une aide humanitaire aux Palestiniens de faire demi-tour.

Le président de l’Assemblée générale de l’Onu menacé de mort

mardi 16 décembre 2008

( Mardi, 16 décembre 2008 )

Le président de l’Assemblée générale des Nations unies, le Nicaraguayen Miguel D’Escoto, volontiers critique envers Israël et les Etats-Unis, a fait l’objet de menaces de mort sur internet, a déclaré lundi 15 décembre son porte-parole.

"Il y a des menaces très graves contre sa vie et il les prend au sérieux", a dit à la presse Enrique Yeves. "L’équipe de sécurité de l’Onu les prend également au sérieux."
D’Escoto, prêtre catholique et ancien ministre des Affaires étrangères du Nicaragua, a émis de nombreuses critiques envers Israël et les Etats-Unis depuis qu’il a pris la tête de l’Assemblée générale de l’Onu, en septembre.

Il a récemment comparé l’attitude d’Israël envers les Palestiniens à la politique de ségrégation en Afrique du Sud du temps de l’apartheid.
Selon Yeves, les services de D’Escoto ont repéré les menaces sur internet il y a quelques jours et en ont informé la sécurité de l’Onu ainsi que les autorités américaines.
D’Escoto a pris des "mesures de sécurité extraordinaires", a expliqué son porte-parole, sans plus de précisions.
D’Escoto était le chef de la diplomatie nicaraguayenne dans les années 1980, lorsque le gouvernement sandiniste combattait l’insurrection des "Contras" soutenue par Washington.
En 2004, il avait qualifié dans une interview l’ex-président américain Ronald Reagan de "boucher de (son) peuple" et avait estimé que George Bush était son héritier spirituel.

aloufok.net

relations UE/Israël

mercredi 3 décembre 2008

la demande de report du vote sur le "rehaussement" des relations UE/Israël , sur lequel vous m’avez, à juste titre, interpellée, vient d’être adoptée.

Cette demande avait été déposée par le groupe des Verts et celui de la GUE, arguant que l’absence totale de progrès sur le plan du processus de paix devait amener le Parlement européen à refuser de se prononcer en l’état afin d’exercer une pression sur Israël. Cette position a été soutenue par une majorité de parlementaires européens et il n’y aura donc pas de vote demain.

Je ne manquerai pas de vous tenir informés des prochains développements de ce dossier et vous remercie encore de votre mobilisation.

Bien cordialement,
Hélène Flautre Eurodéputée

Communiqué de l’Afps

vendredi 30 novembre 2007

L’AFPS condamne la répression policière en Cisjordanie contre les milliers de Palestiniens qui manifestaient pacifiquement leur hostilité au sommet d’Annapolis le 27 novembre 2007

répression qui a fait un mort à Hébron en plus de dizaines de blessés dans plusieurs villes de Cisjordanie, et qui s’est traduite par de nombreuses arrestations.

L’Afps s’inquiète aussi de la restriction préoccupante de la liberté d’expression de la société civile qui s’exprimait dans le calme mais dont des membres connus ont pourtant été arrêtés et de la répression des médias palestiniens dont certains acteurs ont été violement battus et emprisonnés par la police palestinienne .

Venant après la répression de la manifestation de l’OLP à Gaza à l’occasion du troisième anniversaire de la mort de Yasser Arafat, cette répression ne peut que creuser la brèche entre le Hamas et le Fatah et risque aussi de créer une rupture entre l’Autorité palestinienne et la société civile palestinienne, rendant impossible tout retour à l’union nationale indispensable pour affronter ensemble les enjeux posés par l’après sommet d’Annapolis.

L’Afps réaffirme que cette confrontation inter-palestinienne, qui ne fait que favoriser les projets de la politique d’occupation israélienne, tire son origine de la situation dramatique imposée à la société palestinienne par le blocus exercé par Israël, les Etats-Unis et l’Union européenne, en particulier sur la bande de Gaza. Elle s’alimente de l’absence de perspectives politiques créée par le refus des mêmes puissances d’imposer à Israël la solution répondant aux principes du droit international pour aboutir enfin à l’Etat palestinien indépendant viable et souverain dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale ainsi qu’à une solution fondée sur les résolutions des Nations unies pour les réfugiés palestiniens.

Paris, 29 novembre 2007