Pasdarans : terroristes d’Etat ?

Reçu de Manon
jeudi 23 août 2007
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par Joan Tilouine

Pendant que le trublion Ahmadinejad entame sa tournée de VRP diplomatique dans les contrées voisines d’Asie centrale, une annonce tonitruante émanant du gouvernement américain risque de provoquer l’ire de Téhéran.

Conjointement, le New York Times et le Washington Post de ce mercredi distillent l’intention des Ricains d’inscrire les Gardiens de la Révolution, ou pasdarans, sur la liste des organisations terroristes étrangères. Une première ! Qualifier une organisation militaire officielle d’un Etat souverain de «  terroriste », c’est du jamais vu. Sauf que Bush & Co soupçonnent la force militaire iranienne d’élite de soutenir financièrement et militairement les insurgés en Irak, en Afghanistan, et dans les autres poudrières Moyen-orientales. Ce qu’a toujours démenti Téhéran.

Qu’importe, c’en est trop pour la Maison-Blanche qui ne peut plus tolérer le sponsoring délétère des 125 000 Gardiens de la Révolution [1]. Une nouvelle qui augure un durcissement radical des Etats-Unis face au régime des Mollahs shootés à l’uranium et de leur tripotée de sbires en treillis. Selon le Post, cette décision découle des assauts répétés du Congrès sur l’administration Bush qui ne supporte plus d’être nargué, à l’instar de l’ONU, par l’avancée du programme nucléaire iranien. Le New York Times, précise que la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice en a informé ses homologues européens. Tirant à boulet rouge sur l’atonie onusienne face aux insolences de Téhéran, matelot Condy passe à l’abordage, arguant que «  l’action unilatérale » s’imposait désormais, laissant aux oubliettes l’esquisse de dialogue americano-iranienne sur l’Irak.

Cette officialisation de l’officieuse étiquette terroriste collée sur les épaulettes des pasdarans marque un tournant. Bush et ses acolytes planifient ainsi l’harponnage des vastes tentacules économiques des pasdarans en vue de renverser le paquebot d’Ahmadinejad. À moins que le Conseil de sécurité mette les voiles vers de nouvelles sanctions contre le régime des mollahs, le décret devrait entrer en vigueur à la fin du mois. Toutefois, les spécialistes émettent des doutes tant qu’à la capacité d’intrusion américaine dans les méandres financiers opaques des pasdarans.

Crée le 5 mai 1979, cette force loyale à l’ayatollah a pour mission de défendre la révolution islamique et de garantir la sécurité nationale. Etoffée des paramilitaires bassidjis et des forces d’entraînement étrangères Al-Qods, les pasdarans assurent une double fonction idéologique et militaire au service du guide de la révolution, la plus haute autorité du pays. Pour la théocratie balbutiante de l’époque, cette armée parallèle permettait de contrebalancer l’influence déclinante de l’armée régulière, dont une partie demeurait fidèle au Chah. En juin dernier, lors d’un symposium intra-pasdarans, leur chef Yahya Rahim Safavi se vantait allègrement que « l’existence même aujourd’hui du corps des gardiens de la révolution fait craindre le pire aux responsables américains et a fait que la Maison blanche implore Téhéran d’entreprendre des négociations sur la sécurité de l’Irak ». Constamment portés au pinacle par les caciques du régime, les pasdarans jouissent d’une immunité sans égale, largement entretenue par leur ferveur religieuse mise au service de la lutte contre les « ennemis » de l’extérieur.

Ahmadinejad les connaît pour en avoir fait partie, tout comme le négociateur nucléaire Ali Laridjani, et entretient bien plus que de la sympathie à leur égard. D’ailleurs, depuis son accession à la barre du paquebot Iran, la sphère politique est largement irriguée par les pasdarans. Pas moins de quatorze ministres et quatre-vingts parlementaires proviennent de leurs rangs. Loin de se cantonner à la politique, ceux-ci ont massivement investi dans le pays sous les bonnes grâces du Président. Bien implantés dans le secteur minier et pétrolier, de l’armement ainsi que dans la construction, ils raflent des contrats tous azimuts. Depuis, la fin du conflit Iran-Irak en 1988, les pasdarans se sont emparés de 1 220 entreprises nationales et régionales, indique sans fard le journal d’Etat Sharq du 8 juin 2006. Soit, pas moins de 7 milliards de dollars de contrats octroyés à ces militaires dont l’influence s’étend bien au-delà des champs de bataille.
L’uniforme en guise de déguisement au service du pouvoir des mollahs en gandouras.

[1] selon le Centre d’études stratégiques et internationales de Washington contre 350 000 membres selon l’Institut international des études stratégiques à Londres

bakchich


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