On nous banane

jeudi 16 mars 2017
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"Le bananier ne médit pas des bananes" ; autrement dit, malheur à celui qui critique la famille. Les producteurs de bananes antillaises auraient dû avoir en tête ce proverbe créole avant de dénoncer la "concurrence déloyale" de leurs cousins sud-américains convertis au bio. L’Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique a retiré avec fracas, sous peine d’une astreinte de 50 000 euros par jour, sa campagne de pub "la banane française, mieux que bio c’est possible !", programmée pour le Salon de l’Agriculture. Et pourtant...

Imaginez des bananeraies "bio" régulièrement aspergées de dérivés pétroliers largués par avion. En imbibant l’arbre, la pellicule huileuse étouffe un champignon microscopique responsable de la cercosporiose, une maladie qui fait pourrir le bananier par les feuilles. L’huile paraffinique est autorisée pour tous les producteurs de bananes bio d’Amérique latine, mais elle est strictement interdite en France en agriculture biologique, et seulement tolérée pour la banane conventionnelle à condition de limiter les traitements et de ne pas faire d’épandage aérien. Pour la petite histoire, il y a cinq ans, lorsque Bruxelles a banni l’épandage par avion, les planteurs bio de République dominicaine, pas concernés par l’oukase, ont sans complexe rachetés les coucous des producteurs antillais.

Tout ça à cause du "principe d’équivalence". Une chouette disposition qui permet à tout pays hors UE de nous fourguer des produits bio selon des critères riquiqui, comparé à ceux imposés par Bruxelles à ses propres producteurs. C’est ainsi que Saint-Domingue a le droit d’utiliser pour ses bananeraies labellisées "AB" 14 substances interdites aux bananes conventionnelles qui poussent dans les pays de l’UE ! En quelques années, la pays est devenu le premier exportateur mondial de bananes bio. Tout bénef, puisqu’elles sont vendues environ 25 % plus cher. saisi par les producteurs français, qui réclament la suppression du principe d’équivalence, Bruxelles a mis le problème sur la table. Au grand dam de l’Allemagne, premier importateur de bio en Europe. Pour les distributeurs teutons, la fin du principe d’équivalence signifierait beaucoup d’oseille en moins.

Car, dans le panier, il n’y a pas que la banane mais toutes les cultures tropicales qui ne peuvent pas coller aux critères de l’agriculture biologique sur sol européen. C’est pas de peau (de banane) !

Le Canard Enchaîné N° 5029 du 15 mars 2017


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