Au nom de la prose...

Quand le fond de l’air effraie !...
mardi 24 janvier 2006
par  Michel Berthelot
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Ah, si en plus de l’imagination, Bram Stoker, avait aussi possédé le talent de plume lorsqu’il nous a livré après une longue et réflexive gestation le dernier de nos grands mythes littéraires : Dracula !...

Mais quittons rapidement l’époque de la reine Victoria 1ère, le temps d’Edgar Poe et de Sigmund Freud... Laissons là Marie Shelley et son Frankenstein ainsi que R.L. Stevenson et son Docteur Jekill et Mister Hyde pour regagner notre époque... Formidable pour les uns, déplorable pour les autres... Et suivons la plume enchanteresse d’Armand Farrachi afin de nous inquiéter de ce que devient cet illustre mythe dans notre temps de grand tumulte et de modernisme échevelé... Parcourons allègrement les ciselures ensorcelantes de sa toute première phrase...

" Tout de cuivre et de verre qu’il semble pourtant bâti, après l’orage, au dernier feu du crépuscule, sinistre est le château de Bistritz, sombres ses couloirs, profonds ses caveaux, là-bas, dans les Carpates tout étouffées sous le grondement des torrents descendus des sommets et le mugissement du vent qui parcourt les forêts à grands coups de hache... Et lourd, très lourd le sommeil du comte Dracula, car, au plus obscur de ses cryptes, au plus souterrain de ses tombeaux, jour après jour, siècle après siècle, depuis tant de temps, dans son frac noir et dans son cercueil capitonné de soie blanche, le comte s’endort chaque matin d’un sommeil sans rêve plus épais que la mort... Tandis que chaque soir, dès que le dernier rayon de soleil disparaît et éteint, parmi le lierre, la dernière vitre du château, son regard se rallume en clouant sur sa face les deux diamants de ses prunelles... Et chaque fin de jour immuablement, des profondeurs moussues ou s’enterrent et s’arc-boutent les voûtes, d’un pas pesant, le comte Dracula remonte, marche après marche, époque après époque, la spirale d’un escalier vertigineux dont Piranèse même n’aurait imaginé l’étourdissante architecture ascensionnelle..."

"Un amour de Dracula" né sous la plume de ce magicien de l’écriture qu’est Armand Farrachi, auteur de romans, de pastiches, de récits et d’essais, est une pépite, un joyau, un bonheur trop court de seulement 118 pages qui s’enfuit déja à peine abordé... Un bonheur qu’on vit intensément et sans le lâcher dès que la succulence de ses premiers mots vous ouvre l’appétit de l’esprit...

Sa raison d’exister ?... Un voyage de dépaysement du comte à Paris afin de tenter d’oublier un peu qu’une autoroute est en train d’être réalisée à proximité de son château et qu’une aire de parking va y être aménagée, non loin, avec tout ce que cela peut impliquer de nuisances futures et de dérangements inopportuns...

Voyage accompli en compagnie de son valet Cukol (Sganarelle ?...), bavard impénitent et philosophe autant qu’irrévérencieux... Prétexte à des échanges inénarrables entre ces deux personnages mythiques mais tellement proches, dans leurs tribulations contemporaines, de nos préoccupations à nous, simples mortels...

Mais je ne veux pas davantage vous déflorer ce trop court plaisir de lire pour vous en garder précieusement son mystère et son attrait... Laissez-vous vampiriser par "Un amour de Dracula" d’Armand Farrachi, dans la collection "grain d’orage" aux éditions Zulma... S’il en reste !...

Michel Berthelot le 24 janvier 06


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