Personnes sans-abri ou la honte d’une société impuissante ?

samedi 5 août 2017
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Par Astier Valentin

La situation des personnes à la rue se détériore chaque jour. Entre les représentations sociales erronées, l’impuissance des associations du fait du manque de moyens, l’invisibilité des sans-logis des débats politiques, l’augmentation de la misère, la précarisation du travail, et la perte des solidarités, les conditions de survies sont de plus en plus carabinées, dans un pays pourtant si riche.

Depuis 2002, le nombre de personnes à la rue a augmenté de 50 %. Cette augmentation est complexe dans sa diversité et ses causes. Voici un petit tableau de l’INSEE pour que l’on puisse se rendre compte d’une partie de la réalité. Ce sont des chiffres qui ne reflètent pas toute la réalité sociale. Nombre de personnes sans-logis ne sont jamais dans les statistiques. Nous le verrons un peu plus tard.

Les chiffres sont flagrants. Nous avons une forte augmentation d’individus venant de l’étranger, dont certains sont francophones. Dans cette nouvelle situation, beaucoup viennent des pays de l’Est de l’Europe, fuyant la misère, la corruption et la violence de leur pays. Les personnes étrangères se retrouvant à la rue a augmenté de 632 % en 11 ans, dont plus de la moitié ne parlent pas français. Cette nouvelle problématique des personnes à la rue doit être prise en compte. L’accompagnement des personnes non francophones se révèle plus complexe. La barrière de la langue, le statut juridique, les aides sociales différentes pour les étrangers sont des obstacles à surmonter pour les associations. Ces nouvelles caractéristiques qui s’amplifient, nous demandent d’adapter l’aide apportée aux personnes à la rue. Je fais moi-même partie de plusieurs associations de maraude, la barrière linguistique est sans doute le plus grand frein dans l’accompagnement des personnes étrangères.

Le baromètre du 115 de novembre 2016 dresse un constat pénible sur la situation aujourd’hui, (attention, encore une fois, les statistiques ne sont qu’un minima, car toutes les personnes à la rue ne demandent pas d’aide au 115). Le 115 a eu une augmentation de 13 % d’appels pour l’année 2016, accompagné d’une augmentation de demande d’hébergement. Bien qu’il y a une amélioration dans la quantité des places d’hébergements, les demandes augmentent également chaque années. Notamment pour les familles (+ 11 % en 2016), et pour les jeunes 18-24 ans (+11 % en 2016). Les personnes sans-logis voudraient une augmentation de prestation. C’est-à-dire l’organisation de maraudes permettant de créer du lien, des soins d’hygiènes, l’alimentation etc. Dans certains départements de la France comme la Charente-Maritime, la Loire-Atlantique, les Pyrénées-Atlantiques, ou encore la Haute-Savoie, les demandes de prestations ont été multipliées par 2 ou 3 ! Pour finir en 2016, il y a eu une augmentation de 5 % de non-attribution d’hébergement. L’augmentation des réponses négatives d’hébergement concerne pour plus de 59 % des hommes seuls, 51 % des femmes seules, 73 % des couples sans enfant, et 72 % des personnes en famille !

J’ai vu personnellement en intervention, une jeune femme d’une vingtaine d’année avec un enfant de 6 mois, réfugiés dans un hall de banque. Sans aucune possibilité d’hébergement, en plein mois de décembre dans un froid carabiné. Savoir est une chose, le voir en est une autre. Une nuit blanche à se demander pourquoi ? comment est-ce encore possible dans un pays aussi riche ? Comment ? Pourquoi ? Pour plus d’information, je vous invite à lire, étudier et analyser le baromètre du 155 de novembre 2016. Nous sommes depuis longtemps dans une crise du logement. Son invisibilité dans les médias, dans les débats politiques est incompréhensible. D’ailleurs pendant les présidentielles, aucun candidat ne s’en est pris à ce problème. Cette crise, c’est plus de 14 millions de personnes, touchées par la précarisation de la vie, d’après le rapport officiel 2016 de la Fondation Abbé Pierre. La douleur, la détresse, la peur, et même l’humiliation subies par ces hommes, femmes et enfants est quotidienne. Au début de l’article, j’ai précisé que les 150 000 « SDF » qu’on nous sort tous le temps est totalement faux. C’est quoi un SDF ? Une personne vivant à l’hôtel est-elle SDF ? Ou chez des amis ? Dans des cabanes de fortune ? Voici les chiffres exhaustifs du mal-logement, rapport Fondation Abbé Pierre 2016.

La situation s’aggrave années après années.
2001 à 2012 : + 50 % de personnes à la rue.
2002 à 2013 : + 20 % vivent chez un tiers.
2006 à 2012 : + 44 % de locataires ont des problèmes sanitaires.
2006 à 2013 : + 26 % font un effort intensif pour payer le loyer.
+ 17 % sont en surpeuplement accentué.
1996 à 2013 : + 72 % des locataires ont froid l’hiver.
Le nombre d’expulsions augmentent également de manière considérable. Nombre de personnes n’ont pas de solution d’hébergement ou de logement. Ces expulsions augmentent également avec l’utilisation de la force publique, avec un taux de 24 % de plus en 1 an, comme nous le montre ce graphique de la Fondation Abbé Pierre (je vous mets également le lien du rapport pour aller plus loin).

Dernière chose, je voudrais casser ce chiffre que l’on a tous : environ 450 sans-abri meurent chaque année. Non, c’est faux ! Dans cette course à l’information, beaucoup trop de journalistes écrivent un article sans même lire les rapports, dans le but de sortir le plus vite l’article pour être lu en premier. Ils prennent souvent le premier chiffre du Collectif Morts dans la Rue (450 environ selon les années). C’est une association qui recense les morts de la rue qu’on leur signale. Mais voilà, comme le collectif l’explique, il ne faut pas se référer à cette statistique de 450 personnes. Le collectif est une association qui rend hommage aux personnes décédés dans la rue. Il faut donc que les associations signalent au collectif le décès d’une personne sans-abri. Dans leur rapport officiel appelé Dénombrer et Décrire, le collectif explique que l’étude du CepiDC (Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès), concernant les décès de personnes à la rue est la plus fiable.

Voici les chiffres exhaustifs. Le collectif nous démontre qu’il y a une variante entre 497 et 2 838 personnes. Mais seules 497 ont été signalées au collectif. 497 est le chiffre minimum ! La réalité est tout autre, plus violente, plus criminelle... Le chiffre le plus probable se rapprocherait des 1 000 personnes par an. Je vous laisse approfondir plus loin en mettant en lien le rapport. La mission est grande pour notre démocratie. Les problématiques du logements ont trop longtemps été mises de côté. Nous devons les inscrire au centre du débat public. Malheureusement, la baisse des APL vient conforter cette indifférence totale vis-à-vis du quotidien difficile de bon nombre d’hommes, de femmes et d’enfants. L’histoire est écrite par ceux qui veulent participer à son récit, et je ne veux pas que plus tard, lorsque mes enfants liront ce chapitre, qu’ils découvrent une société pourtant pleine de possibilité, impuissante et désolidarisée face à un tel sinistre.

Je voudrais rendre hommage à cette jeune femme inconnue, et à son enfant, tout aussi inconnu, mais si important à l’humanité. « Cette jeune femme d’une vingtaine d’année avec sa petite fille de 6 mois, réfugiés dans un hall de banque. Sans aucune possibilité d’hébergement, en plein mois de décembre dans un froid carabiné. Savoir est une chose, le voir en est une autre. Une nuit blanche complète à se demander pourquoi ? Comment est-ce encore possible dans un pays si riche ? Comment ? Pourquoi ? »

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