Des algues qui ont du chien

jeudi 31 août 2017
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C’est une hécatombe canine qui a fait couler beaucoup d’encre. Depuis le début du mois, 13 chiens sont morts, pris de vomissements et de convulsions après avoir barboté dans l’eau de la Loire. Le tueur en série a vite été identifié : l’algue bleue.

Les pouvoirs publics ont interdit illico dans les sept départements contaminés, la baignade aux chiens et aux hommes. Et d’expliquer que la micro-algue toxique avait soudainement proliféré à cause du pic de chaleur. Certes, la cyanobactérie, de son nom savant, prend ses aises avec les chaleurs estivales, mais la vraie raison de sa floraison, c’est l’agriculture et l’élevage intensifs.

Un rapport réalisé il y a cinq ans par le Conseil scientifique de l’environnement de Bretagne (CSEB) l’expliquait par le menu. La pitance préférée des algues bleues est, en effet, le phosphore dont sont farcis les engrais chimiques, les fientes de poulet et le lisier de cochon. Et non pas, comme le suggère le lobby agricole, les lessives aux phosphates, interdites en France depuis juillet 2007. On l’aurait parié, le rapport du CSEB avait fortement agacé les tenants du productivisme au champ. Verts, mais de rage…

En 2016, la région Bretagne où crèchent 9 millions de porcs et 97 millions de volailles a fini par sucrer la subvention du SCEB ! « Du jour au lendemain nous avons dû licencier l’ingénieur qui travaillait pour nous à temps plein », regrette son président, Pierre Aurousseau. Le CSEB était également monté au créneau contre les algues vertes, qui ont cet été encore, pourri les vacances des touristes sur les plages bretonnes. Des « ulves » gavées cette fois, non pas au phosphore mais à l’azote contenu dans les fertilisants chimiques et les déjections du bétail, qui en se décomposant, dégagent de l’hydrogène sulfuré. Depuis 2008, les laitues de mer ont causé la mort de deux chiens, mais aussi de 36 sangliers et d’un cheval, dont le cavalier a, lui aussi, failli y passer…

Pour mémoire, il y a dix-sept ans, Bruxelles a imposé que 53 % des rivières et des lacs affichent un bon état écologique. La France, incapable de remplir l’objectif en 2015, a réussi à repousser l’échéance à… 2027 ! Ou comment mettre le problème sous le tapis (d’algues)…

(Illustration : efflorescence de Cyanobactéria)

Le Canard Enchaîné N° 5053 du 30 août 2017


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