Disparition des abeilles : les apiculteurs dénoncent l’autorisation "en catimini" d’un nouveau néonicotinoïde en France

samedi 21 octobre 2017
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Le président de l’Union nationale de l’apiculture française, Gilles Lanio, a expliqué, jeudi sur franceinfo, que la France a autorisé de nouveau et "en catimini" l’utilisation du sulfoxaflor, un néonicotinoïde.

Le déclin des abeilles en Europe est surprenant par son ampleur selon certains spécialistes. "Pour notre alimentation, nous avons besoin des pollinisateurs, dont les abeilles", a expliqué, jeudi 19 octobre sur franceinfo, Gilles Lanio, président de l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF). Problème : des traces de pesticides toxiques pour les abeilles ont été détectées dans 75 % du miel produit dans le monde entier. Et "les choses n’évoluent pas toujours dans le bon sens", a estimé Gilles Lanio qui dénonce l’autorisation "en catimini" d’un nouveau néonicotinoïde.

franceinfo : Cela fait des années que l’alerte sur les effets des néonicotinoïdes sur les abeilles est lancée, est-ce que les choses évoluent ?

Gilles Lanio : Elles bougent, mais peut-être pas toujours dans le bon sens. Pour preuve, on a demandé depuis longtemps le retrait des néonicotinoïdes. Il y a des tergiversations. La loi de la biodiversité a donné des délais avec le retrait des néonicotinoïdes en France en septembre 2008, et en 2020 si on n’a pas pu trouver de produits de substitution pour certaines cultures. On en est là. Sauf qu’on avait attiré l’attention de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail (Anses) sur un produit qui s’appelle le sulfoxaflor. Il a été présenté par son fabricant comme non-néonicotinoïde aux États-Unis, sauf qu’un jugement l’a bien classé comme néonicotinoïde. C’est un neurotoxique. Et avant-hier, à notre grande surprise, on a appris qu’il était autorisé. La France l’autorise ! En gros, on nous annonce qu’on va retirer les cinq néonicotinoïdes qu’on avait demandés, mais on va les remplacer par un nouveau : le sulfoxaflor, qui agit comme un néonicotinoïde.

Comment expliquez-vous ce revirement ?

Je ne sais pas. Je suis abasourdi. C’est invraisemblable ! Le ministre de l’Environnement nous a dit qu’il ne voulait plus des néonicotinoïdes, car c’est une catastrophe écologique. Le président de la République s’est lui-même prononcé sur le sujet en disant qu’il fallait sortir de ce système. Et là, j’apprends, à ma grande surprise qu’on a permis en catimini à un nouveau néonicotinoïde d’apparaître. Si là-dessus, Nicolas Hulot ne tape pas du poing sur la table... C’est quand même un ministre d’État ! Ce n’est pas cohérent à la vue des discours prononcés.

La disparition des abeilles serait donc due, selon vous, aux néonicotinoïdes ?

Sans se tromper, on peut incriminer les produits chimiques. Je citerai juste un exemple basique : sur le continent, aujourd’hui, on sait qu’on perd à peu près 30 % en moyenne de colonies d’abeille par an. C’est considérable. Ce chiffre était bien inférieur avant 1994 et l’apparition des néonicotinoïdes. Un autre exemple nous montre que quand il n’y en a pas ça marche. Sur l’île d’Ouessant, où les ruches ne sont pas perturbées par l’agriculture, on a entre 1 % et 3 % de mortalité par an. C’est donc l’environnement qui influe.

Il faut jouer sur la législation ?

Oui, on sait très bien que l’on est dans un système agricole où le pesticide prime. On voit très bien aujourd’hui qu’il y a des familles d’insecticides qui sont plus virulentes que d’autres. Les fameux néonicotinoïdes sont quelque chose de terrible. On appuie donc pour leur retrait.

(Illustration : Une abeille en train de polliniser une fleur, le 12 mai 2017, en Californie. Frederic J. Brown/AFP)

francetvinfo.fr


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