Enjeux majeurs de santé publique et enjeux économiques

mardi 24 octobre 2017
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Par Jean-Luc Gasnier

Derrière des enjeux de santé publique, se cachent souvent des enjeux économiques. Il arrive que ces enjeux soient en adéquation mais ils peuvent être aussi contradictoires. . .

Il arrive que les pouvoirs publics fassent preuve de volontarisme et usent de la contrainte afin de prémunir les populations dont ils ont la charge contre certains types de risques. L’État, c’est bien connu, veille en permanence à l’intérêt général en arbitrant entre des intérêts contradictoires, en luttant parfois contre certaines idées reçues, en privilégiant le bénéfice à long terme, etc. ; il doit faire tout son possible et engager les moyens nécessaires afin de garantir à chaque citoyen un niveau de sécurité optimal , c’est là une de ses missions essentielles et il s’efforce d’en donner le sentiment même si , bien sûr, « le risque zéro n’existe pas ». Face à la recrudescence de certaines maladies infantiles comme la rougeole, l’État ne pouvait rester indifférent, on ne badine pas avec la santé de nos chères têtes blondes ! En commission des Affaires sociales, les députés ont donc voté mercredi dernier l’extension des obligations vaccinales pour les jeunes enfants. Dès le 1er janvier prochain, le nombre de vaccins obligatoires passera à onze alors qu’il est simplement de trois actuellement.

La députée LREM Marie Tamarelle-Verhaege, médecin de profession, affirme avec force qu’il s’agit là « d’un enjeu majeur de santé publique ». On aimerait sur un tel sujet accorder créance au gouvernement et aux parlementaires de la majorité mais certaines pratiques et déclarations jettent la suspicion sur les objectifs véritables des responsables de La République en Marche. Dans ce domaine-là comme dans d’autres, le lobbying des industriels s’exerce en priorité vers les décideurs. Le secteur des vaccins qui connaît une croissance de 12 % l’an au niveau mondial est par exemple une des activités stratégiques du groupe Sanofi dont la filiale Sanofi-Pasteur (un des quatre géants mondiaux dans ce domaine) réalise un chiffre d’affaires de 4,6 milliards d’euro ; 6000 emplois directs sont liés à cette industrie en France. Derrière l’enjeu de santé publique se dissimule aussi un enjeu économique. . .

Cette nouvelle radicalité sanitaire, et l’effort budgétaire qu’elle représente, profitera donc avant tout aux firmes pharmaceutiques prêtes à relever le défi en étroite collaboration avec le gouvernement et en particulier avec Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, et ancienne conseillère des laboratoires Novartis et Bristol-Meyers Squibb (ici article de Mediapart au sujet d’Agnès Buzin). La ministre a décidé d’ignorer les craintes et les préventions d’un certain nombre de médecins (le CNGE, Collège national des généralistes enseignants qualifie de « simpliste et inadapté » une extension de l’obligation vaccinale) et de biologistes comme Michèle Rivasi. Une étude récente du conseil scientifique de l’ANSM, l’Agence de sécurité du médicament, peu suspecte de complaisance vis-à-vis des détracteurs de la vaccination, corrobore d’ailleurs ces inquiétudes en mettant en évidence les effets neuro-toxiques de l’adjuvant aluminique chez des souris de laboratoire (lire ici). Mais pour Agnès Buzyn, un expert qui n’est pas lié à l’industrie ne saurait être un bon expert puisque « l’industrie pharmaceutique joue son rôle, et je n’ai jamais crié avec les loups sur cette industrie. Il faut expliquer que vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts. ».

Avec la République en marche, il ne peut y avoir d’expertise indépendante reconnue dans ce pays ! Contre vents et marées, l’État augmentera donc au 1er janvier la couverture vaccinale de la population. Dans le même temps, on apprend par le biais d’un dossier mis en ligne sur son site par l’association UFC-Que choisir que la qualité de notre ressource en eau (eau des rivières et des nappes phréatiques) continue à se dégrader avec notamment une contamination de plus en plus prononcée des nappes phréatiques par les nitrates. L’utilisation massive de produits phytosanitaires en agriculture fait des ravages : “dans la moitié du territoire français, les pesticides sont présents dans les cours d’eau à des doses supérieures à la norme autorisée dans l’eau potable. Et, publiée également le même jour par le revue « Plos One », une étude internationale révèle qu’au cours des trente dernières années près de 80 % des insectes ailés auraient disparu en Europe. Selon Dave Goulson (université du Sussex, Royaume-Uni), coauteur de ces travaux, « si c’est effectivement le cas, alors nous sommes face à une catastrophe écologique imminente ».

Ces informations constituent autant de sonnettes d’alarme pour un gouvernement soucieux de l’intérêt général et justifieraient des mesures fortes et immédiates afin de relever un enjeu écologique évident mais également « un enjeu majeur de santé publique » puisque de nombreux travaux établissent désormais un lien entre la dégradation de notre environnement, provoqué par la pollution chimique, et l’augmentation des maladies dégénératives. D’après l’InVS, l’institut de veille sanitaire, le nombre de patients atteints d’un cancer a doublé depuis le début des années 80 et, selon l’OMS, au niveau mondial, les cancers de l’enfant ont augmenté de 13 % en vingt ans. Il serait grand temps d’engager dans ce domaine une campagne de prévention ! Mais le volontarisme voire l’autoritarisme observé en matière de vaccination semble plutôt faire place à l’attentisme et même à la poursuite d’une ligne de conduite en tous points opposée à la préservation de l’environnement et de la santé publique. L’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation vient ainsi d’autoriser, au grand dam des associations environnementales, la mise sur le marché de deux nouveaux pesticides, le Closer et le Transform, utilisant une molécule insecticide, le Sulfoxaflor, développé par la firme Dow-AgroSciences, dont le mode d’action est le même que celui des néonicotinoïdes soupçonnés de provoquer la disparition des populations d’abeilles et en principe interdits (mais avec des dérogations) dès 2018 par la loi pour la reconquête de la biodiversité votée en 2016.

Un formidable enjeu de santé publique s’efface devant les intérêts d’un système agro-industriel chimiquement dépendant. Et ce renoncement dramatique face aux intérêts économiques d’une corporation éclaire d’une lumière trouble les décisions prises par Agnès Buzin afin de résoudre « un enjeu majeur de santé publique » et plus généralement jette le discrédit sur une politique gouvernementale qui semble finalement se préoccuper davantage de la bonne santé des firmes que de celle des citoyens.

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