Éléments perturbateurs

jeudi 9 novembre 2017
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« Demain, tous crétins ? » Ce 11 novembre à 22h30 sur Arte

Par Sorj Chalandon

Le placenta n’est ni une armure ni un bouclier. S’il apporte à l’embryon l’eau, les nutriments, l’oxygène dont il a besoin, il n’est pas étanche. Et il ne protège pas le fœtus des toxiques qui polluent le monde dans lequel il va naître. La Terre ? Une « véritable soupe chimique », comme l’explique le film de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade. Une enquête alarmante, qui – à l’inverse d’une chronique de l’impuissance – raconte le combat des scientifiques pour démontrer l’impact néfaste des perturbateurs endocriniens sur le cerveau humain.

Si l’iode est indispensable à l’activité cérébrale, le chlore, le brome ou le fluor perturbent sévèrement le système hormonal. Ce sont des ennemis invisibles que l’on trouve, à la campagne, dans certains pesticides et, en ville, du sol au plafond. Un danger que la femme enceinte invite pourtant en elle par tous les pores de sa peau. Dans les années 70, l’Amérique truffe la vie quotidienne de retardateurs de flamme. Ordinateurs, télés, mousse de fauteuils, les publicités donnent le choix entre le foyer sûr et la maison en feu. Les pyjamas pour enfant aussi sont systématiquement imprégnés de ce produit chloré. Une mode.

Jeune chimiste à l’université de Californie à Berkeley, Arlène Blum se méfie. Elle décide de contrôler l’urine d’un gamin qui a dormi une nuit avec un pyjama ignifugé. Résultat ? En quelques heures, le produit est passé du textile au corps du petit. Il y a danger pour la santé. Au-delà d’une baisse de quotient intellectuel observée chez les enfants exposés au produit, les analyses prouvent que ce cocktail est mutagène. Il pourrait modifier l’ADN et provoquer le cancer. Les conclusions de la chercheuse sont publiées. Le produit est interdit aux États-Unis. Avant d’y être réintroduit en douce des années plus tard. Aujourd’hui, par exemple, la Californie emploie massivement les retardateurs de flamme – dont l’inefficacité a par ailleurs été prouvée – y compris dans la majorité des articles de puériculture.

En Californie toujours, des chercheurs se sont penchés sur les effets des pesticides sur le développement cérébral des enfants. Entre 1990 et 2001, le nombre de petits autistes y a augmenté de 600 %. Pendant dix-sept ans, 600 femmes enceintes et leurs enfants ont été contrôlés, la majorité provenant de familles de travailleurs agricoles. Les adresses de ces mères ont été confrontées aux épandages aériens de pesticides. Plus la femme enceinte était exposée, plus les scientifiques ont constatés des réflexes anormaux chez leurs bébés, un retard intellectuel pour les enfants de deux ans, une déficience de 7 points de Q.I. entre écoliers proches ou éloignés des champs traités et une explosion des cas d’autisme. Les pesticides sont conçus pour tuer des organismes vivants en agissant sur le cerveau, rappellent les chercheurs. Mission accomplie.

« Nous devenons de plus en plus stupides. Si on ne fait rien, la civilisation qui repose sur l’intelligence ira en sens inverse », explique un sociologue. Tandis qu’une endocrinologue, violoniste à ses heures, se demande gravement : « Reverrons-nous un jour un autre Bach ou un autre Mozart ? ». Requiem bienvenu…

(Illustration : Les perturbateurs endocriniens agissent sur la tyroïde. Mauvais pour le Q.I. des enfants)

Le Canard Enchaîné N° 5063 du 8 Novembre 2017


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