La complainte de François de Tulle

lundi 13 novembre 2017
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Par Anne Roumanoff

Vous avez vu comme mon successeur se pavane en couverture de Time Magazine ? "The next leader of Europe", et puis quoi encore ! Les Américains sont fous de Macron, tout ça parce qu’il a 39 ans, qu’il présente bien, qu’il parle correctement anglais et qu’il a broyé la main de Donald Trump. Heureusement, il y a un petit astérisque sur la couverture : "If only he can lead France…" Traduction : "Il sera le prochain leader de l’Europe, à condition qu’il réussisse à diriger la France", et ça, parole d’ancien président, ça n’est pas gagné ! D’après les derniers sondages, seulement 38 % des Français font confiance à Emmanuel Macron pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays. Il ne fait pas mieux que moi. Bien fait !


Quand même, je suis choqué par le manque de reconnaissance de mon ex-petit protégé. Qui a été son mentor ? Qui l’a nommé ministre des Finances malgré son jeune âge ? Qui s’est retiré pour lui permettre de se présenter ? Je ne demande pas qu’il me porte aux nues mais qu’il manifeste un peu de respect pour mon action. Non seulement il n’a jamais un mot gentil pour moi, mais lors de sa dernière interview télévisée, il m’a appelé "mon prédécesseur". Pire encore, en privé, il me surnommerait "le zigoto". Quand je pense au temps, pas si lointain, où le jeune Jupiter me mangeait dans la main… J’aurais dû me méfier, c’était le plus servile et charmant de mes courtisans, corvéable à merci, dévoué, prévenant. Le Judas du Touquet semble avoir oublié cet adage : "Il faut se méfier de ceux qu’on croise en montant, ce sont les mêmes qu’on croise en redescendant" Quand le Brutus de la rue du Faubourg-Saint-Honoré aura un moment de faiblesse, et il aura un moment de faiblesse, qu’il ne compte pas sur moi pour lui tendre la main. Je prendrai un malin plaisir à le regarder couler.

Demain, Choupinet, comme le surnomment les députés, m’a convié à la commémoration des attentats du 13 novembre parce qu’il ne pouvait pas faire autrement. Ce sera une journée "sobre, sans prise de parole", d’après l’Élysée : ça veut dire qu’on ne me laissera même pas faire un de ces fameux discours d’hommage dont j’ai le secret. J’ai acquis un vrai savoir-faire en oraison funèbre, je suis naturellement empathique et j’ai, en permanence, l’air désolé. Lui, c’est le contraire, il affiche en permanence une telle joie de lui-même qu’on a du mal à croire à la sincérité de son chagrin. "The next leader of Europe" a été l’un des premiers chefs d’État à se rendre en Arabie saoudite depuis la purge, mais il s’imagine quoi ? Qu’il va rétablir la paix au Moyen-Orient juste avec son joli minois ? Dire que j’aurais pu lui distiller des conseils judicieux en toute discrétion… Au lieu de ça, il écoute cette enclume de Sarkozy. Et Carla qui s’en vante : "Il le conseille, comme un parrain." Parrain, le mot est bien choisi. Et moi ? Il ne veut même pas de moi comme marraine !

Dimanche, lors de mon grand retour médiatique chez Michel Drucker, j’aurai cette phrase lourde de sous-entendus : "Aujourd’hui, j’ai moins la pression et je n’ai plus la contrainte, mais je reste attentif à tout." Tremble, Emmanuel du Touquet, François de Tulle est de retour !

lejdd.fr


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